Oblique to All Paths

Liste des groupes Black Doom Culted Oblique to All Paths
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Nom du groupe Culted
Nom de l'album Oblique to All Paths
Type Album
Date de parution 20 Janvier 2014
Style MusicalBlack Doom
Membres possèdant cet album1

Tracklist

1. Brooding Hex
2. Illuminati
3. Intoxicant Immuration
4. March of the Wolves
5. Distortion of the Nature of Mankind
6. Transmittal
7. Jeremiad

Chronique @ Icare

15 Janvier 2014

Une belle évasion à condition que l’on aime la musique ultra saturée, bruitiste, lourde et hallucinée

J’aime le black. J’aime le doom. Donc, a priori, j’aime le black doom. Et ça tombe bien, puisque Culted, groupe canadien formé en 2007 et sortant avec Oblique to All Paths son deuxième full length, est catalogué dans ce registre, qui compte sans conteste parmi les plus noirs et dépressifs de tout ce que l’art musical a à offrir. Pourtant, autant vous prévenir tout de suite, Culted n’a pas grand-chose à voir avec les affreux jojos suicidaires et misanthropes de Nortt ou Make A Change Kill Yourself, par exemple, et il évolue dans un style bien plus enfumé, expérimental et, toutes proportions gardées, atmosphérique que glauque, malsain et misanthrope.

Brooding Hex, du haut de ses presque 20 minutes, entame la galette d’une manière étrange et convaincante: à l’écoute de ce morceau, on est enveloppé d’une ambiance brumeuse et épaisse, curieux mix de Ahab et de Sunn O)), avec une lourdeur rythmique rappelant parfois The Ocean. La musique s’appuie sur les contrastes, entre lourdeur pesante, glauque et suffocante, et passages plus éthérés, et le tout est renforcé par des bidouillages sonores étranges qui épaississent l’atmosphère, tour à tour nauséeuse et vaporeuse ou dissonante et mélancolique.
Cette longue plage n’est certes pas un chef d’oeuvre d’originalité ni de virtuosité, mais elle nous immerge efficacement dans un univers atypique et intrigant, parfois un peu dérangeant, mais surtout mystérieux, oscillant entre gravité lunaire et pesanteur terrestre, et recelant mine de rien de nombreuses influences habilement digérées : quelque part entre doom, stoner, ambiant, post rock et indus noisy (par contre les relents de black sont vraiment minces, ils se situent surtout dans les vocaux et dans certaines ambiances en fait ), on peut sentir planer l’ombre de combos tels Neurosis, Electric Wizards, Esoteric, Sunn 0)) et Dolorian. Pas de doute, la musique de Culted ne se limite pas à l’étiquette réductrice de black doom, et c’est finalement tant mieux qu’il ne s’enferme pas stérilement dans un genre où tout semble déjà avoir été dit. La basse, très présente, rajoute une touche onirique et céleste et confère une coloration presque post rock à la partie centrale du morceau lorsqu’elle n’agit pas comme un gros mur d’infrabasses à la limite du drone. La fin du morceau, plus lumineuse, est vraiment prenante, et rappellerait presque les expérimentations sonores d’un Mogwaï au meilleur de sa forme

La suite se déroule lentement dans la même logique, rien de transcendant, mais un tout homogène et honnête qui s’inscrit dans cette continuité gentiment schizophrène tout en contrastes entre lourdeur tellurique et envolées gravitaires presque spatiales : l’influence psychédélique est indéniable, on pourrait d’ailleurs croire le riff central d’Illuminati droit sorti d’un album de stoner ou de doom rock à la Electric Wizards, avec qui les Canadiens partagent d’ailleurs ce son extrêmement poisseux, sourd et distordu.
Intoxicant Immuration est quant à lui un peu long à démarrer. Le début est extrêmement litanique et répétitif, presque tribal, rappelant l’extrémisme sonore du drone et le côté le plus ritualiste de Neurosis, mais étrangement, ce minimalisme musical prend plutôt bien, a contrario de la profusion de sons et d’ambiances indigeste qui plombe un peu les 11 minutes de Transmittal : ce titre est la vraie déception de l’album, il ne décolle pas vraiment: le tout reste trop plat, s’essayant timidement à des expérimentations fumeuses et acides portées par des parties de guitares distordues, des chuchotements lointains et une basse vrombissante, mais les ambiances ne sont pas assez prenantes, le son pas assez épais et immersif, et la sauce ne prend pas vraiment. On pense parfois à une sorte de Neurosis sous valium, ronflant et sans puissance, qui se serait tapé un bœuf avec un groupe de funeral doom lambda avec des relents d’indus noisy et de mauvais ambiant.

Heureusement, le titre final, Jeremiad, lourd, psychotique et fumeux, aux relents de malaise acides et angoissants, nous réconcilie avec le groupe, nous faisant presque penser à Sunn 0)) dans sa lourdeur tellurique et ses vocaux écorchés et maladifs. Un titre définitivement chtonien et rampant, suintant les abysses, lourd et pesant mais pas dénué d’un certain mysticisme et toujours voilé d’une aura brumeuse de mystère.

Bref, voilà un album qui, s’il n’est pas forcément exceptionnel et souffre de quelques longueurs, nous offre tout de même une belle évasion à condition que l’on aime la musique ultra saturée, bruitiste, lourde et hallucinée. Oblique to All Paths peut sembler anecdotique à la première écoute si l’on ne fait pas le douloureux effort de s’immerger dans son univers unique, mais il dévoile ses charmes au fur et à mesure des écoutes et finit par nous offrir un asile névrosé dans les sombres recoins duquel il devient facile de se perdre.
Nul doute en tout cas qu’il plaira aux inconditionnels de musique barrée, dissonante et ritualiste et aux amateurs de substances illicites qui devraient trouver dans ses méandres opaques la bande son originale de leur prochain trip. A savourer, mais avec modération quand même.

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