En un peu plus de dix ans d’existence,
Sacrificium Carmen est déjà une valeur sûre du black finlandais, et les amateurs du style ont déjà forcément posé une oreille ou deux sur la musique du quintette de Tampere, dont les deux albums,
Ikuisen Tulen Kammiossa (2015) et
Hermetica (2018) ne sont pas passés inaperçus.
C’est désormais sur
Purity Through Fire, label plus à même de porter ses ambitions grandissantes, que la horde sort son troisième album, intitulé
Nekrognosis - Avain Varjoihin. Autant le dire tout de suite, pas de grand chamboulement à l’horizon,
Sacrificium Carmen continue d’officier dans le black à la finlandaise classique de chez classique qui a fait sa renommée, et qui fait toujours son petit effet. S’il fallait rapprocher la formation de groupes reconnus, on penserait à
Horna période Ääniä Yössä, sinon, dans les combos plus actuels, on citerait volontiers Marras.
Fraktaalimessu démarre sur une courte introduction aux sonorités angoissantes et bruitistes avant que des arpèges distordus ne viennent nous flatter les oreilles de leurs notes insidieuses, portés par un roulement de batterie et un grognement sourd qui lancent lentement ce premier titre. Le morceau évolue d’abord sur un rythme lent et sombre, crachant une haine et une menace larvée, qui se cristallisent dans cette alternance entre un chant guttural tirant vers le death et des hurlements black déments ; puis, enfin, le morceau se libère de sa gangue et n’explose vraiment qu’au bout de 3,02 minutes, lorsque le premier blast vient enfin nous péter à la gueule, même si le tempo se fait plus lourd que réellement rapide. Mention spéciale au solo de fin, chaotique, hurlant et mélodique, qui me rappelle beaucoup le
Crystalium de
Diktat Omega.
Dans l’ensemble, les guitares sont très mises en avant, exposant largement ces petites mélodies noires et vénéneuses si chères à l’école finlandaise, omniprésentes sur cet album. La production est claire pour le style bien qu’un peu étouffée, chaque instrument ressortant assez distinctement, certains déploreront d’ailleurs certainement que le son n’est pas assez nécro pour faire idéalement ressortir la noirceur du groupe, mais l’atmosphère délétère indispensable au style reste bien présente : avec des pistes oscillant entre 4,43 et 6,58 minutes,
Sacrificium Carmen prend le temps de travailler ses ambiances, faisant tourner suffisamment ses riffs pour les rendre hypnotiques sans pour autant se répéter. Neuf compos pour 51 minutes, voilà un album à la durée idéale, présentant des pièces relativement variées et dynamiques, et qui n’hésitent pas à se faire groovy à certains moments, à l’instar des grands frères d’
Horna.
Ceci dit, cette diversité des styles qui cohabitent au sein de la musique des Finlandais constituent à la fois un point fort et un point faible, car si elle permet de faire respirer les titres, certains passages un peu génériques voire bas du front viennent entacher la pureté black de ce rituel, contrastant maladroitement avec la noirceur ténébreuse que dégage naturellement la musique du combo (les attaques n roll d’Ihmiskunnan Inho Seuranain pas vilaines mais dispensables, surtout comparées à la beauté glaciale du riff principal, les passages death groovy de Demonosofian Houreet, pas vraiment – ou vraiment pas ? – à leur place). Non, en ce qui me concerne, c’est vraiment dans les passages les plus purement black, lorsque la flamme noire du blasphème brûle et se consume en une fumée âcre et sacrée, que
Sacrificium Carmen excelle le plus (l’excellent riff central d’
Azrael, qui lance un titre au début un peu quelconque, la fin de Demonosofian Houreet, lente et lancinante, Mefistofeleen Kuu, pas original pour un sou, mais très entraînant et efficace avec ses dissonances diaboliques, son rythme rapide et son solo final).
Quoi qu’il en soit, on a ici un album solide et honnête, à la qualité indéniable, et dans la bonne moyenne des productions du genre, même s’il est parfois inégal et manque un peu d’intensité et de crasse ; pour son troisième album,
Sacrificium Carmen reste donc droit dans ses bottes et ne fera pas honte au black finlandais. Décidément, avec un rythme de trois sacrifices parfaitement exécutés en six années d’existence entièrement vouées à Sa vénération, le sang écarlate semble ne pas avoir fini de couler…
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