A l’heure où l’efficacité immédiate semble être devenue une norme tacite, notre groupe du jour fait exactement le choix inverse. Avralize, jeune quatuor allemand, s’inscrit dans une génération de formations audacieuses à l’identité forte et au bousculement des attentes. Le collectif défend une musique à la fois lourde, rythmée, compulsive par moments et capable de faire dialoguer la virulence du metalcore avec le dynamisme et l’esprit dansant de la musique électronique.
Cette approche confère au projet une singularité immédiatement reconnaissable, à la fois abrasive, contemporaine et assez festive et qui offre une dimension sonore rarement exploitée avec autant de conviction. Nos artistes ne jouent clairement pas la carte de la nostalgie ou sur la démonstration technique mais sur une forme d’impact et de groove, une hybridation qui donne naissance à un style instable, parfois chaotique mais toujours animée par une volonté claire, celle d’écrire des compositions renversantes et entraînantes, sans jamais s’excuser des contradictions.
Cette vision extravagante trouve une première concrétisation plutôt convaincante avec
Freaks, un album inaugural qui agit comme une véritable carte de visite. Nos Allemands y affirment sans détour son goût du risque pour nous livrer un disque compact et remuant. La lourdeur du metalcore cohabite avec des pulsations électroniques assumées ainsi que des éléments djent frappants pour des morceaux aussi déstabilisants qu’intrigants. Cette esquisse cherche déjà à chambouler le genre et à le tordre pour imposer une ligne claire. Le rythme engageant occupe une place centrale qui sert de fil conducteur entre passages percutants et envolées accessibles, presque divertissants. Cette instabilité permanente entre contrôle et chaos constitue une force et une signature indéniables de la part de nos artistes.
Sur sa seconde toile
Liminal, nos musiciens affinent, structurent et densifient leur propos. Là où le précédent opus fonctionnait davantage comme une décharge instinctive, presque irrévérencieuse, ce nouveau méfait adopte une approche plus maîtrisée, sans pour autant renier son
ADN égayant et décapant. La frontière entre tension et relâchement, entre brutalité frontale et atmosphères joviales se ressent pleinement dans les instrumentaux. Le quatuor semble aussi gagner en lisibilité et en cohérence grâce à des titres réfléchis, équilibrés et qui conservent tout de même ce sens de l’agitation cher à notre combo. Les composantes électroniques s’insèrent de façon plus organique, les riffs sont également plus profonds et l’ensemble dégage une maturité nouvelle.
Notre joyeuse troupe annonce clairement la couleur dès le morceau d’ouverture medicine. Le titre agit comme un parfait premier contact grâce à une mélodie qui rassemble immédiatement les atouts du groupe entre une rythmique sautillante, une énergie contagieuse et une rusticité encore mesurée. Le chant majoritairement clair rend cette entrée en matière très accessible et forme un bon condensé d’une formule bien huilée.
Dans une ambiance diamétralement opposée,
Helium se distingue par son explosivité et sa sauvagerie. Les couplets sont oppressants, intransigeants et s’accordent même à quelques résonances deathcore lors des breakdowns grâce à un riffing se veut brut, inhospitalier, à des percussions pénétrantes ainsi qu’à un screaming couplé de quelques growls qui accentue ce sentiment d’animosité. Pour autant, l’aspect galvanisant n’est jamais bien loin avec ces acoustiques électroniques qui apportent chaleur et vitalité. Les refrains, plus ouverts et mélodiques, octroient au morceau des respirations bienvenues et renforcent son efficacité globale. Ainsi, la chanson incarne un instant de flottement apparent où la légèreté affichée masque une structure rigoureuse et une intensité sous-jacente.
Le groupe allemand prend aussi le meilleur des deux mondes avec des compositions telles que like a boomerang. L’écriture est ici plus atmosphérique, plus nuancée et soumet un bon équilibre entre ambiances harmonieuses et attaques furtives. La réverbération pop est un parti pris, déboussolant aux premiers abords mais qui fonctionne étonnement bien fusionnée aux influences électroniques. Les riffs se veulent très funky, notamment lorsque le tempo s’emballe, et la batterie donne une impression de course effrénée lors des couplets. Le breakdown est fidèle à l’image de nos artistes : excentrique, hypnotisant et imprévisible.
Ces excellentes impressions sont malheureusement ternies par la multiplication des interludes dispersés tout au long de l’album. Ces passages courts et instrumentaux semblent parfois davantage remplir l’espace que créer une réelle continuité entre les morceaux. Cette abondance casse quelque peu le rythme et l’immersion, dilue ponctuellement l’impact des compositions principales et donne l’impression d’une écoute fragmentée. Si certaines de ces coupures comme nothing here feels real incarnent des ruptures frétillantes, d’autres comme open spaces deviennent des poids structurels qui contrastent avec la spontanéité, le mordant caractéristique du quatuor et laisse une petite impression de flottement dans un disque autrement maîtrisé et inventif.
Liminal confirme Avralize comme un groupe capable de conjuguer vigueur, groove et audace sans jamais renoncer à sa singularité. Entre riffs massifs, pulsations électroniques et moments de légèreté inattendus, le quatuor allemand réussit à maintenir une tension constante et à faire danser autant qu’à secouer. L’ensemble des morceaux illustre parfaitement cette capacité à naviguer entre maîtrise et bazar tout en proposant des compositions reconnaissables et entraînantes. Si la présence parfois trop nombreuse des interludes vient légèrement perturber la démonstration et diluer l’impact de certains passages, ce petit accroc ne suffit pas à entacher l’impression générale, celui d’un album vivant, inventif et ambitieux, capable de séduire les amateurs de metalcore moderne et affirmer une identité authentique. Entre souveraineté et spontanéité, la formation trace une trajectoire prometteuse et laisse entrevoir un futur discographique où témérité et impudence continueront de cohabiter sans compromis.
Entre les envolées démesurées de Vianova et le délire débridé d’Avralize, la scène allemande s’avère plus surprenante et captivante que jamais.
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