C'est au coeur du fourmillant royaume de la samba que frétille à sa façon une jeune formation, au rythme de ses tapings endiablés et de ses riffs rageurs, sur le sambodrôme du
Power Mélodique.
Vandroya est aujourd'hui un tonitruant combo ayant connu des débuts timides avec un bref mini-album en 2005. Il a su s'imposer peu à peu au point d'avoir acquis une réelle notoriété au Brésil, tout en restant cependant encore peu populaire en Europe. Néanmoins, fort des qualités vocales de son interprète l'incandescente Daisa Munhoz, le groupe cherche à s'inviter au bal parmi les plus éminents combos du genre axés sur le chant féminin, à l'échelle planétaire.
Bouillonnant d'énergie, le groupe distille ses véloces et puissantes frappes sur les grosses caisses avec brio. Et ce, parallèlement à de subtiles variations relatives aux soli de guitare présents sur chacune des nombreuses pistes épicées de ce généreux opus. Dans ce magma en fusion, on comprend que les plages les plus apaisantes sont minoritaires. Toutefois, leur présence est opportune et bienfaisante, en raison d'une cohérence d'ensemble liée à un son propre au groupe en nous imprégnant d'un climat onirique stimulant notre imaginaire à chaque note, à chaque soupir. Enfin, sur les onze opulents titres, seule l'entame est un instrumental et le dernier titre consiste en une version piano/voix d'un des morceaux emblématiques de l'album.
A première vue, un agréable sentiment d'être face à une oeuvre instrumentalement poignante, souvent cinglante et pénétrante, parfois caressante, nous parcourt jusqu'à faire naître en nous le plus sensible frisson. Pour mieux situer l'environnement musical et vocal dans lequel le groupe évolue, on peut y voir un rapprochement avec le groupe de
Power italien
Ancient Bards.
Les raisons de l'engouement pour cette oeuvre enjouée tiennent aussi bien aux compétences techniques réelles et bien inspirées des musiciens, chacun nous livrant une kyrielle de notes travaillées avec dextérité, qu'aux prouesses vocales d'une déesse manifestement habitée par ses textes. Comme dit, le combo s'inscrit bien dans le
Power Mélodique, mais sait aussi proposer quelques alternatives progressives à ses compositions au demeurant soignées.
Les morceaux s'enchaînent à une allure soutenue et ne nous lâchent que rarement, tant l'intensité rythmique s'avère magnétique et la mise en relief acoustique est profonde. Aussi, les passages majeurs de l'oeuvre nous invitent littéralement à communier avec le groupe,à commencer par le fondu enchaîné des deux premiers titres de l'album. Un vent souffle sur l'instrumental "All Becomes One", dépoussiérant une orchestration progressive sortie du fin fond de la pampa. Cette dernière mêle habilement un sensuel piano et un mélancolique violon sur un chemin mélodique où ils évoluent en parfaite symbiose. Sans crier gare, on se retrouve subitement plongé dans une atmosphère
Power à la lumière d'un brûlant "The Last
Free Land". Tout en puissance, le titre séduit par la rapidité de son tempo conjugué à une ligne mélodique souriante. Cette dernière est mise en exergue par le chant à la fois pulsionnel et modulé de la sirène. Dans ce carcan rythmique, l'avant-dernier titre "
Solar Night" se cale davantage dans un champ progressif tout en veillant à ne pas ignorer la mélodicité des refrains, qui s'invitent à notre table auditive avec bonheur. Enfin, on ne peut rester indifférent à la puissante ballade "
Why Should We Say Goodbye?". Celle-ci jouit d'un parfait équilibre entre le fil conducteur
Power de l'opus et les ravissantes ondulations vocales investies dans ce registre soft. Le jouissant confort procuré par l'écoute de ce titre amène à la réitérer. La version piano/voix placée en fin d'album renforce la sensation de zénitude, tout en faisant la part belle aux oscillations les plus fines de la voix de Daisa.
Difficile de rivaliser face à de telles pointures ! Cependant, certains morceaux tirent tout de même leur épingle du jeu, mais la plupart du temps avec un peu moins d'accroche sur le plan harmonique. On notera le frétillant "No Oblivion for
Eternity" qui use avec justesse du taping, tout en faisant suinter les cordes des guitares tourmentées. L'ensemble se base sur une sémillante progressivité rythmique autorisant de cinglantes poussées vocales. Davantage installé sur une mouture
Power, le rapide "
Within Shadows" vient à notre rencontre avec un jeu délié à la guitare des plus engageant. Les variations mélodiques qui se dessinent permettent de percevoir le feutre vocal de la diva, les breaks softs au piano autant que les agrippantes reprises orchestrales. Il en va de même pour "
Anthem (for the Sun)" qui, au coeur d'une bombe de puissance, nous octroie quelques passages tout en souplesse rythmique et des refrains envoûtants. Ces titres, pourtant intéressants sur les aspects techniques et vocaux, pêchent un peu par manque de justesse harmonique et par quelques carences au niveau des arrangements. De plus, malgré la cohérence et le raffinement de leur écriture, les couplets semblent trop fades pour prétendre à une large adhésion.
Malgré tant de qualités, le reste de l'oeuvre demeure déconcertant, à commencer par le fougueux "Change the Tide" où les parties vocales manquent de saveur à l'image d'une trop pâle lumière mélodique qui se fait jour. Le fulgurant "This World of Yours", malgré un break bien placé et des soli plutôt affutés, ne parvient pas non plus à emballer l'audience pour des raisons qui touchent à sa structure harmonique. Dans un même mouvement, le martelant "When
Heaven Decides to Call" ne se montre pas plus persuasif. Ces morceaux de qualité moyenne s'enchaînant, on peut finir par éprouver un sentiment de fatigue auditive, voire de frustration. Ce "décrochage" nous ferait presque passer à côté de deux perles successives à explorer, placées en fin d'album comme évoqué plus haut!
En définitive, les contrastes sont marqués entre les morceaux les plus exquis et certains autres moins affriolants. Ce souci d'équilibrage qualitatif peut dissuader quelques oreilles lassées par un exercice de style qui semble sempiternellement se répéter. Non qu'il faille renoncer à conserver son identité propre, mais il aurait été souhaitable de varier les rythmiques, les types de riffs, les ambiances, voire d'aérer quelques parties instrumentales sur le plan technique au profit de mélodies plus systématiquement abouties.
Toutefois, les amateurs de
Power Mélodique pourront y trouver matière à satisfaire leurs attentes, pour un groupe qui n'a encore qu'une expérience limitée du travail en studio. Ses qualités de cohésion donnent toute la dimension à ses compositions que vient sublimer son incontournable interprète. Les finitions sont à parfaire notamment au niveau des couplets de certains titres, mais les refrains plus incisifs permettent de compenser cette relative carence. Laissons-lui le temps de faire mûrir encore ses pas de danse sur la scène
Metal pour faire corps avec ses potentiels aficionados !
Vocalement, Daisa Munhoz est vraiment magnifique pour un Power mélodique qui sent bon l'Amérique du Sud avec ses sonorités tribal et ayant sa propre personnalité sans pour autant sonner comme Angra.
Un des meilleurs albums du genre sortis en 2013!
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