Kurt Knispel. Ce nom ne vous dira probablement rien à moins d'être féru d'histoire militaire. Ce jeune allemand originaire des sudètes né en 1921 n'en ai pas moins le meilleur "tankiste" de l'armée allemande durant la WWII (195 victoires dont 168 confirmées). Pourtant malgré son palmarès, il ne recevra jamais la croix de chevalier de la croix de fer suite à un incident en juillet 1942 ou il prendra la défense d'un prisonnier. Sa carrière est brisée, la propagande allemande mettra en avant de bien meilleur réprésentants (conforme aux canons de sa propagande) comme Michael Wittman (138 victoires) ou Otto Carius (150 victoires). Ce petit aparté militaro-historique pour mettre une réalité en évidence : l'absence de notoriété (générale) n'est pas forcement synonyme de manque de talent et il me semble que ce cas de figure s'applique bien pour Nekropol.
Formé en 1989 à Tartu, 2ème ville d'Estonie par le guitariste Urmas Valge et le batteur Sigvard Rätte, Nekropol se veut à l'origine un simple groupe de heavy metal. Le duo se renforce en 1990 suite au recrutement du vocaliste Olavi Mändre. La ligne directrice du combo n'étant pas encore très claire, le groupe se cherche encore, faisant évoluer son heavy en thrash encore assez en vogue en 1990. C'est à partir du recrutement en 1992 de son second guitariste Martin Klesment que les choses sérieuses se mettent en branle, le groupe sans doute impacté comme beaucoup d'entre nous en ces années là par le death metal dont l'influence grandit exponentiellement, mute alors en véritable groupe de doom/death.
1993. Nekropol va donc se fendre de son seul et unique enregistrement capturé en mai sur une seule journée (mixage compris) au studio Heli Jälg. Evidemment, ce manque de temps et de moyens va impacter le son de cette démo mais pas autant que l'on aurait pu le craindre si on le compare à nos productions de l'ouest. Il faut aussi remettre dans le contexte que l'Estonie vient à peine (1991) de sortir du giron soviétique, à l'époque l'Estonie c'est le bout du monde (en caricaturant un peu...). Pour en revenir à la démo proprement dite et malgré un son d'ensemble relativement correct, on remarque que la guitare rythmique "déguste" sévèrement dans le mix comparé à la lead, un manque de puissance flagrant de ce côté là est à noter. C'est le principal écueil technique qui impacte l'ensemble des titres, néanmoins et heureusement dirons-nous, cette faiblesse va être "amortie" par la qualité de ses compositions, le point fort de cette démo.
Nekropol pratique un doom/death comme on pouvait en trouver à l'époque, mêlant différentes influences doomy avec un aspect
Death Metal qui surprend par sa virulence (toutes proportions gardées) , le tout avec une pointe de naïveté sur l'ensemble qui lui apporte un "je ne sais quoi" d'authenticité. Le groupe introduit donc (passé l'intro) son 1er et long titre "
Devil Empire", ponctué d' accélérations inattendues de Sigvärd sur son kit qui "gomme" un peu l'effet doomy, lui donnant une légère coloration
Disembowelment sur ces passages. C'est à partir de "The Bells of
Burial" que les choses sérieuses commence enfin, un excellent titre bien mis en valeur par la lead de Martin et les growls puissants d'Olavi. Ce mix d'influences death et doom est dans l'absolu bien dosé je trouve , le combo variant ses titres au gré de ses envies sans que l'aspect death metal et doomy ne prennent le pas l'une sur l'autre, les deux aspects se retrouvant bien mis en valeur à de multiples reprises sur la démo que ce soit sur le titre éponyme "
Messenger of
Fallen Angel" ou le plus virulent "
Satan Force" par ex. Une des références notoire du combo que l'on peut déceler sur certains segments du skeud est
Tiamat, avec cette touche mélodique assez subtile et bien particulière que le combo suédois avait dans ses premières années, certains titres comme "This Is My Way" ou "
Beyond the
Acheron" en sont fortement imprégnés et dégagent de facto un très bon "feeling" pour clôturer avec efficacité cet enregistrement.
Cette démo est clairement passé inaperçu à l'époque, je n'en avais moi-même jamais entendu parler avant de tomber par un pur hasard sur la réédition initié par
Imperium Productions en 2008. Si l'aspect un peu "raw" de la production ne vous effraie pas et que le doom/death période début 90's à votre sympathie, vous risquez tout comme moi (c'est ce que je peux vous souhaiter de mieux) d'être agréablement surpris par la qualité générale de cette démo qui si elle avait pu bénéficier d'une meilleure capture et d'une diffusion moins confidentielle, aurait eu de grandes chances de figurer dans votre discographie depuis longtemps déjà, certains titres le méritant amplement.
Rheindarst.
Le genre de réédition bien sentie et de qualité musicale bluffante, qui permet de découvrir ce qui se faisait en la matière côté "bloc soviétique" au début des 90's (le "Circles of Eternity" de Voj me vient aussi en tête, du coup).
Le son très altéré ne me dérange pas. Au contraire, il rajoute à l'authenticité de l'objet, comme tu le soulignes. Par rapport à Thergothon ou Thorns Of The Carrion, on retrouve le même type de son défraîchi. Le mix de la guitare rythmique pourrait être pointé du doigt, vraiment rachitique. En contrepartie, je trouve que ça laisse toute la latitude à la basse pour s'exprimer, ce qui permet de gagner en lourdeur et en obscurité.
Je te rejoins aussi sur le premier gros titre "Devil Empire", le plus death du lot. Les accélérations subites, on dirait limite du dISEMBOWELMENT. Par la suite, les morceaux se calent sur un rythme de croisière plus équilibré doom / death, pour aboutir sur le final "Beyond the Acheron" où l'on entervoit un ailleurs éthéré. Il y a donc comme une sorte de progression logique.
En tous cas, merci pour cette chro, cet enregistrement valait le coup d'être déterré.
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire