Déjà six ans se sont écoulés depuis leur second LP "
Barton's Odyssey" en 2016.
Outre la pandémie, les départs du guitariste Alex Houngbo et du chanteur Antoine Bibent ont retardé la conception de son successeur. Les nouvelles arrivées ont cependant conduit à une remise en question du groupe dans tous ses aspects. Il se trouve que le nouveau guitariste, Alexandre
Ash, est spécialisé… gospel et soul ; il s'est cependant bien intégré au groupe tout en apportant de nouvelles couleurs à la palette de
Atlantis Chronicles. Derrière le micro, Julien Lebon n'a pas le growl que produisait Antoine, mais utilise souvent un screaming modulé, et il a dans ses cordes un chant clair maitrisé, qui a contribué à ouvrir encore plus les horizons de composition du quintet. Bref,
Atlantis Chronicles s'était promis de changer, mais jusqu'à quel point ?
Si l'album vient juste de sortir, le 8 Avril 2022 chez
Metal East Productions, l'enregistrement a commencé il y a déjà deux ans. Bénéficiant d'un crowfunding dépassant largement leurs attentes, le groupe en a profité pour fignoler sa réalisation en prenant son temps. Ce n'était pas de trop, puisque ce sont une grande partie de la musique et de son contexte qui ont changé, avec en sus un nouveau logo réalisé par
Hugo Barbier, et un style graphique onirique à la base de cinq aquarelles aux couleurs chatoyantes d'une artiste de vingt ans, Valery Kovonalova. Le packaging du CD est superbe avec de nombreuses illustrations, ainsi qu'un livret contenant les textes.
Une première écoute de "
Nera" en désarçon
Nera plus d'un, car ça part dans tous les sens : croche-pieds, virages à 180 degrés mettent à l'épreuve la capacité d'assimilation de l'auditeur. C'était déjà le cas avant, mais dans une palette de styles plus resserrée, et ce seront les fans établis du groupe qui auront sûrement le plus de mal à le reconnaître : il subsiste peu de growl purement guttural, et musicalement on sort des chemins balisés du death tech et des riffs lourdingues de fond de manche.
Avec "
Full Fathom Five" le groupe se permet un démarrage carrément chill aux guitares, très soul, en sons clairs et crunch légers… avant d'infliger un blast furibard qui évolue vite vers des terrains plus prog. Le nouveau chanteur a un timbre et une manière de vocaliser qui seraient un genre de mix entre Jo Duplantier et Spencer Sotelo (
Periphery), qui me fait penser à ce que fait ce dernier avec son side-project
King Mothership. Accordons une mention spéciale aux nombreux refrains addictifs qui parsèment l'opus ("
A New Extinction", "We All
Saw It Coming", "The
End Is Near").
La batterie de Sydney Taieb est énorme, presque trop, avec un couple grosse caisse/ caisse claire bien dans ta g... pardon, in your face. La double martèle particulièrement vite et fort, et des micro-blasts peuvent vous coller une décharge, ou vous électrocuter franchement en maintenant le bouton sadiquement appuyé ("
A New Extinction", "
Full Fathom Five", …). On est par moments pas très loin du mathcore, avec des rythmiques violement déconstruites.
Les guitares de Julien Rosenthal et Alexandre
Ash ne manqueront pas de ravir les amateurs de l'instrument, car tout y passe : gros riffs parpaings, enchainements de notes supersoniques en legato, mais aussi des arpèges chaleureux, ainsi que des soli particulièrement inspirés et travaillés qui peuvent vous tomber dessus à n'importe quel moment, voire d'entrée de jeu ("The Great Inscape").
La basse de Simon Chartier participe activement au canevas instrumental. Mixé par Lucas d'
Angelo (
Betraying The Martyrs) et masterisé par Pierrick Noël (
Klone, etc...), "
Nera" a un son parfait, et on sent que tout le monde sur l'arche a été dans le même sens.
Difficile de deviner ce qui va nous tomber dessus dans les trente secondes à venir, tant le groupe varie ses coups. Il semble ne s'interdire aucune folie, comme avec ce break de guitare flamenco sur "We All
Saw It Coming", qui vous fait glisser dans un solo partant dans une direction opposée juste après. Ce chaos organisé peut faire penser à The Mars Volta, d'ailleurs les riffs du morceau "
Ruins And Memories" m'ont rappellé un autre groupe du prodige Omar Rodriguez, At The
Drive In. La dextérité est utilisée d'une manière prog, voire jazzy, avec un toucher très propre et nuancé, parfois au sein d'un passage burné.
L'ambiance de l'album est entre mythologie et nostalgie (comme les excellents compatriotes de Prophetic Scourge, chroniqués ici il y a peu), qui peut prendre la forme d'arpèges crunchs bluesy, ou de discrets craquements de vinyle. On a l'impression d'être dans un autre univers, ou hors du temps, comme avec ces surprenantes harmonies féminines dans "
Full Fathom Five".
C'est donc un concept album autour de la disparition de l'Atlantide, avec des similitudes troublantes avec le temps présent (le texte de "
A New Extinction").
En outre, j'ai eu un peu la sensation d'un long morceau ébouriffé de trente six minutes lors des premières écoutes, avec un peu de difficulté à identifier sur quelle chanson était ce refrain entêtant, ou ces choeurs d'un gospel sortant du fin fond d'un folklore inconnu. Le groupe superpose souvent un metal froid et épileptique à des couches hautement mélodiques dans le chant, les choeurs des refrains, ou des broderies de guitare claire. Le côté froid et épileptique était déjà très présent sur l'album précédent, mais tournait un peu à vide à mon sens ; sur "
Nera" les compositions sont plus aérées, digestes, et elles ont énormément gagné en musicalité.
Si l'influence de
Gojira était présente dans le jeu de batterie remarquable de Sydney Taieb, elle prend la forme d'un gros clin d'œil presque parodique à "
Born For One Thing", avec moult harmoniques en chaleur et roulements überbourrins sur le début de "Fatherless Nights Ahead". J'ai pouffé. On est pas obligé de se prendre au sérieux 24h/24.
Avec son troisième album "
Nera",
Atlantis Chronicles a osé crânement, et s'est métamorphosé en un concentré luxuriant de brutalité, de mélodies et de technicité. Un peu comme si
Haken rencontrait The Mars Volta,
Rivers Of Nihil,
Periphery... et plein d'autres choses. Je gage que la marge de progression du combo est prometteuse, et je mets d'ores et déjà une grosse pièce sur leur prochain album.
Merci beaucoup pour ta chronique qui m'a permis de découvrir ce groupe. Autant j'ai du mal avec les deux précédents, autant celui-ci tourne souvent, un régal à chaque écoute. Que de variétés, une sacrée claque !
Et bien vu pour ce qui est du "clin d'oeil à Gojira", je n'avais pas tilté dans l'empressement de la première écoute mais depuis la deuxième je pouffe systémétiquement xD
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