Encore un énième groupe de metal symphonique à chant féminin sans doute voué, comme tant de ses pairs, à une disparition prématurée des tabloïds, me direz-vous, et qui, dans cet espace artistique aujourd'hui encore soumis à une âpre concurrence, pourrait bien songer à vous donner tort ? Ce serait faire fi de l'indéfectible détermination à en découdre de la part de ce combo cofondé par le producteur et pluri-instrumentiste irlandais Maine et par la chanteuse et graphiste vénézuélienne
Marina Bello, dite ''
Alev Art'' (Nesselv, ex-
Nota Profana, guest chez Diskelion). Et de la collaboration avec le vocaliste vénézuélien Renzo Lucena (
Nota Profana,
Obscura Insania, Nesselv) naîtra leur premier et présent album studio, «
Oriimur Ex Tenebris », auto-production généreuse de ses 11 pistes égrainées sur un ruban auditif de 47 minutes. Ce faisant, en quoi cet introductif élan permettra-t-il à nos trois valeureux gladiateurs de tenir la dragée haute à leurs homologues générationnels, toujours plus nombreux à se bousculer au portillon ?
Dans ce dessein, nos acolytes nous plongent au cœur d'un univers rock'n'metal symphonique aux relents atmosphérique gothique, une fusion stylistique au demeurant peu courue par leurs pairs, et qui, précisément, fonde l'originalité même du projet. Aussi, effeuille-t-on un propos à la fois enivrant, intrigant et romanesque, où cohabitent des sources d'influence aussi éclectiques que
The Gathering,
The Flaw,
Xandria et
Theatre Of Tragedy. La mise en musique de ce set de compositions repose, quant à elle, sur une production d'ensemble de bonne facture : mixé et mastérisé par Maine, le méfait n'accuse que peu de sonorités résiduelles, repose parallèlement sur une péréquation de l'espace sonore entre lignes de chant et orchestration, tout en octroyant une belle profondeur de champ acoustique ; état de fait autorisant l'écoute de la rondelle d'un seul tenant. Pour mettre les petits plats dans les grands, née du fusain d'
Alev, la pochette d'inspiration fantastique se nourrit tant de fines nuances de bleu et de mauve que du trait affiné de sa conceptrice. Mais suivons sans plus attendre nos trois aventuriers dans leurs pérégrinations...
C'est à la lumière de leurs passages à la cadence mesurée que nos belligérants trouveront l'essentiel de leurs armes pour nous faire plier l'échine. Ainsi, suite, à la brève et, somme toute, dispensable entame instrumentale à la colorature atmosphérique gothique, « Dawning », c'est cheveux au vent que s'effectuera le plus clair de la traversée, non sans quelques pépites disséminées sur notre chemin. Ce qu'atteste, tout d'abord, «
Elegy », ''gatherien'' mid tempo aux riffs effilés qui, sans ambages, happera le pavillon tant au regard de sa mélodicité toute de fines nuances cousue, sur laquelle se calent les célestes inflexions de la sirène, qu'en ce qui a trait aux aériens et grisants arpèges d'accords délivrés. Dans cette énergie, sous l'impact de son rayonnant paysage de notes comme de son pont techniciste, investi à la fois de délicats arpèges au piano et d'une pointe jazzy esquissée par de chatoyantes mesures échappées d'une trompette samplée, le félin et quelque peu intrigant « Safe
Haven » ne saurait davantage se voir esquivé. On pourra également s'orienter vers l'enivrant et ''xandrien'' « Final Plea » pour son refrain immersif à souhait mis en habits de lumière par les cristallines patines de la princesse. Enfin, recelant de subtils harmoniques ainsi qu'un fringant solo de guitare, le sensuel et ''flawesque'' effort « Respite » demeure une arme de jet non moins redoutable.
Dans une même dynamique, et bien qu'un poil plus complexes, voire tourmentés, d'autres espaces d'expression tireront non moins leur épingle du jeu. Ce qu'atteste, d'une part, «
Marble Ruins », mid tempo aux riffs crochetés, dans la veine coalisée de
The Gathering et de
The Flaw. Eu égard à ses enchaînements intra pistes ultra sécurisés, à ses arrangements instrumentaux finement ciselés et aux troublantes modulations de la déesse, l'énigmatique effort pourrait bien se jouer de toute tentative de résistance à son assimilation. Par ailleurs, au laconique instrumental « Ravens » – piste atmosphérique gothique progressive dotée d'un fin picking à la guitare acoustique et d'une chorale à l'opportun positionnement qui, peu à peu, ouvre ses ailes –, succède « Tempest », un crépusculaire et ''gatherien'' mid tempo aussi tortueux qu'avenant, où le rocailleux et poignant filet de voix de Renzo ne s'intercale que brièvement et en bout de course du manifeste.
Quand ils nous mènent en d'apaisantes contrées, nos compères trouvent là encore matière à aspirer le tympan. Ce qu'illustre, en premier lieu, « Find the
Forest », ballade a-rythmique d'inspiration atmosphérique gothique d'une confondante légèreté ; mis en habits de soie par les limpides ondulations de la maîtresse de cérémonie, parallèlement greffé sur une violoneuse assise et laissant entrevoir de sereins pépiements d'oiseaux, le classieux effort pourra combler les attentes de l'aficionado d'intimistes espaces.
Plus encore, en dépit d'une ouverture tardant à s'évanouir, mais s'écoulant le long d'une radieuse rivière mélodique et enorgueillie d'une insoupçonnée densification du corps orchestral à mi-morceau, la ballade « Our Reprieve » se chargera en émotion au fil de sa progression. Aussi, la sculpturale et tendre aubade poussera assurément à une remise du couvert sitôt l'ultime mesure envolée.
Au sein de ce set de partition, l'une des plages, en revanche, ne saurait prétendre à l'inconditionnelle adhésion du chaland. Ainsi, eu égard à de persistantes linéarités mélodiques doublées de séquences d'accords en proie à une incompressible répétibilité, l'éthéré et ''flawesque'' mid tempo « The
Dark Side » ne saurait nous éviter quelques virages verglacés. On passera donc son chemin, cette fois.
On ressort de l'écoute de la rondelle interpellé tant par la féconde inspiration mélodique de ses auteurs que par l'originale et, somme toute, heureuse fusion de styles convoqués. Révélant, par ailleurs, un réel potentiel technique, au demeurant judicieusement exploité, ayant pour corolaire une ingénierie du son que pourraient leur envier bien de leurs homologues, ce premier élan s'en sort avec les honneurs. D'aucuns, pour se sustenter, auraient sans doute espéré une proposition plus variée sur les plans rythmique et oratoire, la belle tendant à monopoliser le micro au détriment de son comparse, ainsi que des exercices de style plus diversifiés qu'ils n'apparaissent, fresques et duos manquant à l'appel. Etat de fait qui ne saurait empêcher le combo de venir jouer les outsiders avec lesquels la concurrence devra composer. Bref, une œuvre volontiers enivrante et énigmatique, profondément évanescente, en guise de message de bienvenue...
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