Graves, tiens donc en voilà un patronyme original. Jusque là uniquement reconnu par les acharnés de l’underground, le trio portugais revient après une première démo sortie en 2017 avec son premier album longue durée,
Liturgia da Blasfemia, qui sort sur l’incontournable Iron Bonehead.
Autant le dire tout de suite, la musique de
Necro, MVK et N est à l’image de leur patronyme, classique et déjà entendue : le groupe évolue dans un true black low-fi très typé 90’s honnête mais qui a priori, ne passe pas trois pattes à un canard, et dont l’intérêt vient surtout du traitement sonore crade et dégoulinant de réverb’ qui confère une aura bien morbide au bouzin (un peu à la
Black Cilice), avec des guitares grésillantes, une batterie légèrement en retrait mais largement audible qui rythme efficacement l’ensemble et une voix criarde noyée d’effets. Après l’inévitable intro horrifico sataniste de rigueur, le groupe lâche un I am
Fire I Am Death convaincant, premier véritable titre bien rythmé, avec un riffing simple, saccadé et entraînant comme il convient au genre. Rien de bien original certes, mais une ambiance noire et prenante qui se dégage du riffing en font un titre suffisamment bien troussé et accrocheur pour éveiller notre intérêt et nous faire dire que cet album s’annonce plutôt bien. Le soufflé retombe avec un Sangrando em
Golgotha qui s’étale sur deux morceaux mais qui se révèle trop générique et qui peine à dégager la même noirceur même si quelques riffs sur la deuxième partie parviennent un peu à relancer la machine. On se rend compte qu’il manque un petit quelque chose à ces neuf titres pour hisser
Liturgia da Blasfemia au rang des albums mémorables du genre, cette offrande oscillant entre bons titres et morceaux plus dispensables. Ceci dit, l’ensemble n’est pas aussi minimaliste et dépourvu de sensibilité qu’il pourrait y sembler au premier abord, et la galette mérite bien qu’on lui prête une oreille attentive pour peu qu’on ne soit pas rebuté d’entrée par cette production extrêmement baveuse et par ce son sifflant.
Comme toute production du style, ces 31 minutes sont assez répétitives, néanmoins,
Graves arrive à varier les rythmes avec une certaine réussite, et si on passe outre la production qui pourrait nous faire penser à un énième groupe low-fi bas de gamme et sans talent, on s’aperçoit que les Portugais ont le sens de la composition ainsi qu’un certain talent pour pondre des riff prenants et ténébreux. Malgré certaines redondances évidentes,
Liturgia da Blasfema est trop court pour tourner en rond, et si toutes les pistes ne sont pas extraordinaires, l’ensemble reste honnête et surtout d’une sincérité et d’une dévotion à l’art noir palpables.
On a donc quelques titres qui ressortent du lot (Impregnado p’ la Foice qui s’ouvre sur un petit arpège et enchaîne sur un true black au riffing flottant et hypnotique, à la fois sombre, intense et mélodique, un peu typé à la finlandaise, Do teu Ventre a Maldade Saiu, court titre appuyé par un rythme assez soutenu et des vocaux plaintifs puants la démence assez typiques des sphères DSBM), même si l’ensemble ne sort pas assez des clous rouillés enfoncés dans les membres du Christ et alterne trop le bon et le médiocre pour réellement faire la différence. Un titre comme Minha Alma imolei em
Golgotha en est un exemple typique, long à décoller et un peu lymphatique, même si en milieu de morceau, un timide vent épique vient souffler, qui gonfle la deuxième partie de la composition d’une certaine grandeur.
On reste donc un peu sur notre faim à l’écoute de ces neuf pistes, et si
Graves séduira probablement certains d’entre vous grâce à son minimalisme old school et sa noirceur envoûtante, je lui préfère encore ses compatriotes de
Flagellum Dei ou
Irae dans un style lorgnant vers un true black plus direct et puissant. En attendant, voilà un groupe et un album dignes d’intérêt qui viennent renforcer les hordes noires du Portugal particulièrement actives en ce moment. A écouter seul au casque une nuit de pleine lune dans un vieux cimetière abandonné. Brrrrrrr!
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire