Lorsque ce n'est pas toi qui va à la chronique, c'est parfois la chronique qui vient à toi.
Ne voyant pas de nouveautés intéressante ou dégueulasse sur laquelle poser ma plume, je me morfondais dans mon pataugeoire aux fortes odeurs de liqueurs et spiritueux. Lorsque tout d'un coup, une demande de la part du siège duquel est arrivé l'ex-pape JPII a fait son apparition. La Pologne, pays de nombreux groupes talentueux de la scène extrême comme
Behemoth et son jumeau délaissé,
Hate ou encore les Deathsters de
Vader n'a cessé au fil des dernières années de faire naître et mourir des formations d'intérêts divers et variés.
Architect of
Disease formation de
Lodz, à quelques 130 bornes de Varsovie, a donc sorti son album et a demandé pour l'occasion que quelques oreilles se jettent sur ce premier effort afin d'en tirer une certaine reconnaissance médiatique.
Pour le coup, après nombreuses écoutes, je dois avouer qu'ils ne la déméritent pas. C'est vrai que cela fait maintenant plus d'un mois que je suis sur la découverte de l'album et que j'ai eu énormément de mal à « rentrer » vraiment dedans, mais maintenant que ça y est, il est fort aisé d'affirmer que ce premier disque est un essai réussi, à transformer par la suite.
Comme toujours, il faut bien commencer par quelque chose, alors je commencerai par la production.
Le son est soigné. Les sonorités et la saturation propre au black metal sont présents, mais rien n'est véritablement brouillon. Chaque instrument ressort bien, la batterie étant peut-être un poil trop accentuée sur les aigus à mon goût, provoquant une légère crispation au niveau de l'expression faciale. Rien de bien méchant. Et ca ne retire pas vraiment le plaisir de l'écoute.
Sur le reste de l'aspect technique, il n'y a pas grand chose à redire, tout est propre, carré, pas un poil d'erreur et le tout semble réalisé de mains de personnalités expérimentées, de musiciens talentueux.
Reste la particularité fondamentale qui a éveillé pas mal de bonne sensations en moi, à savoir le chant. A la croisée entre des vocalistes comme
Attila Csihar, Kvarfort et 7 (du groupe lituanien
Pergale), il procure l'étrange sentiment de s'être accaparé les efforts des grandes voix du Black
Metal pour mieux faire ressortir les attraits des compositions de son groupe. Passant du beuglement puissant de l'homme qui hurle face à la tempête déchaînée aux relents gutturaux et atmosphériques à la
Attila, il est évident qu'il est une des force motrice de sa formation.
Parce que musicalement, même si c'est loin d'être mauvais – au contraire, c'est même bien cohérent et ça envoie du paté comme le dise les vendeurs en boucherie – la composition manque un peu d'originalité. Je ne vais pas dire qu'on s'attend d'un riff à l'autre, mais il est clair et évident que la ligne de conduite du groupe est ancrée dans un mouvement qui ne veut pas trop s'éparpiller de ce qui se faisait allégrement durant les années nonante.
C'est ici que résidait la difficulté pour moi de rentrer dans le trip. Beaucoup plus habitué aux formations récentes et leurs incrustations de genres divers à la progression BM, là j'ai du me tourner vers un groupe qui a voulu montrer qu'il connaît et respecte ses racines. Et en voulant se les approprier pour les retranscrire au mieux, a fondu sa qualité sur des sentiers battus.
Passé cette constatation, qui n'est ni un aveu de tuerie, ni un aveu de chierie, les portes s'ouvrent à la volée, et il est beaucoup plus facile de rentrer dans le vif du sujet. Parce que question violence, ça envoie, ça fait tortiller de la nuque, ça réveille les instincts animaux.
En somme, on a pas affaire à du black metal de seconde zone.
Mention toute particulière tout de même à la dernière piste de l'album « Devour The Sun », chanson de quinze minutes en mid tempo s'éparpillant davantage, laissant de côté les structures trop faciles du blast/double/croches à la charley pour offrir quelque chose de plus ambiant. La voix du chanteur dore son blason par ses hurlements et ses râles, les guitares jouent des sonorités malsaines, tirant sur les harmoniques artificielles comme on tire sur un émo à un concert de
Cannibal Corpse.
Vers les dix minutes, la chanson change du tout au tout et passe sur un autre registre, beaucoup plus énervé et en colère, avant d'activer le dernier souffle avec une envolée guitaristique sur un solo qui termine la chanson et donc l'album d'une manière beaucoup plus extraordinaire qu'il ne l'avait commencé.
Pour ne pas tourner autour du pot, voici la conclusion que j'en retire. Pour un projet qui débute et sort son premier album, il est nécessaire d'affirmer que le groupe a maintenant champ libre pour, par la suite, s'imposer. Le BM proposé est de qualité, bien que manquant légèrement d'originalité, reposant sa puissance essentiellement sur le chant et la violence si caractéristique au genre des compositions.
Bien évidemment, pour un premier jet convaincant, il ne faut pas en rester là, et de pieds ferme j'attends la confirmation avec une nouvelle galette.
Car la bête est encore jeune... Grandit-elle a vu d'oeil, elle n'est encore qu'aux prémices des rugissements.
N'hésitez pas jeter une oreille sur leurs créations!
N.
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