Napisten Hava

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17/20
Nom du groupe Dalriada
Nom de l'album Napisten Hava
Type Album
Date de parution 29 Septembre 2012
Style MusicalFolk Metal
Membres possèdant cet album33

Tracklist

1. Intro / Felcsíki Lassú Csárdás 01:10
2. A Dudás 05:34
3. Tündérkert 05:42
4. Napom, Fényes Napom 05:04
5. Napisten Hava 06:45
6. Julianus Útja 05:39
7. Puszta Föld 05:45
8. Hunyadi Es Kapisztrán Nándorfehérvári Diadaláról (Saltarello) 05:32
9. Hírhozó 06:37
10. Borivók Éneke 04:33
11. A Juhászlegény Balladája 05:55
12. Gyimesi / Outro 01:07
Total playing time 59:23

Chronique @ AlonewithL

08 Janvier 2013

Rien ne pourra plus résister à la déferlante des envahisseurs magyars.

Parmi les peuples est-européens, les hongrois auront été de ceux les plus farouches, les plus indomptables. Ecrivant l’Histoire en lettres capitales par ses conquêtes et par des actes de bravoure mémorables. Sur les ruines de la forteresse de Belgrade contre l’avancée irrésistible des ottomans, sur les chars de l’Empire soviétique venus mater la révolte d’éternels incorrigibles armés de leur seule colère. Beaucoup pourraient s’inspirer de la vaillance de ce peuple qui n’a pas eu peur d’affronter les hordes des grands empires ayant pris d’assaut la partie orientale de notre continent. C’est pour ainsi dire un roc solide, inébranlable. En bons magyars, fidèles à leurs racines et à la tradition, les membres de « Dalriada » se dressent en sentinelles, prêts à défendre les couleurs et le folklore de leur pays, quitte à prendre les devants face aux autres puissances du folk metal. Le groupe de la talentueuse Laura Binder, non dénué de caractère et de personnalité, s’est fait un nom dans le genre. Celui-ci brille intensément au fur et à mesure des années et des sorties. « Ígéret », excellente sortie de 2011, bénéficiant enfin de la distribution d’un gros label (AFM Records), aura été une étape importante dans le chemin ascensionnel de « Dalriada ». Les projecteurs sont désormais braqués sur ce groupe jusque-là relativement peu connu en Europe occidentale, mais encensé dans sa propre patrie. La troupe n’aura pas fait attendre longtemps ses spectateurs et produit un nouvel album l’année suivante. Son engagement avec AFM n’aura été que de courte durée, le retour chez le compatriote Nail Records se traduit par la création d’un pur chef d’œuvre. Rien ne pourra plus résister à la déferlante des envahisseurs magyars.

Avant d’enfoncer nos remparts, « Dalriada » se contente premièrement de parader tranquillement dans une introduction joyeuse façon cabaret, se testant dans un jazz manouche avec le solide appui de la contrebasse. On nous amuse, on nous égratigne aux premières marches de notre ascension à l’instar du précédent album, rendant plus claquante encore la piste qui succède. Justement en évoquant celle-ci, « A Dudas » fait l’effet d’une gifle, intense et éminemment mélodique. Par l’apparente discipline des instruments, seulement remise en question par la folâtrerie du violon, c’est toute l’énergie et la fierté des campagnes hongroises qui se dégagent. Usant de chœurs à l’unisson, le refrain renforce d’autant plus cette impression d’unité et de joie dans une communauté soudée. Les textes du morceau sont pourtant éloignés de cet esprit communautaire dégagé. Ils feraient plutôt allusion aux mésaventures d’un pauvre joueur de cornemuse. Instrument d’ailleurs omniprésent sur la piste, et galvanisant. Assez surprenant, car de réputation, la cornemuse n’est pas très réputée par son charme. L’entrain et l’excitation sont également au rendez-vous sur l’excellent « Napom, Fenyes Napom », alliant la virtuosité des airs tziganes au mur sonore produit par la guitare et la batterie. Le milieu de piste sera pour ces derniers l’occasion de se livrer à un instrumental vif et puissant dans un style power metal totalement imparable.

On retrouvera sur une majeure partie des titres de l’album des refrains entêtants soutenus par des chœurs. De purs hymnes de gaieté, resplendissants. Cela vaut pour « Napom, Fenyes Napom », dont il serait difficile d’en perdre une bribe. Cela vaut aussi pour « Hirhozo», où le piano finalisera la touche émotionnelle du duo de chants de Laura et d’András. L’homme se révèle aussi poignant que Laura sur ce « Hirhozo » légèrement attristé et à mid tempo, paré de mille richesses, absolument magique. András Ficzek prend en effet une part très active dans le chant, surtout dans les derniers titres de l’album. C’est le cas notamment du très dansant « Borivok Enenke », mêlant tradition champêtre et vigueur power metal. Un autre titre sera lui entièrement consacré au chant masculin ; il y est à la fois épris et saisissant, au point de faire ombrage à la géniale Laura. Il s’agit du dramatique « A Juhászlegény Balladája ». Le ton y est lourd et pesant, un instant rare de l’album particulièrement élaboré, si bien qu’on y entreprend une véritable exploration entre passages sombres et d’autres plus éclairés. Ces moments troubles vont s’apaiser dès l’apparition de chants tribaux en toute fin. Comme si les doutes ne pouvaient trouver leurs réponses que dans les paroles des ancêtres. Cette plénitude se poursuit idéalement en continuité par l’outro, dans une musique antédiluvienne et cacophonique, faisant la part belle aux percussions et au violon. « Dalriada » aime associer de nombreux ingrédients pour parfaire son ouvrage. Tantôt épurée, tantôt complexe, sa musique crée à chaque fois l’étonnement.

« Napisten Hava » serait ainsi un éblouissant jardin de fleurs comme beaucoup aiment à regarder. La multitude des essences équivaut à celle des couleurs. Les compositions de la formation renvoient à un magnifique décor de plantes, si proche de nous, si fascinant, mettant nos sens en éveil. Plus haut que les Carpates, nous croyons bien survoler les hauteurs andines à l’entame de l’éponyme de l’album. Cette impression est sans doute due à la flute imitant la flute de pan d’Amérique du Sud. Contrebasse, violon et guitare prennent rapidement le relais. On alterne alors entre le calme représenté par le chant caressant de Laura et des vibrations instrumentales. Des mélodies artificielles de synthés auront l’occasion de s’y incruster, tout comme la guitare acoustique. Le présent et le passé marchant ensemble vers un avenir rayonnant. Des promesses concrètes et réalistes. Aucun conflit, aucun entrechoc dans cette musique audacieuse et florissante. Tout est à sa place, parfaitement dosé.

La formation impose sa marque de fabrique. « Tunderkert » représente bien toute la personnalité du style de « Dalriada ». Il se démarque véritablement de celui de leurs confrères slaves, même s’il joue de cette association « chaud/froid » assez propre aux pays de l’est, entre douceur traditionnelle et violence metal. La part rude, agressive des hongrois s’affirme à travers un power metal rigoureux et énergique. De l’énergie, « Puszta Föld » en aurait à revendre. La force, imperturbable, conquérante, devra pourtant faire des concessions et laisser gambader l’innocente et candide flute, instrument relativement peu utilisé dans le présent volume, qui aura son petit moment de gloire sur le milieu de piste. Quand on évoque la tradition et les localités, on en vient à parler d’Histoire. « Dalriada » a pour coutume ou manie de conter l’Histoire de son pays et des événements clefs qui ont permis au peuple hongrois d’exister jusqu’à nous. La longue marche entreprise par le frère Julianus en 1235, qu’aborde un tendre et baladeur « Julianus Útja », vous emmènera en Oural, à la recherche des racines magyares. L’expédition avertira l’Europe de l’imminence d’une invasion tatare venue d’Asie Centrale. Plus qu’un périple, un événement fondateur de l’identité hongroise sera consacré sur « Hunyadi Es Kapisztrán Nándorfehérvári Diadaláról », le siège de Belgrade de 1456, qui a vu les hongrois écraser l’effort des redoutables ottomans et humilier le sultan Mehmed II (dit Le Conquérant). Le titre est à la hauteur de ces faits mémorables; épique et solennel comme il fallait s’en douter.

Nombreux folk metalleux ne jurent que par le Nord de l’Europe. Ils ont raison d’idolâtrer les vikings de Norvège et de Suède, pionniers et grands ouvriers du genre. L’intérêt pour les pays de l’Est est tout récent, mais gagne en importance. On se tourne aujourd’hui bien volontiers vers les formations russes, baltes et ukrainiennes. Ce qui est une très bonne chose, il ne va pas sans dire. Mais grands dieux, pourquoi l’Europe Centrale ne privilégie d’aucune faveur? Il faut trop souvent batailler pour promouvoir des groupes de Slovénie, de Croatie, de République Tchèque, de Roumanie, de Hongrie. Des pays qui auront pourtant su conserver l’authenticité de leur musique folklorique et pu la maintenir à un haut niveau. D’où un fort potentiel, bien plus qu’en France ou en Norvège où une œuvre de folk metal s’apparente malheureusement plus à un déterrage culturel, ne jouissant pas de la spontanéité de leurs confrères de l’ex-bloc communiste. Les travaux conséquents et parfois irréprochables de « Dalriada », comme c’est le cas avec cet éblouissant « Napisten Hava », auraient dû emmener d’office la formation de Laura Binder et d’András Ficzek au panthéon du folk metal. Au lieu de cela on ne fait encore que découvrir tout le génie de ces téméraires hongrois. Mais méfiance, « le Seigneur, qui a fait le commencement, prendra soin de la fin ».

17/20

11 Commentaires

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AlonewithL - 02 Mars 2013: Igeret, l'album précédent. Il est très bon et plutôt très accessible (prix) à la différence des autres.
DivineLiquor - 03 Mars 2013: Merci, j'en prends bonne note!
dissikator - 16 Septembre 2013: Je viens tout juste de découvrir ce groupe grâce à youtube qui m'a filé Hajdutanc après un clip d'Arkona. Grande soirée, j'adore !
Sonadenn - 26 Juillet 2015: Je te remercie pour cette très belle chronique. En quête de Folk Metal à chant principalement clair, je n'ai découvert ce groupe que très récemment et je suis ravie.
Tout y est, la beauté du (des) chant(s)
(en hongrois c'est magnifique même si je n'y comprend rien :-)). Les compositions sont sublimes. Bref cet album est une invitation au voyage qui ne se refuse pas.
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