"Un jour, par quelque enchantement, la reine Pasiphaé s'éprit du superbe taureau blanc que Poséidon avait offert à son époux. Elle ne tarda pas à enfanter un monstre d'une grande fureur et d'une force incroyable pourvue d'une tête de taureau et d'un corps d'homme : le Minotaure."
Contes et légendes - Thésée et le Minotaure
Alors qu'il lui fallait trouver un nom pour ce nouveau projet né de son esprit fécond prolifique, le guitariste Slovène
Roko Smajlagic, en cette année 2010, n'hésita pas à emprunter celui de la créature mythique taurine combattue par Thésée dans le fameux labyrinthe. Dans cette nouvelle aventure artistique, il fut bientôt rejoint par son ami, et bassiste, Croate Davor Pavelic. Tous deux recrutèrent alors d'autres musiciens : le batteur Emanuele Petrucci, Peter Pahor à la guitare et Ales Lavric aux claviers. Un premier opus fut composé. Il fut cependant très compliqué de sélectionner la voix capable d'exprimer toutes les nuances de ces versets qu'il avait à nous narrer. De nombreux candidats furent rejetés avant que le messie ne fut enfin découvert. Il s'agissait de l'Italien Rudy Berginc. Ce premier album pouvait donc enfin voir le jour.
En choisissant de travailler avec le producteur Achim Koehler (
Primal Fear, Sodom,
Sinner,
Symphorce...) et en sollicitant, de surcroit, quelques prestigieux invités (le vocaliste Goran Edman (
Yngwie Malmsteen,
John Norum,
Time Requiem,
Signum Regis...) et les guitaristes Tom Naumann (
Primal Fear,
Sinner) et Bor Zuljan (
Devil Doll,
Sank Rock)), le groupe avait indéniablement mis toutes les chances de son côté. Tout comme d'ailleurs en décidant de confier les orchestrations de ce premier disque, des arrangements très soignés au demeurant, au Croatian Orchestra IstiraPhonic, dirigé par Denis Modrusan. Il va sans dire que l'éclat de sincérité et la justesse avec laquelle l'ensemble symphonique transporte certaines émotions est sans commune mesure avec claviers ou synthés, fussent-ils de très grandes et de très bonnes factures.
Et pourtant, aussi paradoxale que cela puisse paraître, malgré tous les atouts dont ce disque dispose a priori, son
Power Metal Symphonico-Progressif pourvu de ces chants aux accents souvent proches de ceux de
Bruce Dickinson et parfois, plus rarement, de ceux de Tobias Sammet, ne parvient pas à nous convaincre pleinement.
Au-delà d'un préambule très intéressant et d'une première moitié vraiment séduisante ( The Idol,
Master of the Sea et The Day of
Redemption dont certains passages particulièrement effrénés pourraient s'apparenter à du
Blast-Beat, The Hero), l'album s'enlise.
Another Day, une simili ballade pas vraiment concluante, et
Never Lose your
Faith, un morceau manquant cruellement de pugnacité, marquent, en effet, le début du déclin de ce plaidoyer qui soudainement et brutalement devient nettement, mais alors nettement, moins inspiré.
Pour expliquer plus précisément cette dégradation, il nous faudra dire, aussi, que cette seconde partie affichent plus franchement toutes ces velléités Progressives qui, jusqu'alors, étaient restées très sous-jacentes. Perdant en chemin un peu de cette simplicité qui l'avaient animé dans une entame très lisible et très accessible,
Minotauro nous égare dans les dédales d'un labyrinthe sombre et froid. Bien évidemment toutes ces aspirations plus complexes et plus alambiqués, dévoué à ces mouvances plus absconses, n'ont rien de condamnable en soit si tant est que la promesse initiale soit claire. Or ici l'évolution que ce disque nous propose entre deux moitiés clairement distinctes constitue vraiment une fracture que votre humble serviteur trouve sinon douloureuse tout au moins dérangeante.
Signalons encore, tout de même, le remarquable travail fait sur ces passages de guitares, et notamment les soli, qui illuminent particulièrement ce manifeste.
Master of the Sea est donc un album moyen dans lequel ses auteurs n'auront pas su marier toutes leurs inspirations créatives nous proposant une œuvre bien trop déséquilibrée. Un opus qui, en somme, penchera, en une première partie efficace, vers une excellence qu'une seconde, bien moins probante, viendra violemment tempérer.
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