Necroshpere

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13/20
Nom du groupe Necropolis (RUS-2)
Nom de l'album Necroshpere
Type Album
Date de parution 2006
Style MusicalDark Ambient
Membres possèdant cet album2

Tracklist

1. Necrosphere
2. Morning Air

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Necropolis (RUS-2)


Chronique @ scrattt

10 Janvier 2012

Des nappes ambiantes Lustdmoriennes enregistrées en field recording


Il avançait le dos courbé, les yeux encore embrumés de Vodka qu'il s'était enfilée hier soir pour oublier sa chienne de vie qu'il traine comme une enclume depuis trois décennies. Le responsable aux baies lui disait pourtant tous les jours ne pas traîner, d'aller plus vite, que la nuit aller bientôt tomber sur la Taïga. Quinze ans. Quinze ans qu'il subit ces regards pesants sur lui, ces désapprobations, ces remarques humiliantes lui rappelant sans cesse le milieu d'où il venait. Jamais en d'bol de toutes façons. Une traînée en guise de mère, un père alcoolique qu'il a du voir les première années de sa vie, ne gardant comme seul souvenir de lui que les traces de coups qu'il lui portaient en guise d'affection. Quand cette dernière en vint à mourir d'une saloperie de maladie, il était parti. Où, il n'en n'avait aucune idée, y avait-il seulement un endroit dans ce foutu pays où il était bon d'y mettre les pieds?

Le responsable aux baies s'était pris d'affection pour lui un beau jour d'hiver, alors que le gosse de quinze ans qu'il était dormait dans une carcasse de charrette abandonnée, enveloppé dans une maigre couverture que la brise encore légère de l'aurore faisait se soulever par intermittences. L'énorme homme et sa femme l'avait recueilli, nourri, et l'avaient directement embauché pour aller ramasser les baies en Sibérie; parce qu'on manquait de bras; parce que c'était la misère; parce que tout le monde crevait de faim; parce qu'il n'avait pas d'autre choix, après tout.

Et il marche, il marche. Soulève un énorme sac. Monte dans la camionnette. Le chauffeur lui crie quelque chose mais il n'entend pas. Ou ne veut pas entendre. C'est toujours la même chose. On redescend, compte les hommes, répartit les tâches. Il a froid. Faim. Son gros orteil est congelé depuis ce matin à cause de sa chaussure trouée, pas sûr qu'il le récupère. Mais il s'en fout. Il marche, hagard, au hasard, répétant machinalement les mêmes gestes, les mêmes efforts.

Il n'a pas envie de rentrer ce soir. Alors il sort un prétexte brumeux comme son cerveau au gros homme et il s'en va un peu plus au nord, dans les terres isolées où les humains ne mettent pas souvent les pieds. Il n'y a rien là-bas. Rien que le vent qui hurle sa misère sur les branches des sapins qui ne lui répondent même pas. Et il marche, savourant ce plaisir d'être enfin seul, le crissement de la neige sous ses pas comme seul bruit extérieur.

La carcasse métallique d'un missile est fichée dans le sol, témoin des conflits passés. Elle semble l'attendre, fière et droite comme lui. Elle est son amie, sa confidente, son refuge. Il y va souvent. Pour lui parler, pour lui chanter les airs anciens qui parcouraient la Taïga et la Toundra depuis des siècles et des siècles. Mais ce qu'il préfère par dessus tout, c'est ce vent qui entre dans le coeur de ce corps rouillé pour jouer avec. Et la carcasse, Elle, lui répond. Elle chante, gémit, hurle, étend ses longues mélopées noires et métalliques pendant des heures et des heures. Un flot ininterrompu de sonorités hypnotiques et abyssales qui percutent sa tête, font vibrer chaque cellule de son être engourdi. Elle lui raconte la Révolution Industrielle, le bruit des machines et des hommes qui travaillent à la chaîne jour et nuit dans un fracas métallique de fin du monde, les cités mortes jonchée de débris et de cadavres. Et Elle hurle, sans s'arrêter dans le nuit noire que pas un rayon de lune ne vient percer, et Il se met à espérer à croire en un monde meilleur, ou sa fin, tout mais pas cette misère dans laquelle ils sont embourbés. Si seulement ils pouvaient chuter, comme des fleurs de cerisiers dans le vent, tellement purs et radieux...

La brise du matin le tire de sa douce léthargie dans laquelle il s'était enveloppé toute la nuit, dans les bras de cette vieille grincheuse qui n'a pas arrêté de geindre ses nappes réverbérées. Il sait qu'aujourd'hui sera un autre jour de plus, morne et terne. Mais au fond de lui, il l'aime sa Taïga, il aime son côté sauvage, son immensité glacée qui résiste tant bien que mal à la fureur des Hommes. Il aime cet atmosphère mystérieuse qui plane quand il marche sur ces Terres. Il aime cette musique qui résonne dans son corps, malgré tout son statisme et son hermétisme, elle ne peut pas lui faire plus de mal que ce foutu froid qui s'infiltre par toutes les pores de son esprit et qui lui bouffe les pieds, les mains, le cerveau. Il ne sait pas s'il s'en sortira jamais un jour. Ce soir il est réquisitionné chez le responsable aux baies pour une corvée de nettoyage. Et il n'a plus de Vodka.

(Note: des extraits de cet écrit ont été librement inspirés du roman d'Evgueni Evtouchenko
“Les baies sauvages de Sibérie”)

1 Commentaire

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scrattt - 11 Janvier 2012: Pour une description plus rationnelle:

La première édition de Necrosphere fut édité la permière fois par le label Russe Zhelezobeton en édition limitée à 85 copies, ou seul le premier titre "Necrosphere" était présent. ColdSpring Records a depuis réédité l'album en 2006 en y ajoutant un deuxième morceau, "The Morning Air".

Musicalement, Necropolis s'appuie sur de lourdes nappes de claviers s'étirant sur respectivement une demi-heure et un quart d'heure. Des sonorités industrielles viennent parfois pointer le bout de leur nez, et les structures ambiantes se muent progressivement tout le long de l'album, mais gardant cette ambiance glacée et hypnotique. Assez minimaliste dans la forme, l'immersion est néanmoins puissante, même si les sonorités ne possèdent pas toute la densité et la puissance de Lustmord, l'album possède une forte puissance d'évocation, notamment du à l'enregistrement en field recording dans les profondeurs de la Taiga
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