Franchement, la situation actuelle de la France et mondiale peut difficilement prêter à sourire. Entre le conflit menaçant et la crise économique durable, l'inflation et les pénuries diverses, la sphère politique instable et cynique au possible, la surenchère médiatique dans le misérabilisme-catastrophisme-prendrelesgenspourdesconisme (reprenez votre souffle), il ne reste pas grand chose pour se réjouir.
Mais ma personnalité plutôt optimiste se dit aussi que c'est l'été, la saison des festivals et des retrouvailles avec les amis (et des apéros interminables aha). Et aussi que je peux toujours compter sur l'excellente écurie française Dolorem Records pour étancher ma soif inextinguible avec de non moins excellents albums de death metal. Donc après
Slave One,
Creeping Fear, Nephren Ka,
Abyssal Ascendant, Towering et plus récemment
Dawohl (cocoricoque des groupes français), place à
Misgivings et à son premier brûlot éponyme, qui paraît en ce fin de mois de juin 2022.
Un premier album certes mais pour un groupe qui a de l'expérience. Formé en 1991 à Montigny-sur-Loing (Seine et Marne), le groupe va prendre son temps en sortant quelques démos (
Trouble Scars en
1994,
Time-Decomposed en 1995,
Prophetic Redemption en 2001 et
Masquerading As God en 2006) ainsi qu'un split avec leur compatriote
Drowning en 2017.
De plus, les 4 cavaliers de l'underground qui forment l'ossature du combo ne sont pas non plus tombés de la dernier pluie. Avec deux membres de
Impureza (Esteban Martin au chant/basse et Guilhem Auge à la batterie) et un de
Ritualization (Infamist à la guitare), renforcé par l'autre guitariste David B., on peut s'attendre à un album sombre, violent et véloce.
Et baaamm, dès l'introductive
Deny The Divine, on obtient la confirmation et ce ne sont pas les quelques secondes de chant liturgique du début qui pourront nous induire en erreur. Tout y est carré, puissant, haineux, bestial !! La recherche dans le riffing, les plans de batterie touffus et précis, les soli démoniaques, l'équilibre des instruments, le growl doublé, rien n'est laissé de côté ni au hasard. Et les courtes accalmies vers 1mn55 et 2mn41 relancent la machine avec encore plus de hargne.
La hargne,
Misgivings en distribue à plein tombeaux sur l'effrayante
Masquerading As God et la vicieuse Stromblood. Les riffs s'y enchevêtrent à une vitesse terrassante, rappelant la furie distillée sur les travaux d'
Angelcorpse et
Krisiun. Il faut souligner également que le groupe cherche toujours à ciseler des mélodies perverties, à l'image de celles du grand Trey Azagtoth. Les écoutes successives se font alors plus attentives pour saisir les nombreux détails mélodiques et rythmiques qui rendent chaque morceau intriguant et différent des autres.
Pour souligner mon propos, quoi de plus convaincant que la magistrale Disgraceful
Lust, qui imbrique des plans martiaux et des accélérations brise-nuque à qui mieux-mieux, pour un rendu remarquable d'équilibre. Notons ici aussi l'influence générale de
Deicide dans ce double chant possédé, une défiance envers les religions, et surtout cette volonté implacable de faire le maximum de dégâts. Je n'ose imaginer l'état de la mâchoire des pauvres moshers qui auront le courage de s'aventurer dans le pit à ce moment là.
Du spectre Slayerien palpable sur The Age of Christic
Sorrow qui m'a fait suer le doigt (certains comprendront) à l'impitoyable
Serenity in Shades aussi courte qu'intense, en terminant sur un
Ancient Fear qui ferait headbanguer Pistache la perruche (hihi),
Misgivings égrène avec talent toutes ses qualités d"écriture pour offrir 9 titres marquants, le tout sur une durée idéale de 34 minutes.
L'artwork sobre et travaillé de Chris Moyen rend bien hommage au contenu de ce disque. Félicitons aussi le travail remarquable de Olivier Jobin (mix) et Raphaël Henry (mastering), conférant un son ample et naturel.
Pour conclure, je dirais que j'ai eu bien raison d'être plus optimiste sur la qualité de cette sortie Dolorem Record que sur le contexte affligeant des dernières élections. Et j'ai été d'autant plus bluffé par la qualité globale de ce
Misgivings qui va scalper de nombreux tops cette année, j'en suis sûr. D'ailleurs qu'est ce que vous foutez encore derrière votre écran à lire ma pauvre prose ??!! Allez plutôt l'écouter et l'acheter, je vous garantis les frissons !!
Ca a l'aitr d'être pile poil le genre de death que j'aime. Je vais jeter une oreille ou même deux là-dessus.
Super chronique en tous cas, qui donen sacrément envie. Merci !
Merci pour la chronique. Cet album est une tuerie pour les fans de Death brutal pas aseptisé et authentique. Et c'est français!
ça me rappelle aussi Centurian dans le riffing
Excellente chronique comme d'habitude (mention très bien pour les références cinématographiques et gestuelles !) pour un album qui dépote sévère effectivement !
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