Quelques notes frottées doucement sur une lointaine guitare qui, d’un coup, dans leur mélodie hypnotique, maladive, explosent dans un râle violent. Ainsi s’ouvre
Never Fail to Disappoint.
Que m’inspire ce disque ?
Des couloirs grisâtres, aseptisés ; une déambulation chaussettes traînantes dans la poussière d’un sol carrelé de grès blanc en 45x45 entrecoupés de joints sombres, gras, noirâtre ; un hôpital, un asile, un lieu où le malheur et le mal-être cohabitent et se calment à grandes doses de Prozac, de Xanax, d’Alprozolam ou d’autres fruits issus du verger de la pharmacopée.
De quoi souffre notre patient ?
De dépression certainement, d’anhédonie, de troubles suicidaires peut-être ? C’est ce que semble exprimer « Suffering will Shroud Every
Sign of Happiness » dans son riffing répétitif, lancinant dans sa violence sournoise où la folie resurgit uniquement sur les fins de couplets en dose très modérées, donnant l’impression que les calmants tardent à faire effet, ou, pire, que ceux-ci ne font plus effet.
L’œuvre elle-même suit une sorte de logique thérapeutique, une évolution commencent par la souffrance brute («
Eternal Psychological
Trauma » avec son break plaintif et funèbre hurlé par le tourment du chanteur en une tirade névrosée vient se conclure par une voix féminine questionnante, tracassante, dans une hallucination schizophrénique avant de repartir sur une ligne de basse omniprésente soulevant les hurlements de la ligne vocale regagnant en douleur). Cette violence intérieure très prononcée sur les trois premiers titres sonne comme une séance de psychiatrie épouvantable (notamment «
Never Fail to Disappoint » évoquant une atmosphère de perte d’équilibre interne, de fébrilité, de fragilité mentale).
L’ambiance générale est à l’image du son du groupe, sale, triste, montant dans les tours, dans les excès de souffrance avant de replonger, toujours en quelques secondes, dans les méandres de la noirceur.
Sorry… atteint avec cette sortie l’apogée de son art, je pense, restant dans son post-black / DSBM habituel avant d’aller s’aventurer légèrement sur le terrain du blackgaze (« Everything Is Falling Apart » et son introduction annonciatrice de l’album «
Fragile » (2025) tout en laissant entendre une influence
Happy Days dans les guitares). L’ensemble défile d’une traite, s’enfonce dans votre âme comme l’aiguille d’une leucotomie transorbitaire s’enfoncerait dans le crâne d’un patient. Une dimension psychiatrique, l’expression d’un chagrin désabusé ressort de la musique de cet opus, enfonçant l’auditeur de morceau en morceau dans une apathie de plus en plus virulente, dans un désarrois de plus en plus palpable, dans une mélancholie dont on aura du mal à se remettre.
La dépression y est d’une certaine manière magnifiée par la production, le mixage légèrement étouffé. Le chant jusqu’auboutiste passant du supplice à la folie dans des envolées ténébreuses, tel l’effet secondaire violent, insupportable, provoqué par un anxiolytique ou un soudain désespoir remonté du fond de l’inconscient sans pouvoir en identifier les décors ou les personnages en cause de cette désolation.
Triste à souhait, ce black metal apathique déchirant conduit lentement et inexorablement l’esprit dans une déchéance interne, une dépression incurable.
Never Fail to Disappoint est une clinique dédiée à l’automutilation, au mal-être, à la dépression, au suicide. Une œuvre courte mais complète avec un son atypique, une atmosphère de sanatorium désaffecté, l’impact d’une dépendance aux anti-dépresseurs.
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