Quand il a atterri sur ma platine en
2012, le premier véritable effort des suédois "
Through the Archdemon's Head" s'était révélé une très agréable surprise, mélangeant une base classique de
Doom épique Candlemassien avec un chant et quelques riffs
Celtic Frost-esque. Le fait que, juste derrière,
Anguish ait choisi de partager un split EP avec les excellents Below (LA révélation
Doom épique de 2014) n'avait fait que me les rendre encore plus sympathiques, et j'attendais ce "
Mountain" avec une certaine impatience.
On constate dès l'illustration de couverture (au demeurant très chouette)que le groupe semble avoir décidé d'assumer un peu plus son côté "vieux Black des bois" : des silhouettes encapuchonnées, un paysage hivernal, du noir et blanc... et, comme pour la précédente, une certaine haine envers les renards (il y en a qui ont dû avoir leur poulailler pillé, c'est pas possible autrement). L'intro semble d'ailleurs aussi sortir de cette tendance : froide et atmosphérique, elle n'aurait pas dépareillée sur un vieil album de Black mélodique suédois vers 1998.
Heureusement, on retombe vite en terrain connu dès le riff d'ouverture de "Markaian Furnace" : c'est lourd, c'est lent, c'est épais, c'est crasseux et c'est froid. Et malgré cela, ça dégage un côté épique genre "guerrier blessé paumé dans le blizzard". Les sept minutes au compteur du morceau passent sans que l'ennui ne s'installe, et l'on se dit que l'on est à nouveau parti pour se prendre un panard d'enfer. Les presque huit minutes qui suivent de "Stir Up The
Demon" font encore plus monter la pression, reprenant les éléments du début mais en les affinant et en les magnifiant. Le chant de Dee, absolument superbe, fait passer toute une palette d'émotions différentes avant d'enfoncer le clou final en hurlant en boucle le refrain imparable : "I MURDERED HIM!!"
Et, tout aussi soudainement et superbement qu'elle était montée, la pression retombe d'un coup. Car, aussi réussies soit-elles, aucune des chanson qui vont suivre ne va arriver à la cheville de ces deux morceaux de bravoure. Pire, elles vont se contenter de revenir aux fondamentaux sans y apporter aucun éclat.
Pas forcément un défaut en soi, mais on sent clairement que le groupe est à ce moment-là passé en mode paresseux. Même les ajouts au canevas de base sonnent téléphonés et n'amènent finalement pas grand chose d'utile à la structure générale des morceaux (ooooh un Hammond! Ah ben dites donc mais c'est original ça dites-moi...). L'album relève la tête avec quelques bonnes idées sur la fin, malheureusement pas exploitées en profondeur (l'espèce de solo de basse sur "
Void", qui semble assez perdu au milieu du morceau jusqu'à ce que les cris de Dee le rejoignent pour créer une atmosphère d'immensité arctique du plus bel effet au sein de laquelle le chanteur semble s'être égaré).
Le morceau final, "Snowhammer", se présente finalement comme un résumé parfait du disque : contenant à la fois toutes les qualités (un refrain entrainant, des riffs bien trouvés) et les défauts (une production pas top, un air de déja beaucoup trop souvent entendu) qui font que "
Mountain" se révèle être un album finalement juste correct. Si seulement tout le disque avait pu être du niveau du doublé "Markaian Furnace"/"Stir Up The
Demon", on aurait tenu là l'album Trad'
Doom de 2014 sans aucune contestation possible. Mais, tout comme
Cardinal's
Folly, ce n'est finalement qu'un album correct de plus dans une année qui se sera révélée assez décevante pour le genre.
Mais ne boudons pas notre plaisir, car
Anguish prouve quand même ici qu'ils ont un énorme potentiel pour devenir les prochains gros noms de la scène : il ne leur reste plus qu'à exploiter ce potentiel à fond,et à s'emparer d'un trône qui leur tends les bras.
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