A l’heure actuelle qu’entend-on par
Epic Metal ?
Si binious, cornemuses, claviers, costumes cheaps, épées et chants féminins suffisent à classer un groupe dans cette mouvance bâtarde et confuse autant y fourrer tous les combos pseudos-folkloriques, oeuvrant dans le « battle metal », qui pullulent depuis plusieurs années en proposant souvent une musique pouet-pouet générique sans saveur et sans âme. Les standards définis par (pour ne citer qu’eux)
Bathory et son diptyque «
Hammerheart /
Twilight of the Gods », par
Manowar et son légendaire «
Hail to England » sont si éloignés des infâmes monstruosités enfantées par
Turisas et consorts que j’imagine aisément
Quorthon fustiger ces derniers d’un poing rageur et vengeur, exigeant des dieux qu’il puisse « écraser ses ennemis, les voir mourir devant lui et entendre les lamentations de leurs femmes ».
Néanmoins des groupes comme
Doomsword,
Atlantean Kodex et
Isen Torr ont peut-être entendu la supplique de l’âme damnée de
Bathory. Chacune à leur manière, ces formations ont développé, articulé leur musique autour d’une idée/concept : produire une musique épique et puissante sans artifices, débarrassée des oripeaux de l’heroic-fantasy de comptoir et exempte des vulgaires accessoires scéniques empruntés aux cabarets érotiques les plus sordides du port de Hambourg.
Isen Torr, qualifié d’Anglo-saxon Battle
Metal, se forme en 2003 essentiellement autour de Richard Walker, membre de
Solstice - formation anglaise de heavy/doom épique - de Perry Grayson connu pour son travail au sein du trop tôt disparu
Destiny’s
End et de Tony Taylor, le vocaliste de
Twisted Tower Dire, tragiquement décédé en février 2010.
Le combo ne proposera qu’un seul enregistrement sur les 3 initialement prévus, comprenant 2 titres studios et une version démo. C’est peu, très peu mais à l’écoute de ces deux pièces de Heavy
Metal puissant et guerrier on ne peut que rapidement oublier l’aspect quantitativement faible tant le propos est maîtrisé.
Doté d’une impeccable production l'album propose des guitares puissantes, aux rythmiques parfois nerveuses (pas besoin de forcément ralentir le tempo pour susciter l’atmosphère) qui délivrent leurs riffs entraînants et se croisent dans d’impeccables chorus sobres et bien pensés qui insufflent l’atmosphère épique. Les deux six-cordistes ne forcent jamais la note et évitent judicieusement le piège de la mélodie trop connotée « scènes de bataille à la Braveheart » . Il faut signaler que la guitare rythmique prime et qu’aidée du couple basse/batterie, elle reste le principal vecteur d’expression des compositions d’
Isen Torr. A l’instar de ses collègues, le vocaliste Tony Taylor ne surjoue pas, ne tombe pas dans l’écueil de la théâtralité outrancière et distille son chant avec conviction et modestie, alternant passages en voix rauque presque déclamés dans une approche quasi-narrative et parties plus aiguës sans jamais forcer.
Composé de ces éléments, le titre éponyme, fort de ses 8 mn 54, «
Mighty and Superior » est une pure merveille, la parfaite combinaison du tranchant d’un heavy metal guerrier et de la puissance évocatrice des histoires de jadis. Il propose suffisamment de variations, de chorus et changements de tempo pour susciter un intérêt permanent de la part de l’auditeur. La formule est répétée à l'identique sur « The Theomachist » et fonctionne tout aussi bien, la simplicité apparente des mélodies facilitant l’immersion et laissant percevoir par instant quelques réminiscences maidenesques. Certains passages du titre prouvent qu’un climat épique peut s’instaurer simplement et honnêtement, en jouant avec application et inspiration sans se réfugier derrière une tripotée de gadgets puérils et de gimmicks superflus et redondants.
Il est peu évident de chroniquer un EP constitué de deux malheureux titres mais, au risque de radoter, je souhaite insister sur la qualité indéniable ce ces compositions. Je ne peux que regretter, à l’aune de ce «
Mighty and Superior », que l’entité
Isen Torr ait cessé toute activité car son approche musicale pouvait attirer les aficionados de
Doomsword et
Atlantean Kodex tout en étant nettement plus coloré Heavy metal que ces derniers.
Et puis surgit la chro de Mike le redempteur.
Si j'arrive à le déterrer celui là, j'y glisserai mon oreille...
Merci pour ce papier bien foutu.
Un jour OLivier appréciera D.Izard comme Karni pourra un jour accepter que "les riffs thrash ne soient pas des modèles de varièté" hé hé hé
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