La scène Toulousaine, l'une des plus riches de France assurément, tiens sa longévité et sa réussite de ses associations de musiciens. Des caméléons n'hésitant aucunement à se mélanger, à vadrouiller d'un groupe à l'autre. Créer et modeler un enchevêtrement de nouvelles inspirations et ambiances semblent parfois si faciles.
Dimitree ne déroge pas à la règle et propose une association de cinq musiciens ayant et opérant toujours pour la plupart parmi une solide base de groupe s'orientant dans la musique extrême (au sens vaste du terme).
«
Nine Lives ». Neuf vies. L'être vivant que l'on dit régulièrement posséder autant de vie n'est autre que le chat. Remontant aux croyances égyptiennes, dont le peuple fut le premier à domestiquer ces félins, ils étaient très étonné de la résistance des chats (l'animal retombe toujours sur ces pattes lors d'une chute), si bien que les Égyptiens pensèrent ainsi que le chat possédait donc neuf vies, neuf étant un chiffre étrange qui pourrait porter bonheur. Un joli conte accorde aussi que ce serait la déesse
Shiva qui aurait donné neuf vies à un chat s'étant endormi au chiffre neuf en voulant lui montrer qu'il savait compter jusqu'à l'infini. Mais là n'est pas le sujet...
Plebeian Grandstand,
Zubrowska, Senor Flores... Autant de maîtres de la délicatesse pour former ensemble
Dimitree (venant de DMT, substance hallucinogène ouvrant de nombreuses portes de notre subconscient). Mais pour nous, les neuf vies et le DMT ne seront que propice à nous faire pénétrer dans monde entouré d'une aura mystique et spatiale ...
Spatiale autant que « Jonah ». Douceur et envolée atmosphérique. Un gros côté Post-Rock à la Explosions In The Sky sortira de cette belle pièce d'introduction. Mais si la délicatesse des guitares n'aura de cesse de nous émerveiller, nous ne pourrons faire l'impasse sur l'épais duo basse-batterie, annonciateur de la suite de l'opus.
Car nos cinq musiciens se sont spécialisés dans une musique plus extrême et « Psema » nous fera bien vite remettre les pieds sur terre. La maîtrise musicale est là, difficile de décrire ce que l'on écoute. Du Metalcore ? Du
Death ? Du Black ? Tout va vite, les plans s'enchaînent, devenant Mathcore à certains moments, mais n'oubliant jamais l'importante place de l'atmosphérique dans les compositions au travers d'un chant hurlé avec haine et émotion, s'autorisant de bref passage parlé avec peur et étouffement. «
Nine Lives »-titre nous livre le même compte rendu de l'hécatombe musicale qui s'abat sur nous. Des chœurs noirs de menace, des cris remplis de haines, une sensation d'écrasement totale pour une rythmique guitare-batterie folle de vitesse et un break d'une lourdeur épuisante.
Mélanger atmosphère brutale avec une autre atmosphère brutale. « Ultraviolet » et la présence de Mathieu Noges (
Eryn Non Dae). La brutalité y est étouffante, écrasante, mais larmoyante. Le duo de voix entre les deux amis fonctionne à merveille sur une rythmique parfois proche de ce que Mathieu fait avec
Eryn Non Dae, les plans de guitare, aussi bien lourd que plus mélodique dans leur puissance, puisent dans notre être pour en faire ressortir toutes la haine et la violence, comme sur cette soudaine accélération finale.
Il est important de faire respirer l'auditeur,
Dimitree le sait. «
Astral » nous propose ainsi une mélodie cristalline et délicate pour accompagner un récit prononcé d'une voix à la fois calme et émouvante, mélancolique. « Mithra » est différente. Sans non plus pouvoir nommer cela une ballade,
Dimitree parvient à apposer son ambiance si noire et funeste dans une composition magnifiée par son calme ambiant, porté par une basse sublime de rondeur. Un Post-Rock à la fois délicat et lourd, trouvant sa beauté dans les hurlements de chagrin de Stephen.
Dimitree démontre l'étendue de son art dans un «
Black Hole » en forme de synthèse parfaite. Longue sur son déroulement, elle pousse la folie de Stephen à son paroxysme, sa voix se désincarnant de plus en plus jusqu'à nous mettre mal à l'aise pour finalement nous pousser à hurler notre haine avec lui. Les multiples coupures et changement de rythme permettront à chaque musicien de nous montrer leurs différentes facettes, que ça soit pour une basse étouffante sur le break, une double pédale martelant ses caisses avec férocité ou des guitaristes aussi à l'aise pour apposer des ambiances étouffantes que faussement libératrices.
Beaucoup d'idées. Beaucoup de variation.
Dimitree ne révolutionne pas la musique atmosphérique (dans le sens vaste du terme), mais y appose une pierre vraiment très intéressante. Dans un univers vibrant et pénétrant, les Toulousains jouent, ne se posent pas de questions, livrant un disque très riche, du Post-Rock au Black, de l'Ambiant au Metalcore. «
Nine Lives » est un album intense et cohérent, qui demandera sans doute une période de compréhension.
NB
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