Influencé comme tant de ses compatriotes (
Vandroya,
Lyria,
Perpetual Legacy,
Brightstorm...) par
Nightwish et consorts,
Lords Of Aesir s'affiche néanmoins comme un sérieux challenger parmi les nouveaux entrants dans le metal symphonique à chant féminin, registre metal encore très prisé, et donc soumis à une féroce concurrence. Et ce, d'autant plus que le sextet brésilien s'est laissé le temps d'accoucher de cet EP 4 titres répondant au nom de «
Lost the
Hope » ; auto-production sortie quelque quatre années suite à la création du groupe, groupe cofondé en 2009 par Karol Schmidt (mezzo-soprano dans l'ombre d'
Heidi Parviainen (
Dark Sarah)) et
Ian Schmoeller (claviériste et vocaliste (basse)). Le temps pour nos acolytes de sortir deux singles («
Life's Complex » (2009) ; « The
Voice Beyond » (
2012)), tous deux inclus dans cette fraîche livraison, de modifier son line-up et de faire évoluer son art.
Dans ce nouveau projet,
Ian et Karol ont sollicité les talents des guitaristes Rafael Leonel et Luciano Dallastra, du batteur Mael Silva (Mystic
Horizon) et du bassiste Caio Vidal Nascimento ''CJ'' (Ankhy). Pour l'occasion, ont également participé à l'aventure d'émérites vocalistes, dont : la soprano Mizuho
Lin (
Semblant), la contralto Daniele Oliveira, le ténor Anderson Ombrellino et le baryton Djonatan Ledur. De plus, pour densifier le corps orchestral tout en lui conférant une coloration classique, ont été investis trois violonistes (Adriano Vargas, Ricardo Molter et Denis Castilho) et un violoncelliste en la personne de Klaiton Laube. De cette collaboration émane une œuvre metal mélodico-symphonique pimpante et enjouée, aux relents néo-classiques, et dont les influences de
Nightwish (première mouture),
Amberian Dawn,
Apocalyptica et
Sirenia se feront sentir.
Le collectif sud-américain témoigne d'une réelle capacité à encenser le tympan, et ce, dès les premières mesures dont se parent certains passages parmi les plus énergisants de la menue rondelle. Ainsi, on ne saurait éluder ni les grisants gimmicks guitaristiques, ni la seyante rythmique, ni le refrain catchy de l'entraînant « The
Voice Beyond » ; vibrant up tempo aux airs d'un
Amberian Dawn de la première heure, dont l'ambiance renvoie à « River of
Tuoni », et mis en exergue par les chatoyantes envolées lyriques de la déesse. Titre à la structure classique et à la ligne mélodique convenue, mais qui jamais ne baisse d'intensité, et poussant irrémédiablement l'aficionado du genre à une écoute en boucle. Un hit en puissance, en somme.
Parfois, le combo explore des espaces technicistes plus complexes, et ce, tout en sauvegardant une sente mélodique des plus avenantes. Dans la lignée d'un
Nightwish estampé « Angels
Fall First », l'offensif « Unpredictable Certainty » en est une illustration. On y décèle un flamboyant legato à la lead guitare doublé de fins arpèges au piano et d'une violoneuse assise dans le sillage d'
Apocalyptica, au fil de l'un des plus magnétiques mid/up tempi. On ne pourra non plus éluder une chorale aussi rayonnante que virevoltante, corroborée aux cristallines inflexions d'une sirène touchée par la grâce. Dans cette énergie, on ne sera pas moins happé tant par la basse vrombissante que par les saisissantes variations atmosphériques du tempétueux et nightwishien «
Life's Complex », piste power symphonique investie par un duo mixte en voix de contrastes des plus pénétrants, calé sur le schéma devenu classique de la Belle et la Bête. Et la sauce prend, là encore...
Lorsqu'il nous invite à le suivre dans ses moments tamisés, il le fait avec beaucoup de senisbilité et un brin d'élégance, l'émotion étant assurément au bout du chemin. Ainsi, on ne saura résister aux vibes enchanteresses de « Elvish
Night (Acoustic) », romantique ballade a-rythmique aux accents folk que n'auraient nullement reniée ses pairs,
Amberian Dawn en tête. Le long de sémillantes gammes au piano et de cordes parfaitement harmonisées, laissant entrevoir d'insoupçonnés changements de tonalité, glissent d'aériennes et troublantes volutes dispensées par la maîtresse de cérémonie, cette dernière réservant ''la note qui tue'' en fin de parcours. Un must have du genre qui ravira l'amateur du genre.
Au final, on effeuille un message musical mélodiquement enveloppant, offrant des arrangements instrumentaux de bon aloi et témoignant d'un potentiel technique et oratoire que d'aucuns pourraient avoir à leur envier. Tout irait pour le mieux si nos compères ne s'ingéniaient pas à rester terrés derrière leurs illustres maîtres inspirateurs, sans consentir la moindre prise de risque. Ce faisant, ils nous livrent ici un manifeste certes immersif, et même fortement chargé en émotions, mais trop classique dans sa structure comme dans sa forme pour prétendre à une inconditionnelle adhésion. D'autre part, si l'enregistrement s'avère de bonne facture, un persistant sous-mixage des lignes de chant et des finitions encore lacunaires dans leur principe d'émission ne nous embarquent que partiellement dans la petite goélette. Mais nos six gladiateurs ont encore le temps de faire mûrir leur projet pour nous livrer une œuvre à la logistique plus propre, diversifiée dans ses exercices de style et surtout plus personnelle. Affaire à suivre...
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