Encore un énième groupe de metal symphonique à chant féminin, sans doute voué comme tant de ses pairs à une disparition prématurée, me direz-vous, et vous auriez sans doute raison... à quelques nuances près toutefois! Mû par un soudain élan d'inspiration, mais non sans afficher une certaine prudence, ce jeune quintet australien créé en 2019 à Melbourne ne se lancera dans l'arène que quatre ans plus tard. Et ce, à l'aune d'un EP répondant au nom de «
Melodis » ; une galette signée chez le modeste label australien AtheniaVision Records, où se dispatchent cinq pistes sur un ruban auditif de 23 minutes. Quels seraient alors les arguments techniques et esthétiques de nos cinq belligérants pour espérer opposer une farouche résistance face à leurs homologues générationnels, toujours plus nombreux à affluer dans ce registre metal ?
Mais avant d'aller plus loin, quelques présentations s'imposent. A bord de la petite goélette, nous accueillent de concert : Sarah Light, en qualité de frontwoman et de choriste ; Campbell Hill (ex-
Horizons Edge), aux claviers et au chant ; Tim Goodman, aux guitares ; Paul Mitchell, à la basse ; Chris Newton, à la batterie. De cette étroite collaboration émane un propos rock'n'metal mélodico-symphonique classique et progressif à chant mixte en voix claires, à dominante féminine, dans la veine de
Nightwish,
Xandria,
Delain,
Visions Of Atlantis et consorts. Produit et mixé au Sound
Symmetry Studio, à Athènes, par
Bob Katsionis (pluri-instrumentiste aguerri (
Outloud, ex-
Firewind, ex-
Skyward...) et prolifique producteur grec (
Serious Black,
Mask Of Prospero, Chrysilia...)), mastérisé aux VU Productions (au Pyrée, en Grèce) par son propriétaire, Nasos Nomikos, l'opus ne concède que peu de sonorités parasites tout en bénéficiant d'une belle profondeur de champ acoustique. Mais embarquons plutôt pour une brève croisière en eaux tumultueuses...
C'est sur des charbons ardents que se plaisent à nous projeter nos compères, essaimant alors de sémillantes séries d'accords sur leur chemin. A commencer par «
Melodis », frondeur up tempo aux riffs acérés adossés à une sanglante rythmique, dans la lignée de
Visions Of Atlantis. Mis en exergue par un duo mixte bien habité, et recelant un solo de guitare flamboyant et de truculentes rampes synthétiques, l'engageant méfait ne saurait être éludé par le chaland.
Dans une même énergie, mais teintées d'une coloration rock mélodique, d'autres plages pourront non moins nous aspirer dans la tourmente. Ce qu'atteste, d'une part, le ''delainien'' up tempo «
No More Sound », eu égard à ses couplets finement ciselés, relayés chacun d'un refrain immersif à souhait mis en habits de lumière par les fluides inflexions de la sirène, et à son grisant corps à corps entre une guitare léonine et un vivace serpent synthétique à mi-morceau. Dans cette mouvance, on pourra également opter pour « Waiting, Breathing, Feeling », mid/up tempo à mi-chemin entre
Visions Of Atlantis et
Delain. Et ce, à l'aune de son infiltrant cheminement d'harmoniques, de la délicatesse de ses pianistiques gammes et de sa ligne mélodique certes convenue mais des plus enveloppantes.
Lorsqu'il oriente le regard vers des espaces progressifs, le combo ne trouve pas moins les clés pour nous retenir, un peu malgré nous. En premier lieu, et contrairement à nombre de ses homologues, le collectif australien nous octroie une sculpturale pièce instrumentale au cours de notre traversée ; ce qu'illustre « Conjure », plage symphonico-progressive aux arrangements ''nightwishiens'', voguant sur d'ondoyantes nappes synthétiques et calé sur une mélodicité toute de fines nuances cousue. Lorsque le corps orchestral en vient à se densifier et la rythmique à s'embraser, nos acolytes trouvent alors les armes pour nous faire plier l'échine. Dans cette dynamique, on ne pourra davantage esquiver le ''xandrien'' mid tempo progressif «
War of Necessity » pour ses enchaînements intra piste ultra sécurisés comme pour la soudaineté de ses accélérations. Et ce n'est pas le sémillant pont techniciste enserrant un fringant solo de guitare qui nous déboutera de ce hit en puissance, tant s'en faut.
Au final, le quintet australien nous livre une œuvre à la fois invitante, vitaminée et jouissant d'une ingénierie du son de fort bonne facture. Témoignant d'ores et déjà d'un réel potentiel technique et d'une inspiration mélodique que pourraient lui envier nombre de ses pairs, la troupe aurait alors de sérieux atouts pour espérer nous rallier à sa cause. Il lui faudra toutefois varier davantage les exercices de style dispensés (ballades et fresques manquant cruellement à l'appel), consentir à l'une ou l'autre prise de risque et s'affranchir de l'empreinte de ses modèles identificatoires pour espérer l'emporter. Bref, une engageante et rutilante mais si classique offrande. Pour l'heure, à défaut de pouvoir jouer dans la cour des sérieux espoirs de ce registre metal, ce groupe serait néanmoins à considérer comme un outsider à ne pas négliger. Wait and see...
Note: 13,5/20
Il manque quelque chose! Je sais pas dire quoi mais il manque quelque chose pour s'y plonger pleinement!
Bonne chronique comme toujours en tout cas! Merci
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