Voilà un nouveau groupe, ou super-groupe, si j'en crois l'expression consacrée. Audiotopsy (A/Y) a été créé par le guitariste Greg Tribbett (Ex-
Hellyeah) auquel s'est associé le batteur Mat McDonough, tout deux désireux depuis quelques années de faire une pause avec
Mudvayne. Puis le chanteur Billy Keeton (
Skrape) et le bassiste Perry Stern, qui avaient déjà joué ensemble, sont venus prendre part à cette cause. Une bien étrange équipe réunie au Porch Studio d'Orlando pour jouer ce
Natural Causes. Le Cd est produit par Audiotopsy avec Tim Laud (Productions) aux manettes.
Signé chez
Napalm Records, le groupe sera un fier représentant du label aux Etats-Unis, où la maison aimerait percer une brèche.
Le projet ne datant pas d'hier, on voit déjà pousser de petites publications par ci par là pour montrer de quelle musique nos quatre étranges bonhommes vont nous abreuver. En observant les photos de promotion, on note tout de suite la singularité de cette formation : Mat pourrait être tout droit sortit d'un téléporteur, Greg du laboratoire du docteur Xavier, Perry arriver du fond des bois alors que Billy arbore sur la partie basse de ses vêtements les couleurs gravées sur ses bras. Voilà pour ce qui est des premières images. Côté son, certains affichent Heavy, d'autre
Metal Alternatif et de notre côté, c'est Neo
Metal. Histoire de faire durer le suspense et de ne pas me faire disséquer tout de suite, je dirais : "écoutons et nous verrons !"
N'ayons pas peur de dire que le titre phare qui entame cette opération auditive ne rate pas son coup. "
Headshot" attaque sur un riffing tonitruant. Le "pré- refrain" prépare vos oreilles à l'arrivée du choc frontal impossible à sortir de votre tête. La vision de ce combattant au fond des tranchées vous traversera sans ménagement. Le postulat de base est posé : il s'agit bien là d'une volonté de faire du
Metal au sens large et profond du terme. La puissance sera également la méthode employée dans "
Distorted" ou encore dans "Draken The
Rainbow" qui montrent une tournure et un son Thrash non négligeable. Côté refrain qui vous marquera, on ne pourra pas détourner l'attention de "
Disguise Your Devils" transformé en "
Devil In
Disguise" pour un chant diablement écorché.
A ce propos, passons au découpage de Billy dont le chant est plus qu'un atout pour cet opus. Pour faire simple, sa voix est taillée dans le rock. Greg l'a choisi pour les bonnes raisons, et surtout pour ne pas que son oeuvre ressemble à
Mudvayne ou à
Hellyeah. Autant dire que son organe permet de faire ce qu'il faut pour illustrer ce qu'ils font. Dans la première partie de l'album, il est plutôt du côté de la tempête rageuse. Alors qu'après l'interlude, le calme s'installe sur certaines plages, pendant quelques instants où l'émotion doit se faire plus présente que la hargne. Mais attention, ne vous méprenez pas, sa voix cassée reste tout à fait dans le ton. D'ailleurs, c'est appréciable d'avoir des paroles totalement compréhensibles même sur les parties où il s'arrache les cordes vocales.
Est-ce cette résonance particulière qui me fait penser que certains titres comme "All We Know" et "LYLAB" naviguent entre
Nirvana et Alice in Chains ? Ou est-ce la deuxième partie de l'album, et cette espèce de mal-être qui me donne ce sentiment ? Difficile d'en être certain car d'autres titres ressortent avec une modernité et une clarté presque rafraîchissantes. Comme si l'esprit du grunge avait croisé des riffs de
Pantera. La présence d'un jeu de batterie et d'une grosse caisse utilisée avec justesse et intelligence n'est pas étrangère au glissement Neo de leur musique. "The Calling" ou "
Burn The Sky" sont le reflet de la maîtrise des instruments de cet audiotopsy. "
Frozen Scars" va plus profondément dans le processus en alourdissant le son, déchirant la voix et en montrant la facette la plus noire de leur musique ; le monstre est là, prêt à sortir des plaies laissées par ces outils d'une précision chirurgicale. Mais impossible d'être épargné par "LYLAB" qui marquera cet album par ce mélange spécifique pour un titre, n'ayons pas peur de le dire, "Neo Grunge". Tout y est : du passage clair et lancinant à la grosse guitare pesante mais perçante. Puis une fois la brèche ouverte, la double grosse caisse poussera ces paroles hurlées dans votre crâne. Un texte et un thème qui seront là pour vous faire un électrochoc autant que la musique, "LYLAB" étant l'acronyme de "Love You Like A
Bitch"...
'
H2O' arrive en interlude pour calmer le jeu, certes, mais se présente surtout comme un hymne à l'eau : tout d'abord la pluie fine, puis les goûtes qui tombent sur une eau plate, et enfin une eau ruisselante qui finit par amener une mélodie lointaine pour déboucher sur 'Swim'. Le titre révèle encore une fois le schéma typique du Grunge avec ses parties calmes et ses regains d'énergie. Comme la vague qui monte, qui descend et qui prend la place de la musique au terme de ce morceau. La mélodie infectieuse délivre un message simple : "ce monde est devenu merdique". Un environnement pourri que tout le monde finit par détester. Les gens sont dégoûtés par leur travail et leur vie au point de juste vouloir s'éloigner à la nage. Essayer de récupérer une vie perdue et finir par se noyer dans la misère. Même si plusieurs titres s'immiscent avant le dernier "
Natural Causes", celui-ci est naturellement lié aux deux mouvements liquides précédents. En effet, il est ici question de sons d'eau, mais l'ambiance y est malsaine. Comme si la nature était inversée à l'instar de l'impression que la piste est passée à l'envers. Des sons plus "naturels" s'imposent ensuite dans ce paysage étrangement calme, pour finir sur un effondrement sonore progressif. Au premier abord, ce choix paraît étonnant quand au titre éponyme. Mais lorsque l'on finit par décortiquer les fondements textuels et musicaux de cet album, on tombe malencontreusement sur une inévitable évidence. On assiste la à une dualité telle qu'elle peut apparaître dans notre monde. Le choix de l'artwork n'y est pas non plus innocent et étranger: Cette libellule sur la dionée attrape-mouche allant à sa mort n'est qu'une cause naturelle.
Le groupe est d'accord pour dire qu'ils jouent un "hard rock progressif". Une autre façon de dire que leur musique navigue entre ces deux pôles, qu'Audiotopsy a su relier avec une certaine clairvoyance. D'une part avec des textes qui reflètent leur vision de notre société, et d'autre part en nous proposant une musique riche et, comme l'a voulu Greg, originale. Son leader et créateur a su mettre à profit son expérience et celle de ses acolytes pour mettre à flots un album personnel et solide. Il y a disséqué certains problèmes de notre planète et les a associés à sa musique sans se limiter à un seul style, pour un résultat plus que convaincant.
Puis bon, vous m'excuserez mais ce dont je me rend compte de plus en plus c'est que sous-prétexte d'avoir affaire à une oeuvre accessible qui relève de l'alternatif, on se permet trop souvent de prétendre pouvoir juger le(s) titre(s) en question avec strictement aucun bagage et de rapprocher les formations d'autres artistes avec un mauvais goût tel qu'on tombe parfois sur un groupe de metal et... Kyo, Muse, Tokio Hotel ou Rihanna à côté...
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