Difficile pour les vertes formations de s'illustrer à leur tour dans l'éclectique et concurrentiel registre metal alternatif à chant féminin. C'est pourtant ce redoutable défi que tente de relever ce quartet italien cofondé par la chanteuse Kyrah Aylin (
Elegy Of Madness, Aresea), le guitariste Valerio De Rosa (Edward De Rosa, Ellefson - Soto, ex-
Soul Of Steel...), le bassiste Larry Ozen (
Elegy Of Madness) et le batteur Francesco Caputo (
Elegy Of Madness, Daegonian...). Comptant sur l'expérience et les talents savamment conjugués de ses membres, le groupe ainsi constitué nous livre d'entrée de jeu un album full length répondant au nom de «
Oracle » ; ce faisant, les 10 pistes de cette introductive offrande permettront-elles à nos quatre belligérants de lutter efficacement dans cette arène peuplée de redoutables opposants ?
Plus encore, les 40 minutes du ruban auditif de la rondelle seront-elles à même de placer le collectif transalpin parmi les sérieux espoirs d'un espace metal qui ne les aura pas nécessairement attendus ?
Dans ce dessein, nos acolytes nous plongent au cœur d'un environnement metal alternatif harmonisant metal moderne, symphonique, dark/death gothique et touches groove et roots, soit, dans la veine coalisée de
Seven Spires, Ad
Infinitum,
Nightwish (première mouture),
Epica,
Rage Of Light,
Imperia,
Nemesea et Volturian ; se dessine un bouillonnant et corrosif élan, faisant montre d'une technicité instrumentale bien huilée, de mélodies entraînantes, le plus souvent, et d'une signature vocale aisément identifiable, laissant entrevoir le large spectre de la frontwoman, oscillant alors, et avec aisance, entre angéliques impulsions, growls caverneux et screams déchirants. Cela étant, ce set de compositions jouit d'une production d'ensemble de bonne facture, à commencer par un propret enregistrement, excluant de fait toute sonorité résiduelle, doublé d'un mixage parfaitement ajusté entre lignes de chant et instrumentation. De quoi nous intimer d'aller explorer plus en profondeur la cale du navire...
C'est sur une terre de lave en fusion que le combo se plait à nous projeter, non sans aspirer, et d'un battement de cils, le tympan du chaland. Ce qu'atteste, tout d'abord, «
Annihilation », époumonant up tempo aux riffs rageurs adossés à une sanguine rythmique, au confluent de
Seven Spires et d' Ad
Infinitum ; dans ce vaste et galvanisant champ de turbulences évoluent les claires inflexions comme les screams glaçants de la sirène. Et la sauce prend, in fine. Introduit par de tribales incantations masculines d'une profondeur abyssale et disséminant un refrain immersif à souhait mis en exergue par les limpides oscillations de la déesse ainsi qu'un bref mais magistral solo de guitare, « Rise and
Fall » – un pulsionnel manifeste à mi-chemin entre Ad
Infinitum et
Nightwish – ne saurait davantage être esquivé. Un poil plus moderniste, l'éruptif et ''volturien'' « The
Ritual Fire » nous happera à son tour par son ''tubesque'' refrain comme par son flamboyant solo de guitare final. Un exercice de style porté à son paroxysme par « Cyber 9 », solaire et futuriste up tempo aux riffs roulants, soumis à d'incessants et intenses coups d'olives sans y perdre de son aura mélodique.
Un tantinet moins exubérants, d'autres espaces d'expression pourront à leur tour nous retenir sans avoir avoir à forcer le trait. Ce à quoi nous sensibilise, en premier lieu, « Elementary » organique mid/up tempo aux riffs crochetés, au carrefour entre
Nemesea et
Rage Of Light ; mêlant effluves groovy et metal moderne, le méfait alterne ses phases rythmiques à l'envi tout en sauvegardant une ligne mélodique, certes, déjà courue mais des plus enivrantes, où se calent les fluides ondulations de la déesse. Et ce ne sont ni les déchirantes incantations ni le fuligineux solo de guitare avant que ne s'amorce la chute finale qui nous débouteront davantage du magmatique effort, loin s'en faut. Sur un même modus operandi, à la croisée des chemins entre
Epica et
Imperia s'illustrent les mid/up tempi syncopés «
Stigmata » et « The
Witches' Brew », eu égard à d'orientalisantes effluves et à leur refrain catchy mis en habits de lumière par les cristallines ondulations de la princesse. Dans une ambiance tout aussi capiteuse, l'invitant et groovy « Mirror of
Deception » captera le pavillon aussi bien par sa mélodicité toute de fines nuances cousue que par son fin legato à la lead guitare. On pourra encore retenir l'''imperien'' «
Entropy » tant pour son énergie aisément communicative que pour ses portées empreintes de sensualité.
Est-ce à dire qu'un sans-faute serait au bout du chemin ?
Pas tout à fait ! En effet, en dépit d'un enivrant paysage de notes semblant insufflées d'une brûlante terre orientale que corroborent de troublantes incantations masculines et féminines, car handicapées par quelque linéarité mélodique, les deux bien brèves minutes du cinématique instrumental «
Desert Prayer » ne pourront prétendre à une inconditionnelle adhésion.
Au final, le quartet transalpin nous livre une éruptive et chatoyante offrande en guise de message de bienvenue, apte à nous pousser à une remise du couvert sitôt l'ultime mesure envolée. D'aucuns, pour se sustenter, auraient sans doute espéré des exercices de style un poil moins stéréotypés qu'ils n'apparaissent, l'une ou l'autre joute oratoire au programme des réjouissances ainsi que quelques prises de risques supplémentaires inscrites au cahier des charges. Pouvant néanmoins compter sur une ingénierie du son rutilante, témoignant d'une technicité instrumentale dores et déjà éprouvée, jouissant de lignes mélodiques finement élaborées et des plus efficaces, et injecté d'une signature vocale aisément identifiable et pénétrante, ce premier élan n'aura pas tari d'arguments pour asseoir sa défense. Gageons qu'il ne s'agit-là que de la première page d'une histoire au long cours écrite par la formation italienne. Wait and see...
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire