Historiquement, la Macédoine aura vécu de nombreuses occupations et migrations à cause, en partie, de sa position géographique. Située dans les Balkans, elle aura été conquise par l'empire byzantin et l'empire ottoman ainsi que par les slaves pendant un moment avant d'obtenir son indépendance. Le pays a connu suffisamment de métissages pour que ce traumatisme se ressente dans la culture locale. Le quatuor d'
Aeon Arcanum en a fait une force. En effet, les Macédoniens n'hésitent pas une seule seconde à intégrer diverses influences musicales, qu'elles soient d'
Europe de l'Ouest, d'
Europe de l'Est ou orientales.
Ce n'est qu'en 2011, soit huit ans après sa formation, que le combo sort son tout premier album, «
Monuments ». Officiant dans un death metal progressif, il mélange toute sorte d'humeurs, d'ambiances et de sonorités, afin de rendre sa musique riche et complexe. Pour ainsi dire, il s'agit d'un death progressif intelligent, qui n'utilise pas à tout prix la technique ou la progression comme un effet de mode ou de style. Au contraire, l'ensemble peut paraître simple au premier abord mais c'est bel et bien au fil de l'album que toute l'identité des Macédoniens se révèle.
Il y a une réelle présence dans ce «
Monuments » et ce n'est pas longueur des morceaux qui nous dissuade en quoi que ce soit. Le quatuor utilise le métissage a bon escient sans en faire de trop, mélangeants les styles et les sonorités à un death metal vif, accrocheur, agressif sans non plus être brutal, mélodique sans non plus être pompeux, mélancolique sans non plus être trop plaintif. «
Dysphoria » ouvre le bal avec des riffs lamentés et un rythme lent. On se retrouve d'ores et déjà avec un doom/death dans une veine russe, parfois psychédélique, sans touches de claviers toutefois. Puis le calme total, pour arriver à un ensemble ambient, presque digne de la world music. Un fond d'ambiance, une mélodie orientale à la guitare sur une touche ethnique imprenable, jusqu'à son digne successeur «
Morbid Incarnation » et sa déflagration, mélodique et épique.
Aeon Arcanum met le paquet sur le tranchant des riffs et le côté incisif du growl, avec sa mélodie entêtante et ses interludes symphoniques et impériales.
Si « Lurid Luminance » propose un ensemble plus atmosphérique, plus relevé, moins bourrin, avec son côté spirituel voire esotérique, « Alteration of
Insanity » touche davantage à l'indus avec ces petits effets électronique. Les parties death qui s'ensuivent restent plus traditionnelles, bien que bercées par cette mélancolie omniprésente, jusqu'à des touches cosmiques voire spatiales, tels les sons d'un vaisseau perdu au fin fond de l'univers. « Cosmic
Solitude » confirme cette impression, les sonorités électroniques étant plus poussées, accompagnant avec finesse les riffs et le growl.
Aeon Arcanum livre un death très riche, classieux et loin d'être linéaire, utilisant à merveille les différentes influences culturelles pour un résultat bluffant, proche de l'avant garde. Chaque titre se distingue et offre une ambiance qui lui est propre, sans mettre de côté la lourdeur et le côté agressif du death metal. Une très bonne réussite pour un groupe méconnu dans un pays méconnu.
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