L'Ukraine est définitivement un pays très fertile en terme de Black
Metal.
Plus besoin de présenter les géants qui composent cette scène, de
Drudkh à
Astrofaes en passant par
Hate Forest. Et parmi ces géants, n'oublions pas de citer
Lutomysl, groupe qui commence déjà à dater. Ayant sorti leur première démo en 1999, qui s'illustrait dans la droite lignée d'un Black
Metal classique et calibré, et leur dernier album il y a deux ans, le projet solo de l'homme du même nom n'a cessé de s'affranchir des codes trop fermés du style, au fil des albums.
Après "
De Profundis", qui avait marqué bien des esprits de par les concepts tissés et la qualité du contenu,
Lutomysl revient avec un nouvel opus éponyme. Choix de sobriété ? Peut-être, si l'on prend en compte que le bonhomme a également quitté l'écurie du gentil nazi Alex Kurtagic (Supernal Music, pour ceux du fond qui viennent d'arriver) pour Nihilward, tout jeune label qui, apparemment, peine un peu à percer (c.f. son site internet).
Quoiqu'il en soit, ce nouvel album de
Lutomysl brille par sa simplicité. Il est à l'image de "Handful of Stars" de
Drudkh : Oui, à l'écoute de ces deux disques, la comparaison est inévitable. Les deux groupes se sont considèrablement radoucis au profit d'une musique plus encline à la poésie, à la diminution significative du nombre de blasts, respirant la tristesse.
Premièrement, "
Lutomysl" se démarque de ses prédécesseurs par sa pochette. Quid des forêts ou des idoles chrétiennes des précédents méfaits ? Non, rien de cela. Une cover très léchée, qui en surprendra plus d'un. A mi-chemin entre un style presque cartoonesque et profane, elle force à l'interrogation. Premier bon point pour cette galette, donc - rares sont les pochettes qui parviennent à s'affranchir des clichés, qui, décidément, ont la peau dure.
Deuxièmement, la production est bien plus soignée que sur les précédents travaux (certes, ce n'était pas bien dur de faire mieux, mais bon). La guitare n'est plus aussi grésillante, et la batterie est bien plus audible - dieu merci, cette production faisait parfois franchement défaut à "
De Profundis". La voix du frontman est également moins criarde, moins démente, bien qu'elle reste toujours aussi puissante et abrasive.
Les compositions restent très bien construites, parvenant à ne pas lasser l'auditeur outre-mesure. Mention spéciale au premier titre de l'album, "
Absurdity of
Being" et à "
Lucifer's Light", dont les riffs déconstruits et dysrythmiques apportent une fraîcheur bienvenue à l'auditeur, qui sera balloté, durant plus d'une heure, dans l'univers de
Lutomysl. Le frontman confirme, à travers ce disque, que son talent de guitariste n'est plus à démontrer, parvenant à utiliser une palette de jeu très variée, pour le plus grand bonheur de chacun. Rassurons de suite les plus brutaux d'entre vous, les blast-beats sont toujours de la partie : le titre "Homo Vulgaris" regorge de plans de batterie délicieux.
"Le Reniement de Saint-Pierre", titre le plus long de l'album, méritait bien un paragraphe à lui tout seul. Titre en français - mais chant toujours en Ukrainien - pour une partie instrumentale déchaînée, alternant passages de batterie mortellement enragés et plans beaucoup plus lourds, au profit de guitares plaintives, égrainant sans relâche des riffs sans aucune pitié. De loin l'une des meilleures pièce de cet album, malgré quelques passages un peu redondants.
Il faudra plusieurs écoutes, cependant, pour pouvoir déceler toutes les richesses contenues dans ce disque. La durée de ce dernier en rebutera plus d'un, chose que je comprends tout à fait - j'ai moi-même eu peur de trouver le temps long. Finalement, il n'en était rien. Car, hormis quelques longueurs (comme sur le titre "Le Reniement de Saint-Pierre", justement) qui restent heureusement assez rares,
Lutomysl est un disque dont l'écoute est fluide et très plaisante, jusqu'au titre final, véritable apothéose de technicité - une pièce qui me file encore des frissons.
"
Lutomysl" est un disque définitivement surprenant. Utilisant l'art noir pour véhiculer une poésie unique en son genre, l'Ukrainien parvient à faire voyager l'auditeur dans l'univers qui est le sien, et même à le pousser à appuyer sur "repeat" une fois la première écoute terminée. Je ne parviens pas à me lasser de ce disque, même après une vingtaine d'écoutes attentives. Chacune est une véritable redécouverte. Et ceci reste suffisament rare pour qu'on le souligne. Un album d'exception, pour un groupe au sommet de son art.
Petit clin d'œil à la pochette qui pourrait presque faire penser à celle d'un groupe de Stoner.
Je ne suis pas fan de black métal en général, mais là, je fait une exception.
Le côté dépressif, la voix, la production (qui est écoutable cette fois-ci), la puissance qui se dégage...je suis preneur ;)
Moi aussi, je dit merci pour cette chronique de découverte :D
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