Un vent d'inspiration renouvelé nous parvient des chaudes terres ibériques à l'aune de cette jeune formation metal gothique madrilène, créée en 2008, souhaitant marcher partiellement sur les traces d'
Evanescence,
Within Temptation,
Sirenia,
Autumn,
The Gathering,
Katatonia ou encore sur celles de ses compatriotes de
Diabulus In Musica. Incluant en les combinant les talents de la frontwoman Dina Nasser, du guitariste Alfonso Sainz-Rozas (ex-Catharsick) et du batteur Mike Sanz (ex-M.T.S.W), ce dernier ayant assuré la production de ce jeune opus, la sarabande, encore peu courue sur la scène metal locale, a néanmoins relevé le défi de faire partie des valeurs montantes d'un registre metal à chant féminin pourtant au bord de l'asphyxie. Pour ce faire, suite à un discret EP intitulé «
Phoenix A.D », un travail minutieux et de longue haleine a transpiré de ce premier album full length, au fil de ses 10 pistes successivement enchaînées sur un ruban auditif de 47 minutes à la fois dynamiques, énigmatiques et romantiques. Toutefois, quelques notes résiduelles altèrent la qualité d'enregistrement de la pièce et un persistant sous-mixage des lignes de chant étoufferait, non sans regrets, les fragiles inflexions de la belle. Encore pris dans son jus, ce message musical est à appréhender à part entière.
Le plus souvent, le groupe s'est montré saillant, mais jamais réellement violent, avec quelques passages bien enlevés au programme. Ainsi, des craquements d'un vinyle érodé par le temps entament le rageur et entraînant « Statement », rugueux titre heavy à la mélodicité légère, mais convenue, et servie avec grâce par la jeune déesse. Mention spéciale pour un refrain qu'on entonnerait à tue-tête, doté en prime d'arrangements de bonne facture. D'autre part, sur une sente mélodique dans la veine d'un
Sirenia des premiers émois, l'énergisant « Midnight in Nuuk » délivre un riffing massif adossé à une rythmique incendiaire. Un refrain immersif à souhait, dans le sillage de
Within Temptation, contraste avec un couplet plus terne. Dans cette tourmente, on appréciera les graciles volutes de la douce, qu'on aurait toutefois souhaitées un poil plus mordantes pour renforcer la charge émotionnelle de ce propos. Pour sa part, le frondeur et vrombissant « Wine to My Sucubbi », à la façon d'
Evanescence, avec un zeste d'
Autumn sur le plan des harmoniques, joue sur les contrastes rythmiques et un plombant riffing au gré des aériennes pérégrinations de la sirène, suivant un cheminement mélodique agréable mais manquant un poil d'attractivité pour rendre le brûlot véritablement impactant.
Sans démériter mais sans susciter l'engouement requis, d'autres moments corrosifs restent en-deçà des pistes sus-citées. Et ce, à l'instar de l'organique et percutant « Melancolithium », celui-ci assénant ses riffs sanguins tout en sachant desserrer la bride à brûle pourpoint. Non sans rappeler
Amaranthe, ce magmatique instant ne parvient que malaisément à nous rallier à sa cause, la belle s'avérant trop en retrait, voire effacée derrière l'offensif convoi orchestral. De plus, par moments, on tendrait à perdre le fil du sillon mélodique sans qu'une prégnante reprise ne nous rassure. A la manière d'
Angelical Tears, l'engageant « Wishing
Hell », quant à lui, offre un volcanique espace rythmique tout en conservant un cap mélodique invitatoire à l'adhésion. Si les attaques à la lead guitare sont bien senties, les ripostes d'un orgue suranné ne convainquent que partiellement, tout comme les poussives impulsions de l'interprète. Enfin, dans la veine de Paramore, « In the Lane » laisse couler une aqueuse lead guitare, alternant avec un riffing acéré calé sur une rythmique quasi bestiale. Techniquement complexe, l'énergisante plage ménage quelques instants de repos, par opposition au champ de turbulences traversé mais dont l'accroche peine à pointer le bout de son nez.
Lorsqu'il ralentit le tempo, le combo nous octroie quelques savoureux mots bleus bien distribués, même si l'émotion tarderait à être provoquée. Ainsi, douce ballade dans l'ombre de
The Gathering, avec une touche de
The Flaw, « Nights of Mistletoe » impose sa ronde des saveurs, octroyant un ravissant duo mixte en voix claires, que l'on ne quitte pas du tympan une seule seconde. Jouant davantage sur les nuances atmosphériques que sur d'imparables séries d'accords, l'intimiste moment s'en sort avec les honneurs, même s'il ne stimule pas nécessairement la fibre émotionnelle. Par ailleurs, de chatoyants arpèges au piano entament « Shades &
Ashes », sensible power ballade sirénienne où dansent les fines patines oratoires de la princesse. Un guitare/voix progressif du plus bel effet capte l'attention même si l'instant sucré s'avère classique dans son principe d'émission. Enfin, le caressant « Longing the Word », dans l'ombre de
The Gathering, se pose comme un romantique et agréable appel de la sirène auquel on ne pourra que malaisément se soustraire. Un poil linéaire, le chemin mélodique de cette ballade atmosphérique n'aura de chances de toucher sa cible qu'au bout de plusieurs écoutes circonstanciées.
Enfin, dans un ultime élan d'inspiration, voué à la diversification atmosphérique, le collectif ibérique a joué sur quelques touches orientalisantes pour faire rayonner sa fresque instrumentale «
Dream in La
Alhambra ». Cet insoupçonné et enivrant mid tempo nous immerge dans un désert brûlant écrasé sous un soleil de plomb, nous poussant alors en quête d'une salvatrice oasis. Au fil des gimmicks d'une lead guitare enjouée, parallèlement à de célestes ondulations organiques, on est irrépressiblement happé par la force des éléments qui nous environnent. Les mirages finissent par nous gagner au moment où le vaisseau instrumental prend son envol. Une belle surprise, en somme.
Ce premier essai, s'il s'est avéré assez agréable, incluant quelques lumineux instantanés, ne s'est pas montré réellement impactant et souffre d'une logistique de production encore lacunaire dans son principe d'émission. Manquant d'un supplément d'âme et étant parfois en proie à des lignes mélodiques au spectre resserré, cette galette tendrait également à une mise en retrait du corps oratoire au profit d'une instrumentation techniquement efficiente mais pas toujours opportunément calée, ni du meilleur effet. Bref, cette valeureuse offrande témoigne de quelques défauts de jeunesse qu'il conviendra d'évacuer rapidement pour laisser l'espoir d'une carrière ascensionnelle pour le combo espagnol. Toutefois, les amateurs des sources d'influence de la formation pourront aller y jeter une oreille pour le plaisir de la découverte. A condition de ne pas succomber à la tentation de la comparaison et de faire fi des défauts de production, au bout de plusieurs écoutes attentives, il se pourrait qu'une accroche finisse par étreindre le chaland. On attend donc une réaction de la part de nos acolytes pour encenser davantage et surtout plus immédiatement le pavillon...
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