Le multi-instrumentiste mexicain Martin Martinez s'est impliqué dans de nombreux projets de la scène de son pays. Il est, entre autres, la tête pensante de
Yatrogeny, projet de death mélodique monté il y a plus de dix ans et comptant déjà 3 albums à son actif. En Janvier 2014 un quatrième opus voit le jour, prolongeant la collaboration avec le label italien Invincible Records, sous sa filiale DeFox.
Ouroboros semble à première vue très bien porter son nom, puisque l'artwork nous en présente un bel exemplaire. Les inspirations cosmiques ainsi que le clin d’œil manifeste à la mythologie aztèque/maya le rendent par ailleurs aussi mystérieux que réussi. Côté musique, Martin Martinez s'occupe une nouvelle fois de tout et invite Miguel
Angeles ainsi que Rogelio Rojas pour assurer les vocaux.
Yatrogeny évolue à ce jour dans un death mélodique de tradition, ne semblant guère céder aux sirènes de la modernité de quelque manière que ce soit. Martinez assure tout d'abord un socle rythmique particulièrement solide par une prestation remarquable à la batterie. Le rythme global de cet "
Ouroboros" est particulièrement élevé, entre tapis de blasts et double-pédale omniprésente, ne relâchant que rarement la pression. Sur cela s'insère un jeu de guitare mélodique et particulièrement acéré, rappelant aisément la scène suédoise des nineties : inutile de citer un groupe en particulier mais
Yatrogeny reprend par exemple "Forever
Scarred" de
Gates Of Ishtar ("
The Dawn Of
Flames", 1997).
En plus de sa qualité de musicien, Martinez fait montre d'un talent de composition indéniable. Les riffs sont variés, tour à tour accrocheurs ou mélancoliques mais jamais redondants. Par ailleurs, dans le souci d'aérer ses titres,
Yatrogeny introduit pas mal de breaks (celui du morceau-titre par exemple), de soli pleins de feeling ("Noumenon","Xochimicqueh"...) ou de passages acoustiques du plus bel effet ("
Dark Light") ainsi que quelques pointes de clavier, discrètes et judicieuses. Le tout dégageant un parfum old-school des plus attirants.
D'une grande richesse musicale,
Ouroboros est également très bien servi par la prestation de qualité de ses vocalistes. Les vociférations haineuses de Rogelino Rojas (parfois doublées de reverb) ainsi que le guttural effrayant et particulièrement pur de Miguel
Angeles (sur l'excellent "The
Myth Of Sisyphus" par exemple) noircissent considérablement l'atmosphère tandis que l'utilisation discrète de chœurs sur les parties acoustiques donne une dimension mystique du plus bel effet.
On ne trouvera pas grand chose à reprocher à cet album si ce n'est une production un peu crasseuse qui, si elle renforce le côté cru et sincère des compos, prive le disque d'une puissance de feu encore plus grande. Martin Martinez a du talent à revendre et le travail qu'il a du abattre pour donner vie à cet album force le respect.
Ouroboros saura plaire à tous les amateurs de mélodeath authentique et sincère, s'ils prennent la peine d'y jeter une oreille.
Petit défaut pour moi aussi, déjà signalé dans le texte, une prod manquant de relief et de puissance.
Très bonne chronique et chouette découverte, je vais me pencher sur les autres albums.
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