Encore un énième groupe de metal symphonique à chant féminin venu lancer un pavé dans la mare, me direz-vous, et vous auriez raison. Toutefois, les jeunes Américains de
Midnight Eternal ont tenu à relever un redoutable défi, celui d'en découdre tout de go avec un album longue durée de douze pistes, sorti chez Inner
Wound Recordings, en guise de message musical initial, un an et demi à peine suite à la création du groupe. Et ce, en dépit d'une sévère concurrence qui ne laisse que peu de marge de manœuvre aux nouveaux entrants. Mais, ce serait omettre que le quintet, suite à une discrète démo, a pu partager la scène en 2014 et 2015 avec quelques pointures du registre en question et desquelles il a été influencé dans son élan créatif, à l'image de
Delain,
Xandria,
Kamelot ou
Sonata Arctica, entre autres. Pour parachever de nous convier à les suivre dans leur projet, nos acolytes ont misé sur une qualité de production professionnelle pour une optimale mise en relief de leur propos. Ainsi, pour un premier jet, on aurait déjà mis les petits plats dans les grands...
L'histoire commença en 2014 lorsque le claviériste et parolier
Boris Zaks ainsi que le guitariste et vocaliste Richard
Fischer, tous deux compositeurs et membres d'Operatika, appelèrent de leurs vœux les talents du batteur Daniel Prestup (
Spider Rockets, Rivera Bomma) et du bassiste Mike Lepond (
Symphony X) pour créer une démo de deux titres. Durant la phase d'enregistrement, l'arrivée de l'émérite soprano et parolière Raine Hilai et du bassiste et vocaliste Greg Manning (
Spider Rockets, Zamora), venu relayer Mike, ont permis d'asseoir sa personnalité artistique et technique et de disséminer un charmisme atmosphérique frissonnant. De cette collaboration émane une riche palette de compositions, mélodiquement abouties, d'une pugnacité manifeste mais mesurée, épiques et/ou romantiques, sollicitant souvent notre fibre émotionnelle. On a pu aussi compter sur la légèreté de la plume de leurs auteurs pour faire passer le message autant que sur la finesse du trait graphique d'inspiration néo-romantique propre à Jan Yrlund (
Apocalyptica,
Korpiklaani,
Delain...) pour ravir l'oeil de ses tons azur. De plus, la logistique et les détails de production ont suivi un scrupuleux cahier des charges. En effet, la qualité d'enregistrement n'a laissé transparaître que très peu de sonorités résiduelles, secteur laissé aux soins d'Eric Rachel (
Skid Row,
Symphony X,
Hatebreed), assisté de
Jeremy Gillespie et Richard
Fischer. Quant au mixage, celui-ci n'a fait place à quasiment aucune approximation, autorisant une mise en lumière à parités égales entre les lignes de chant et l'instrumentation, tout en sauvegardant un agréable effet de relief acoustique à l'ensemble. Ouvrage que l'on doit à la patte experte de Tommy Hansenat (
Helloween,
Jorn,
Pretty Maids) aux
Jailhouse Studios, ce dernier ayant également assuré le mastering. On comprend, dès lors, que tous les voyants sont au vert pour nous faire entrer dans l'univers metal symphonique mélodique du valeureux combo ricain. Alors, suivons-les dans leurs pérégrinations...
Une première approche permet de déceler une empreinte metal symphonique pure, au tempo souvent alerte, à la saveur mélodique engageante. Ainsi, on entre rapidement dans la danse au son de nappes synthétiques virevoltantes sur « 'Till the Bitter
End », entraînante piste metal symphonique à la souple rythmique et aux riffs effilés, inspirée par
Delain sur les harmoniques. De sémillants couplets relayés par d'immersifs refrains sont mis en habits de lumière par le gracieux rai vocal de Raine, à son aise dans les notes haut perchées. Renforcée par des choeurs en faction, l'empreinte vocale de la douce prend toute sa dimension, pour un instant de félicité sur un titre efficace, à la mélodicité délicate, sans fausse note, à l'image d'un hit en puissance. Dans cette veine, le vitaminé « Signs of
Fire » est un frondeur et jovial titre typé metal symphonique lançant ses pains de glace synthétique, distillant parallèlement ses riffs crochus étreignant une puissante rythmique, le long d'un cheminement harmonique sécurisé, à cheval entre les premiers
Delain et
Sirenia, seconde mouture. On aborde ainsi sereinement des couplets souriants relayant des refrains catchy, à la ligne mélodique prévisible mais invitatoire au headbang subreptice. Secondée par une voix masculine aérienne, la belle déploie ses charmes oratoires, à la façon de
Charlotte Wessels, avec une tessiture élevée d'un demi-octave. Le combo a opté pour l'efficacité de ses accords pour nous rallier à sa cause et, ici comme ailleurs, la sauce ne tarde pas à prendre. Sinon, une énergie communicative transparaît de « Believe in Forever », bref et tubesque titre dans le sillage atmosphérique des derniers efforts de
Delain. On pénètre dans une mer limpide à la profonde agitation intérieure d'où jaillit un sémillant solo de guitare et ravit les sens un cheminement mélodique avenant. De magnétiques refrains ne rateront pas leur effet, la maîtresse de cérémonie, de ses angéliques vibes, se chargeant de contribuer à nous faire plier l'échine. Enfin, sur une ambiance trance, à l'aune d'une aspirante et énergisante couverture organique, «
Silence », aérien titre metal sympho, nous installe au sein d'harmoniques bien customisées, à la croisée des chemins entre les derniers méfaits de
Sirenia,
Delain et
Rage Of Light. De délectables changements de tonalité et un pont où la féline lead guitare livre un impitoyable corps à corps avec le reptilien instrument à touches nous sont octroyés. Sans compter le pénétrant tracé mélodique, assignant à résidence, cette jouissive ronde des saveurs poussant à la réalimentation des passages en boucle.
Mais, le valeureux quintet s'est aussi montré plus offensif, distribuant blasts et riffs écornés à tours de bras. Ainsi, le vrombissant « Repentance », d'inspiration power symphonique à la fouettante rythmique et aux riffs acérés, non sans rappeler
Ancient Bards, avec un zeste de
Nightwish sur les arrangements, fait saigner la double caisse et hurler la lead guitare pour un voyage épique et sous haute tension. Assistée par un comparse en voix claire, la sirène fait osciller son grain entre puissance contenue et claires inflexions, sur des séries de notes qu'elle tient à la perfection, sur de séduisants couplets comme sur des refrains quelque peu inattendus. Toutefois, par moments, on tendrait à s'y perdre au beau milieu de cette profusion instrumentale en liesse, les vénéneuses guitares finissant par se noyer dans un aspirateur océan synthétique sur un pont techniciste. Au final, on décèle un frais et revigorant instant, inscrivant un joli solo de guitare à son palmarès mais desservi par un cheminement mélodique un poil déroutant. De son côté, le cinglant «
Shadow Falls », lui aussi d'obédience power symphonique, livre une lead guitare martiale et des riffs corrosifs calés sur une rythmique enfiévrée. A coups de blasts et de descentes de toms quasiment ininterrompus, corroborés à un combat entre une venimeuse guitare et un serpent synthétique tourmenté cherchant à frapper son adversaire à chaque oscillation, cette piste diluvienne ne nous fait grâce d'aucun moment de répit. Cette frénésie non contenue témoigne d'une furieuse envie de lâcher les chevaux, dans le sillage de
Sonata Arctica, conjuguée à une claire assise vocale non sans rappeler
Krypteria. On palpite, on transpire, on frissonne et on est irrémédiablement à la fois brûlé par la lave en fusion de cette volcanique mouture et touché par la grâce d'une ligne mélodique nuancée. Ou l'art de savoir faire cohabiter les contrastes. On n'oubliera pas le cinglant et dantesque « Like an
Eternity », ultime titre power sympho, faisant crisser ses riffs et saigner ses fûts pour une traversée mouvementée, où les éléments se déchaînent peu à peu, laissant entrevoir de tranchants et angoissants growls. Lorsqu'arrive à point nommé la belle, par effet de contraste, les couplets se font soudain plus enjoleurs et les refrains enivrants. Un pont technico-mélodique offre alors un sculptural et poignant solo de guitare précédant une bondissante reprise sur la crête du refrain. Toute l'âme du groupe est là, aspirant les nôtres dans cette soufflante dynamique.
Sinon, nos acolytes ont densifié l'assise orchestrale, battant le pavé plus lourdement, tout en n'ayant de cesse d'évoluer sur des charbons ardents. Ainsi, le pugnace «
Midnight Eternal », très efficace titre heavy symphonique à l'instrumentation emphatique, s'inscrit dans le sillage de
Xandria (deuxième mouture) sur le riffing, avec une pointe de
Delain, tant sur l'empreinte vocale en voix pleine que sur l'axe mélodique. Cette magmatique plage fait rutiler sa lead guitare jusqu'à nous atteindre en plein cœur sur un solo bien enlevé. Des refrains catchy difficiles à prendre en défaut que se plait à enjoliver la céleste sirène sur une rythmique qui envoie le bois sévère, au gré d'arrangements bien ficelés, nous encensent littéralement le tympan. On y adhère donc, naturellement... Pour sa part, le solaire « When Love and
Faith Collide », second morceau heavy sympho, up tempo progressif dans l'ombre des illustres Néerlandais, nous octroie l'intervention de Mike Lepond à la basse, pour de vrombissants et martelants assauts. A la manière de
Nightwish, d'ondulantes et sémillantes nappes synthétiques relayées par un flamboyant solo de guitare s'infiltrent dans la trame d'une piste qui a les armes harmoniques et les séries d'accords requises pour s'inscrire dans les charts, voire enflamer les dancefloors. Autre coup de maître...
Le combo a également veillé à dispenser une palette atmosphérique et percussive plus étoffée, avec quelques effets de surprise bien amenés. Et ce, à l'instar de l'outro de l'opus. Ainsi, l'épicurienne et polyrythmique fresque « First Time Thrill », piste metal sympho mélodique de neuf minutes, distille ses riffs arrondis arc-boutés sur une roborative section rythmique, pour une élévation du spectre sonore en deux temps au pays des anges. Sachant desserrer la bride, breaks opportuns et impactantes reprises alternent au gré des couplets/refrains disséminés sur notre parcours et nous font comprendre qu'on entre dans une autre dimension de ce qu'a pu nous concocter le collectif ricain jusqu'alors. On ne passera pas outre un déchirant solo de guitare, faisant montre d'un rigoureux et stupéfiant délié, relayé par le maître instrument à touches avant que la douce ne nous prenne la main pour une féérique embardée, celle-ci tutoyant, in fine, les étoiles sans l'ombre d'une difficulté. Un fin dégradé de l'intensité du relief orchestral achève élégamment cette pièce d'orfèvre.
Enfin, comment esquiver les mots bleus judicieusement esquissés et délicatement restitués dans un paysage de notes apaisant ? Une lueur violoneuse et fluteuse nous parvient de « The
Lantern », élégante et touchante ballade en duo mixte en voix claires. Entre la recherche harmonique d'
Epica et le tracé mélodique de
Xandria, première période, tout en légèreté et suivant une ligne mélodique enchanteresse, l'instant fragile déploie ses habiles accords, calés sur des couplets à fleur de peau et des refrains éminemment romantiques. La déesse, par ses angéliques impulsions qu'elle module à sa guise, charme sans avoir à forcer le trait. Il serait alors vain de chercher à s'en extraire sans esquisser le moindre signe d'émotion.
Résultat des courses : On ressort de l'écoute du skeud interpelé tant par la prégnance des lignes mélodiques que par la fluidité des plans techniques, infiltrés dans des trames metal symphonique variées, invitatoires à l'adhésion systématique, servies par un rare souci du détail pour un premier jet. Sans se montrer très original dans son propos, ni encore se démarquer réellement de ses sources d'influence, le combo parvient toutefois à capter notre attention de bout en bout, et même à nous faire transpirer une émotion, quel que soit le tempo et l'atmosphère où l'on se trouve projeté. Même le bref passage instrumental a sa raison d'être. Ainsi, le truculent «
Pilgrim and the Last Voyage », piste metal symphonique à la section rythmique musclée et aux riffs lipidiques, réserve quelques émois. Dans cette tourmente, où se jette dans la fosse une lead guitare, bien huilée et solidement emmanchée, jouant à qui mieux mieux avec son organique de compagnon, l'orchestration nous offre un laconique mais épique voyage, sur un cheminement mélodique un poil linéaire mais compensé tant par la profondeur du relief acoustique que par le saisissant brûlot.
On comprend que, dans l'ensemble, ce message musical ne souffre que de rares carences de production et que son accessibilité mélodique, sans tomber dans les travers d'une juvénile mièvrerie ou dans une orientation simpliciste, le rend souvent attractif, quelquefois addictif. On conseillera donc cette sculpturale et goûteuse galette aux fans des sources d'influence du combo ainsi qu'à tout amateur de metal symphonique mélodique à chant féminin et/ou mixte. D'autant plus que, à l'instar de cet initial effort, selon votre humble serviteur, le groupe devrait sans plus tarder faire partie des valeurs montantes d'un registre metal si convoité bien que surinvesti par des formations de tous poils. Signant ici un premier coup de maître, l'avenir semble donc tout tracé pour le valeureux combo ricain...
0_0 deux membres d'Operatika, le guitariste est parti chez Psychoprism, bon Operatika c'est du passé donc ...
Après avoir écouté 2 ou 3 morceaux sur Youtube, ME m'a bien plu et j'aime en effet l'album
edit : wow, comme ce commentaire est vieux! Bon j'ai en effet acheté l'album, et je peux dire que j'ai tellement apprécié qu'il est resté dans le lecteur des mois (à noter que j'ai un chargeur 5 CD donc j'ai écouté d'autres choses). L'ensemble mélodie, rythme, intensité émotionnelle sont tellement bine mélées, et chaque musicien apporte sa contribution. Bien sûr la voix très particulière de Raine est très mise en avant, mais seule elle ne ferait pas grand chose. On sent qu'ils ont un bon feeling ensemble, et ça donne une énergie extraordinaire. Certes le propos des chansons est dramatique (c'est bien le mot au vu des mises en scène des clips) mais c'est très dynamique quand même.
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire