Louées soient ces petites et moyennes distros/labels qui, faisant fi des modes et des envahissantes questions d'absolue rentabilité (même si certaines aiment considérer le fan comme une vache à lait en surmultipliant les versions d'albums), continuent à faire vivre les scènes extrêmes et offrent ainsi la chance à de nombreuses formations issues de l'underground de publier leur musique.
Concernant le death metal, citons pêle-mêle et parmi d'autres
Memento Mori,
Dark Descent Records, FDA Rekotz, Dolorem Records ou encore Transcending
Obscurity qui proposent annuellement de nombreux albums de qualité. 20 Buck Spin, label californien fondé en 2005, en est un des remarquables représentants. Rien d'étonnant alors à les voir produire le 3ème album de Ghastly.
Né sur les terres finlandaises de Tampere en 2011, ce trio composé de Gassy Gam (growl principal),
Ian J. D'Waters (basse, batterie, guitare et growl) et Johnyy Unripper (guitare, growl) , a plutôt été actif en publiant 2 Eps et 2 albums. Fidèle à 20 Buck Spin depuis "
Death Velour", leur second full-length de 2018, les voilà prêt à déverser toute leur putrefaction le long des 7 titres qui composent ce "
Mercurial Passages".
Généralement, le death finlandais a une identité assez marquée et Ghastly ne déroge pas à cette règle. D'emblée, "Ouroborus" pose les fondations de l'album : riffs rampants et recherchés, rythme lent bien doomy, dualité de voix qui imbrique voix écorchée et growl gras, le tout baignant dans une atmosphère sombre et planante. Un savoureux mélange qui n'est pas sans rappeler
Desecresy, groupe compatriote, mais avec un supplément de hargne.
D'ailleurs, cette hargne est bien plus palpable sur les débuts de "
Out of the Psychic Blue", où la batterie accélère le rythme sur des quasi blasts. Cependant, le morceau opère un virage quasi progressif avec des nappes de synthé bien planantes et de belles lignes de guitare. Rien de superflu, le groupe n'est pas dans la démonstration stérile mais œuvre dans l'optique d'une conception de morceau recherché. Bel équilibre entre violence et douceur relative pour ce titre percutant (le plus court de l'opus).
Malgré ces atours qu'on pourrait juger hâtivement policés, Ghastly ne perd jamais de vue son envie de conserver une assise death metal indéniable. La sombre "
Perdition", l'enivrante "Sea of Light" ou la plus hargneuse et conventionnelle "Parasites", chacune de ses chansons fourmille de petites trouvailles, d'agencements rythmiques et de lignes/soli mélodiques susceptibles de faire lever le sourcil aux deathsters aguerris. Comme indiqué plus haut, le rythme est majoritairement mid-tempo, avec des accélérations judicieusement placées pour garder intacte l'attention de l'auditeur.
Poussant le curseur progressif sensiblement plus loin, Ghastly propose 2 longues pièces finales (8mn30 et 7mn30) de fort belle facture. "
Dawnless Dreams", aventureuse, dévoile de nombreuses facettes musicales avec ses arpèges de guitare fouillés, ses rythmiques parfois syncopées et son passage aérien aux 2/3 du morceau.
Plus agressif et sombre, "Mirror
Horizon" clôt de belle manière cet album réussi.
Cette réussite transparaît aussi dans le travail conjoint de
Ian J. D'Waters et
Magnus Lindberg dans l'enregistrement et le mixage de ce "
Mercurial Passages". Le son général est bien cru et sinistre, même si la basse est un peu sous-mixée. L'artwork, signé Riika Personen, séduit également par ses renvois à l'œuvre de Giger.
Voici donc un album qui saura interpeller les fans de la scène finlandaise et qui pourrait venir squatter quelques tops en fin d'année. Décidément, le death metal n'est pas mort et merci encore aux labels pour leur inestimable travail.
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