La scène heavy metal chypriote n’est pas ce que l’on pourrait dire très connue, même par des experts en la matière. Objectivement parce qu’il s’agit là d’un petit pays et parce que la culture metal n’est pas véritablement imprégnée dans ces régions de l’est de la Méditerranée. Néanmoins, le label
Lethal Saint Records tend à promouvoir les productions heavy metal de l’île. C’est ainsi que quelques oreilles du continent ont pu entendre à leur grande satisfaction le «
Zenith II
Zero » de «
Prodigal Earth ». Ce sera aussi grâce à ce label que l’on entendra ici parler du premier volume de «
Lethal Saint ». Groupe fondé en 2007, ils puisent allégrement leurs inspirations au heavy metal des années 80, si l’on croit cet album éponyme sorti en 2010. Sa pochettes (peu flatteuse) aurait pu semer le doute dans notre esprit et nous faire croire à un album de thrash metal au premier abord. Néanmoins le heavy metal de «
Lethal Saint » partage le côté sale et puissant de cet autre style, presque à l’image des maisons du dessin: craquelé et brûlant.
Le groupe se montrerait généreux pour un premier opus. On a ainsi 12 titres pour plus d’une heure de heavy metal plongé dans la sauce des années 80. Même la production semblerait d’époque, mettant un voile déchiré entre les membres du groupe et ses auditeurs. Des cliquetis de chaîne sont les tous premiers signes de l’amorce « Chains of the
Devil ». Une guitare prépare un déferlement gras et sale. Un heavy redoutable malgré l’épaisseur du brouillard autour. Andreas Pouyioukkas pousse sa voix de manière adroite et experte. On sent le personnage sûr de lui et de ses capacités. Il se serait plus inspiré du Père
Halford sur « Heavy
Metal Nights », puisant aussi sa source chez «
Judas Priest ». Nous auront droit à de bons riffs. Le terme « heavy metal » y serait presque autant consacré que par «
Manowar », en tout cas. «
Lethal Saint » ne fait rien de proprement complexe. Il y aurait ici des thèmes ultra classiques du heavy metal, rien qu’en prenant les titres des différents morceaux il y a possibilité de s’en douter. Ce qui ne gêne pas à priori. Les défauts à relever, en plus de la production brouillonne, ce serait au niveau de la répétitivité des compositions qui plombe certains morceaux à l’image d’un éponyme «
Lethal Saint » parasité à la fois par les défaillances sonores, mais également par son absence de fluidité et de finesse. « Rock n’ Roll
Survivor » nous en donne un nouvel aperçu; peu entraînant, mais sauvé par un long break fait de douceur et de quasi spiritualité.
«
Night of the Sun » n’offre lui que peu de perspectives, les instruments étant mis trop en retrait par rapport à l’excellent chant. Cela manque de percutant et s’embourberait tout le long de la piste. De même pour «
Wild in the
Night » qui peine à convaincre, bien qu’il y ait quelques cris bonifiants à la Eric Adams et une batterie prenant un champ plus avantageux. Ça n’en reste pas moins assez pénible, surtout pour son dernier tiers piste. L’aspect linéaire et poisseux des morceaux de «
Lethal Saint » ressort parfaitement de «
Final Prayer », mais paradoxalement cela ne jouerait pas trop contre eux. Les guitares comme le chant montrent leurs crocs et semblent vouloir mordre. C’est donc à la fois repoussant et fascinant.
Oui, il y a de la maladresse chez «
Lethal Saint », mais on perçoit aussi de la technique et une volonté d’enrichir des morceaux en apparence basique, en y ajoutant d’intéressantes mélodies et soli. Nous voila comblés par «
Evil Inside », proche d’une ballade d’« Iron Maiden » des années 90. Certains signes ne trompent pas, et les lignes de guitares non plus. Il n’empêche qu’il nous transporte en pleine méditation. C’est une nouvelle ballade imposante que nous propose les chypriotes sur «
Visions in the
Night », bien plus légère, bien plus lisse. Sur la quasi totalité des pistes parcourues, «
Lethal Saint » nous fait revivre, vibrer aux rythmes et au son anglais du heavy metal du début des années 80. «
Thunder Strikes » pourrait ainsi être confondu avec un titre de la Dame de Fer période Di’ Anno. Un « Minight
Warriors», épique et galvanisant, certes bancal et redondant, épouse pleinement cette fibre. Il n’y aurait que « You Are a
Sinner », sec et tranché, ferme et ne lâchant rien, qui développerait davantage un heavy metal proche de celui des allemands et de celui d’« Accept ».
Je me frotte la barbiche devant un tel groupe. Le doute et l’incertitude dominent.
Pas mauvais du tout, présentant de bons atouts sur le plan technique, essentiellement grâce aux prouesses de la lead guitare et du chanteur. Mais difficile de ne pas s’abstraire des structures banales sinon bancales proposées. Du heavy metal comme à la grande époque. Oui! Mais, n’ayant conservé aucune fraîcheur. Ce serait du revival avec des rides en plus, alors que nous avons affaire à un tout jeune groupe. Chose plutôt aberrante. Il est essentiel pour la formation de prendre un bon bain revigorant et de nous retailler ça. Juste histoire de gagner du punch. Étrangement, c’est un album que je conseillerais fortement aux plus anciens, à ceux qui ont connu l’émergence du NWOBHM. Ils n’en seront pas dépaysés. Pour un plus jeune la musique contenue dans ce premier album de «
Lethal Saint » lui paraitra trop poussiéreuse.
13/20
D'ailleurs ce conflit pose un petit problème pour l'encyclopédie som; ce que l'on voit ici est le drapeau de Chypre côté grec. Je ne sais pas si la partie Nord est comptée avec sachant qu'elle a aussi un statut d'Etat indépendant, mais qu'elle n'a jamais été reconnue par la comunauté internationale, car zone occupée et colonisée par les turcs.
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