"Les préjugés sont parfois d'immuables blocs immenses qui entravent vos pensées."
Au-delà d'une culture créative rigoriste et d'une propension à défendre, principalement, au sens large, un Heavy
Metal traditionnel, qu'ils contribuèrent à façonner, les artistes allemands surent, aussi, dans une certaines mesure, se plier à une musicalité que l'on pourrait, en aprioriste convaincu, penser très éloignées de leurs préoccupations premières. Et pourtant, à contrario de cette croyance défendant ce manque d'audace de l'esprit créatif teuton, des groupes tels que
Biss, Jadded
Heart,
Frontline ou encore, par exemple,
Scorpions, chacun en leur temps et chacun dans leurs styles de prédilections, ne furent pas les derniers à composer des morceaux soucieux de cet aspect mélodique.
Et parmi ces formations désireuses de danser au bras de celle qui fait tant horreur à ces puristes adeptes d'une musique en général, et d'un
Metal en particulier, axée, essentiellement, sur la force, l'exaltation, la puissance et donc loin de ces harmonieuses aspirations, il y a un
Moon'Doc dont le premier album éponyme sort en cette année 1995.
Pour commencer la modeste analyse de cet opus parlons, tout d'abord, de l'expression artistique et des diverses influences de ces allemands. Ainsi, sur cette première œuvre, on peut constater que le groupe a d'évidentes accointances épisodiques avec l'art de
Ratt. Parfois, très subrepticement aussi, avec celui de
Gotthard. Néanmoins, sans contexte, c'est avec celui des saxons de
Victory qu'on trouvera la filiation la plus manifeste.
Si le propos de
Moon'Doc se rapproche donc, principalement, de celui de ses congénères, il existe pourtant entre ces deux formations quelques différences fondamentales. La musique de
Moon'Doc possède un premier atout crucial en la personne d'un
Herman Frank dont le jeu est ici fondamentalement plus Heavy que celui dont il usa sur les œuvres de
Victory (exception faites, peut-être, de ce You Bought it - You Name it de 1992). Cette divergence exprimée par le musicien confère à ce disque quelques aspérités très séduisantes et offre surtout une saveur particulièrement attractive à cet opus. Entendons nous bien, il serait totalement déplacé d'évoquer crânement ici une entière appartenance à un genre auquel
Accept aura donné toutes ces lettres de noblesses, du moins à cette époque là, toutefois, il nous faudra reconnaitre que le travail du guitariste, au demeurant superbe, donne, indiscutablement, à cet ensemble une délicieuse agressivité que les autres formations partisanes de mélodicité n'ont, ou n'avaient, pas nécessairement. De telle sorte que nous sommes, avec ce premier album, en présence d'un Heavy Rock musclé dont les atours mélodique sont concentrés, essentiellement, en des refrains intéressants qui nous rappellent aux bons souvenirs d'un
Hard Rock énergique.
En outre de cet exceptionnel instrumentiste, il y a aussi sur cet album la présence capitale d'un chanteur dont le talent est remarquable. Ce vocaliste Chris Bay nous permet, en effet, de découvrir une voix chaleureuse, ronde et typique de celles employées dans ce
Hard Rock des années 80, dont il usa jusqu'à présent au sein d'un groupe de reprise du nom de
Lanfear. Par ailleurs il développe ici une superbe capacité à proposer de la nuance. Celle là même que, bien trop souvent, son compatriote germanico-ibérique Fernand Garcia oublie.
Mais laissons donc là les comparaisons et abordons maintenant plus précisément le contenu d'une œuvre très intéressante dans son genre. Ainsi parlons, afin d'illustrer la bonne tenue d'un album convaincant, de titres tels que de
Moon'Doc, de Fuck'n Fried, Crank it Up ou encore, par exemple, de l'excellent Daylight qui s'il démarre dans les soubresauts intimistes d'une douce ballade finis en une apothéose exaltée.
Mentionnons aussi les autres ballades de cet opus qui, fait rare pour être souligné, sont de suffisamment bonnes qualités pour ne pas alourdir l'ensemble, bien au contraire (I Really Want you et
Children Gonna
Die).
En définitive, pour peu que vous soyez férus des groupes abordés dans cette chronique dont, visiblement,
Moon'Doc s'inspire allègrement et que, de surcroit, une certaine agressivité plus propre aux genres de prédilections des allemands ne vous effraient guère, ce premier album éponyme saura alors vous contenter. On y déplorera simplement un petit manque d'audace qui aura conduit ces saxons à nous offrir une variation certes très convaincante mais d'un thème bien trop connus. A suivre.
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