Depuis près de dix ans, le heavy metal connait un retour en grâce, pas celui très mélodique, du power metal, qui traverse actuellement une grosse crise. On a assisté à un formidable assaut de la musique seventies dans le hard rock, mais aussi dans le doom metal. Le heavy actuel est désormais envahi par des sonorités que l’on croirait dater des années 80. La vague dite du « revival » a pris une formidable ampleur. C’est aussi incroyable de voir que la Suède fait aujourd’hui figure de proue. Il existe désormais des brouettées de disques et de formations issues de cette partie de la Scandinavie dans ce heavy metal, à la fois, jeune, frais et si nostalgique. « Lehtal Steel » s’ajoute à la longue liste. Ils proviennent de Stockholm, et ont produit une démo en
2012 qui a tapé les oreilles, au point d’intéresser High Roller Records, le label qui éditera leur premier véritable volume, «
Legion of the Night ». L’album aura le privilège d’être produit par Olof Wikstrand, le fameux leader du groupe «
Enforcer », artiste qui aura eu un rôle déterminant dans l’éclosion de la vague du heavy revival précitée. Quelque part, c’est comme s’il accordait sa bénédiction à «
Lethal Steel ». Autrefois, des prêtres bénissaient bien les canons. Un autre canon sort de la fonderie pour munir le puissant arsenal du heavy metal suédois actuel.
«
Sirius », premier morceau de l’ouvrage, est pourtant plus proche des canons britanniques des années 80 que des canons suédois comme revendiqués par le groupe. Quand on questionne «
Lethal Steel » sur ses influences, on voit apparaître les noms «
Heavy Load », «
Gotham City ». Notons tout de même que les références suédoises de l’époque s’approchaient aussi déjà beaucoup des anglaises. «
Lethal Steel » nous restitue donc un NWOBHM de toute beauté, tout technique, comme le mouvement revival des années 2000 s’emploie à le faire. A la différence que le son a été spécialement étudié pour paraître plus ancien cette fois. Le chant de Viktor est particulier, un peu pincé. En fait, il ressemble exactement à celui de son confrère Vaggelis Krouskas du groupe «
Valor ». L’extrait «
Sirius » est une valeur sûre concoctée dans une parfaite alchimie, montrant les capacités entières de la formation. L’auditeur sera autant enchanté par l’écoute du titre «
Warrior », appuyant davantage sur l’accélérateur. C’est l’un des titres les plus nerveux de la galette. Cela dit, ne vous fiez pas trop à son entame solennelle. Elle pourrait vous induire en erreur.
Seul « Rosier » fait une légère abstraction au heavy britannique, pour un heavy plus épique à l’américaine, dont le rythme imite parfaitement la cavalcade.
Pour le reste, on ne perd rien de la magie NWOBHM, on croise même un peu d’« Iron Maiden », du moins son ombrage seulement, à travers le palpitant « Nattsvart ». Les riffs sont toujours aussi incisifs, et un effort supplémentaire est accordé à la batterie pour la mettre plus en avant. Ce sera au tour de «
Saxon » de pointer son nez sur les morceaux «
Nocturnal Seductress » et «
Demon from the
Past ». En fait, plus certainement lors de l’entame de ces deux morceaux. Certes, «
Demon from the
Past » continue sur sa lancée dans un jeu conservant un peu de retenue, mais comportant quelques bonnes charges électriques. «
Nocturnal Seductress » passe littéralement à autre chose une fois passé l’entame, à un heavy extrêmement rapide et fluide, dont le refrain est d’ailleurs très entêtant. C’est autre chose qu’ « Into the
Void of
Lucifer » qui passe pour un heavy basique, en partie à cause de ses riffs salvés et par ses à-coups. Le titre est pourtant assez délectable. Il ne se comporte pas trop différemment de «
Night of the Witch », sinon que ce dernier est plus aéré, joue sur une part de mélancolie. D’ailleurs, son entame laissait croire de prime abord à une ballade. La danse sera pour une autre fois.
Beaucoup semblent avoir découvert dernièrement la vague revival, alors qu’elle existe depuis dix ans tout juste. «
Enforcer » qui était un fleuron, mais aussi un pionnier de la vague, a connu un regain de postérité tout récemment avec son «
From Beyond », ne surélevant pourtant en aucune manière son précédent «
Death by
Fire ». Où étaient tous ces gens quand celui-là était sorti ? Bref ! Il y a des attitudes qui ne s’expliquent pas. J’espère qu’ils sauront dresser une oreille au premier né de «
Lethal Steel ». Un volume qui ne s’aligne pas forcément au sens éminemment technique de leur compatriote «
Enforcer », mais qui délivre un heavy metal de prestige, sans déchets et avec énormément d’humilité. On doit accorder que le son vieilli ne s’accorde pas fidèlement aux codes du revival années 2000. Mais c’est une nouvelle tendance qui s’opère depuis quelques années déjà chez des groupes nostalgiques, qui tiennent à faire sinon à imiter autant que possible ce que l’on faisait lors de la glorieuse décennie du heavy metal. «
Legion of the Night » se situe donc à la pointe du mouvement revival.
15/20
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