Khors est un groupe qui, en l’espace de quelques années, aura réussi à s’imposer sur la scène internationale grâce à des sorties régulières et de qualité, présentant un dark black metal soigné et accrocheur à la maturité et à la profondeur mélodique impressionnantes.
On ne s’étonnera ni de retrouver dans le groupe d’anciens membres d’
Astrofaes,
Nokturnal Mortum ou
Hate Forest entre autres (eh oui, le black ukrainien est une petite famille !), ni de la signature du all star bands slave sur Candlelight pour
Wisdom of Centuries, leur dernier album datant de
2012. Après un live en 2013,il était grand temps pour le combo de revenir sur le devant de la scène avec du nouveau matériel, voici donc à point nommé leur sixième full lenghth en à peine plus de dix ans d’existence, intitulé
Night Falls onto the Front of Ours.
Pas de révolution à l’horizon sur ce nouvel opus,
Khors continue d’explorer la voie qu’il a initiée avec The
Flame of
Eternity’s
Decline, son premier album de 2005, et qu’il n’a eu de cesse d’améliorer en une décennie, nous proposant un metal si particulier, à la fois mélancolique, énergique, touchant et violent.
Le son est excellent, avec un grain particulier et un beau travail sur les guitares et la basse formant un mur grave et compact qui ajoute une profondeur à l’ensemble et facilite l’immersion dans l‘univers musical des Ukrainiens (
Dead Birds Valley avec ce travail sur les grattes, superposant riffs saccadés et parties solistes aux mélodies entêtantes; le début de
Following the Ways of Blood avec cette basse très en avant et cette partie de guitare acoustique qui nous plongent tout de suite dans cette ambiance à la fois douloureuse et guerrière, rappelant les grandes plaines et la rudesse du climat ukrainien).
Cet univers, parlons-en pour ceux qui ne connaissent pas encore
Khors : le quatuor joue une musique qui peut sembler à la fois simple et complexe, tout aussi violente que mélodique, pas spécialement technique mais avec une maîtrise instrumentale parfaite, relativement directe mais assez progressive dans ses structures, avec de longs morceaux très travaillés. L’ensemble de ces huit titres est assez varié tout en conservant une cohérence étonnante, et on reconnaît immédiatement la patte
Khors, dans ce mélange hybride assez unique, le groupe piochant allègrement dans les différents styles de metal extrême, quelque part entre black, doom et death mélo.
La musique est majoritairement mid tempo, avec des riffs assez lourds et mélancoliques qui instaurent une certaine résignation (For the Last Time, au titre explicite, aux guitares déprimantes à souhait et aux vocaux particulièrement habités;
My Cossack Way qui, du haut de ses 7,46 minutes, clôt l’album avec ses parties de guitares oniriques et exaltantes), mais Khaoth est également capable d’accélérer la cadence et d’envoyer des salves d’une puissance peu commune (1664, plus rapide et guerrier que le reste de l’album). D’ailleurs, le jeu de batterie est à souligner, assez original et subtil, impeccable dans les parties lourdes, dans les quelques blasts à la vitesse d’exécution plus qu’honorable tout comme dans les passages plus fouillés lors des nombreuses parties atmosphériques qui émaillent l’album.
Car oui,
Khors est un groupe qui joue avant tout sur les atmosphères (la fin de
My Cossack Way), créant une musique à la fois triste et grandiose qui parvient à exalter nos sens en toute simplicité.
Pas de surenchère symphonique ou d’orchestre pompeux, les Ukrainiens nous pondent des riffs majestueux et gorgés de feeling (le break somptueux à 2,58 minutes de No
Oath, No Tears, No Knees !,
Dead Birds Valley, aux riffs saccadés et puissants, aérés par cette guitare aux mélodies lancinantes qui vient nous hanter de ses notes désolées), souvent renforcés par la double et des claviers omniprésents mais assez discrets qui viennent renforcer la profondeur des morceaux sans aucunement en amoindrir l’impact. Ajoutez à cela des soli inspirés (No
Oath, No Tears, No Knees !,
My Cossack Way), de nombreux arpèges et autres interventions mélodiques toujours justes et touchantes, et vous obtenez un excellent album de
Khors, un de plus.
La voix incroyable de Helg vient parachever le tout, profonde, rageuse et chargée d’une sorte de noblesse désespérée. Lorsque le frontman hurle en ukrainien, on ressent vraiment cette fierté slave, sauvage et indomptable, qui s’incarne dans ses vocaux à la fois rudes et chargés en émotions, et on voit les forêts et les steppes enneigées défiler devant nos yeux.
Sans révolutionner son art,
Khors nous propose donc encore une fois un album plus que réussi, qui continue logiquement sur la lancée des efforts précédents. Inspiré, solide, travaillé et habité d’une sensibilité peu commune, ce
Night Falls Onto The Front Of Ours comblera sans aucun doute les fans du groupe et saura toucher tous les amateurs de musique mélancolique, profonde et habitée. L’été arrive et vous craignez la canicule ? Allez donc faire un tour dans les steppes glaciales d’Ukraine,
Khors sera un excellent guide.
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