Après une première démo éponyme sortie en 2010, et plusieurs gigs en compagnie notamment de
Napalm Death,
Do Or Die ou
Immolation, Skelt’s débarque en 2013 avec cette « Lettre à la Faucheuse », son premier full-length. Un artwork assez chaotique, aux couleurs passées, avec en toile de fond un
Vatican en piteux état, le tout dominé par un volatile noir de bon augure (on notera d’ailleurs la date de sortie de la rondelle, coïncidant étrangement avec celle du retrait de Benoît XVI… tout sauf un hasard). 10 pistes, 33 minutes, on a affaire ici à des compositions qui ne s’étirent pas en longueur, le combo de Ciney ne fait pas (disons-le d’emblée) dans la démonstration technique stérile, et privilégie avant tout l’efficacité.
Alors Skelt’s, kezako ?
Se définissant lui-même comme un groupe d’Open-Metalcore, Skelt’s se forme en Belgique en 2009, sous l’impulsion de Dem (ex-
Enthroned, sous le aka de
Nebiros). Si Andy (chant) rejoint rapidement les rangs, il faudra près de 3 ans à nos lascars pour stabiliser définitivement le line-up, avec des membres aux influences diverses, allant du Hardcore au
Brutal-
Death, en passant par le
Doom ou le
Deathcore. Le résultat ? Un Metalcore hybride teinté de
Death, de par le riffing et le drumming, avec un chant lui sensiblement typé Hardcore.
De prime abord, c’est surtout l’interprétation qui saute aux oreilles. L’exécution est sans failles, et notamment la batterie, à mon sens le point fort du groupe. Yohann délivre là une superbe prestation derrière les fûts : un jeu extrêmement précis (jugez-en par ces blasts millimétrés disséminés tout au long de l’album), mais également très dense, non pas par l’utilisation de ghost-notes (que le frappeur a délibérément choisi d’oublier), mais par des patterns complets mêlant double-pédale, cymbales et descentes de toms. Couplé à quelques éléments électroniques (infrabasses, séquences), on obtient là un drumming plein, rapide mais chirurgical, propre mais explosif, bref une aisance technique tout simplement indéniable.
Niveau grattes, on n’est pas en reste. Stef et Dem, adeptes de la six-cordes droppée en Si, offrent une performance très convaincante, tant sur l’écriture que l’interprétation. Le riffing est très varié, une alternance assez judicieuse de riffs tantôt typé
Core, tantôt mélodiques, oscillant parfois entre
Deathcore et
Death Melodique. Triolets, cordes à vides, parfois étouffées, quelques harmoniques, sweeps et autres tappings bien placés (l’intro de Divine
War, certainement le meilleur titre de cette galette, rappelant instantanément
Gojira), un riffing riche qui évoque aussi bien
Skinlab, The Arrs, que
The Black Dahlia Murder ou
Zuul FX. Quelques courts soli bien distillés par ailleurs (
Born to
Die ou
Out of Time, où le lead est assuré par Ben de Coldstoned), comme mentionné plus haut, plutôt à des fins d’accompagnements bien sentis que de démonstration technique vaine.
L’ensemble est parfaitement soutenu par le jeu carré et solide de Geof à la cinq-cordes, mais également par le travail sérieux de Benjamin « Borg » Matlet (ex-
Emptiness) à la prod, valorisant notamment à merveille les efforts de Yohann à la batterie. On pourra éventuellement faire la fine bouche sur l’aspect finition (les infrabasses pour le moins explosives, ou encore le finish de certains morceaux), mais pour un premier album le rendu est très propre, le résultat est on ne peut plus probant.
Alors, que peut-on reprocher à Skelt’s ? Une certaine hétérogénéité musicale ? D’aucuns argumenteraient certainement en ce sens, pour ma part le bât blesserait au niveau du chant. Très typé Hardcore, il faut admettre que le style de Andy ne sied pas toujours à la diversité du riffing proposé, comme sur le couplet de I Spit on Your Face. De même sur l’accentuation, pas vraiment « so british ». On le ressentira spécialement sur le monologue de The 6th
Agony, offrant tout de même une belle montée en puissance, et débouchant sur une mosh-part au leitmotiv assez imparable (« I Like it, You like it… »), à l’efficacité redoutable. Par ailleurs, le chant féminin de
Vanessa Chaboteau, en guest sur A Californian Dreamare et
Out of Time, apporte certes une touche originale, mais ne m’a personnellement pas pleinement convaincu non plus, tant sur l’intonation que sur l’accentuation. A vous de vous faire votre propre idée avec le morceau ci-dessous.
Au final,
Letter to the Grim Reaper est une première livrée de bonne facture qui tient très bien la route, servie par des musiciens de niveau et par une production de choix. Si on peut reprocher à Skelt’s de pratiquer une musique trop hétéroclyte, on peut aussi lui louer la volonté de développer un
Metal hybride assez personnel, en évitant par exemple de flirter avec les modes du moment, telles le djent. Aussi, le prochain effort de nos enragés sera à mon sens déterminant sur la suite des évènements, en terme d'orientations artistiques. Toujours est-il qu’avec le pedigree de ses membres, et un premier album de ce calibre, Skelt’s est un groupe à prendre très au sérieux, et avec qui il faut désormais compter.
15/20
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