… Un paysage dévasté aux arbres couchés et éventrés sont les premiers éléments visibles de cet horizon malsain. Un ciel gris et chargé de menace pèse sur les épaules. Sur le sol jonchent mélangées dans la boue cranes, os à moitié rongés par la vermine ainsi que maintes branches mortes balayées par un vent glacial signe annonciateur de mort. Quelques corbeaux, messagers de la désolation, émettent leurs plaintes agressives et neutres sur ce triste champ balayé par un souffle mortuaire, brisant un silence affreux de désuétude…
Ceci est le tableau de ce qui est possible de percevoir lors de l’écoute mélancolique et lugubre de ce premier album de
Lurker of Chalice, un tableau misérable et atmosphérique d’une pestilence inévitable. Doté d’un style reconnaissable, ce disque porte la marque sinistre de son instigateur, un nom qui ne manquera pas de titiller la fibre déshumanisée d’une frange de misanthropes et de black métalleux. En effet,
Lurker of Chalice n’est autre qu’un projet de Wrest, leader et membre du combo black
Leviathan. Cependant, cet album n’est pas à prendre comme une aimable récréation, plutôt comme le prolongement du style particulier et significatif de son instigateur. Et soyez en sûr que le premier riff délivré sur cette galette ne manquera pas de vous glacer l’échine du dos et de vous recroqueviller en protection des ténèbres qui s’annoncent.
Les derniers enregistrements de Wrest montraient l’intérêt du personnage à produire des titres plus orientés ambiants. Des titres de haute tenue pouvant faire frémir le plus téméraire des auditeurs. Wrest laisse donc logiquement s’étaler sur ces neuf titres un autre versant de sa personnalité. Le tempo se fait beaucoup plus lent, à la frontière du doom, les claviers délétères et diaphanes façonnent la structure des titres alors que les guitares se font majoritairement plus discrètes, mais surtout plus mélodiques voire cristallines. Créant ainsi une opposition instrumentale, Wrest calcule la réaction de son écouteur et le transforme en un transfuge de dépression où la tristesse prend le pas sur la violence et atteint ici-même une connotation des plus sordides.
Et même si on remarquera quelques accélérations, on s’apercevra encore qu’elles ne servent qu’à souligner davantage la puissance emblématique de ce renoncement, un renoncement humain et ambiant, renforcé par une voix changeante prise par la folie, la rage ou bien encore d’abandon et de plainte névrosée.
Lurker of Chalice compile des sentiments déjà esquissés dans des albums tels que « Tentacles of Whorror » de
Leviathan ou encore du split avec
Xasthur et les portent ici à leurs paroxysmes atmosphériques dans une ambiance déliquescente et d’une tristesse pour le moins (très) morbide.
S’assignant d’une tache,
Lurker of Chalice et par là même, Wrest livre ici un disque fascinant et décharné, petite perle noire d’ambiances tragiques prouvant bien une chose : Wrest reste l’un des meilleurs compositeurs de black et d’ambiant du moment.
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