N’allez pas croire que «
Cruadalach » est un faible mouton apeuré par le grand méchant loup. Cette formation folk de République tchèque aurait folle envie de venir goûter l’herbe grasse de plus belles prairies. Le doux agneau voit jour au début de l’année 2008, sous l’impulsion du batteur Michal « Datel » Rak (ex- « Dissolving of Prodigy », ex- «
Silent Stream of
Godless Elegy »). Un line up complet est finalement élaboré en 2009, comptant certains instruments folkloriques, dont flute et cornemuse, mais aussi violon et violoncelle. Le violoncelle que l’on voit aussi chez «
Silent Stream of
Godless Elegy », groupe très proche dans la musique adoptée par «
Cruadalach ». Sinon que celle-ci se voudra autant folk que son illustre compatriote, et captant deux langues à la fois (l’anglais et le tchèque) dans ses compositions. Après un Ep paru par l’intermédiaire de Parat Magazine, « Agni-Unveil What’s
Burning Inside », les tchèques sortent cette même année 2011 un album intitulé « Lead-Not Follow » sous le label allemand Black Bards. Le mouton se porte bien, mais de là à crier au loup rien est moins sûr.
C’est l’énergie de la nature qui se dégage avant tout de cet album. Riche, profonde, parfois insondable. Un côté forestier ressort ainsi fortement de la petite introduction « Dubh », ponctuée par son folk traditionnel. Un folk reflétant à la fois le jour et la nuit sur « Living with Pride », tantôt aguicheur par ses mélodies au violon, tantôt cruel et rigide, représenté alors par un growl sec et nerveux. De même le titre éponyme «
Cruadalach » reflète pertinemment ce clair-obscur, où le gazouillis des oiseaux (la flûte) se voit confronté à des bêtes sauvages, ceux de la forêt. On souligne dès lors une dualité du chant. Un chant souvent mélancolique de la part de Radalf, secondé par un second plus gras et caverneux du guitariste Ales « Ax » Cipra. Ce duo chant clair et growl est le fait déjà de nombreuses formations folk, mais tout l’intérêt ici c’est que cela se conjugue également au niveau des instruments. Ainsi les loups se mêlent aux moutons, créant par moments une certaine cohue. Une confusion qui régnera sur «
Rage Starts Here », bien aidé par la rudesse du violoncelle et la rage amenée par le chant. Un chaos entretenu qui donnerait quelques signes de faiblesse sur « For My Bleeding Friends ». Son refrain aurait pu être proprement excellent, si la musique avait su se montrer plus offensive et pas aussi morose.
Une morosité qui ne saurait triompher avec «
Signal Fires », véritable envolée musicale, trophée de cet album. Titre coloré soulevant les notes comme le vent soulève les feuilles mortes en automne. Un folk charmant comme l’est «
Morrigan » mais dans un tout autre registre, profondément ancré dans le désarroi, fleuretant avec le gothique comme le fait «
Silent Stream of
Godless Elegy ». L’influence notable à cette formation se montrera plus pertinente sur « Hear Our
Voices », se révélant poussif par endroits, mais surtout avec «
The Promise ». Froid, triste, assez terne dans son ressenti. Le tempo marque une certaine lassitude malgré la force de la batterie imprégnant solidement chaque coup donné. On serait tenté de reconnaître un attachement à «
Arkona » au travers de titres comme « Nezlomni » mais surtout « Blejanje na Mjesec » pour leur fort tribalisme slave. Ce dernier titre authentiquement folklorique est composé en grande partie de percutions de voix masculines et féminines, conviés à un même événement festif traditionnel.
Le mouton ne mangera jamais le loup, mais celui là n’est pas prêt de se voir servi à dîner au grand prédateur. «
Cruadalach » n’est pas encore une grande formation folk. Elle risquerait de poursuivre une partie de sa carrière dans l’ombre de «
Silent Stream of
Godless Elegy », déjà précédemment cité. Il manquerait le dynamisme et la cohérence pour que les divers éléments sillonnant ce « Lead-Not Follow » fassent de celui-ci un grand album.
Pas de quoi passer l’animal à la tonte néanmoins. La musique foisonnante de «
Cruadalach » nous révèle une particulière recherche sur le plan de la composition et la volonté de créer une musique personnelle, identifiable au groupe. Qui a dit que le mouton était un animal docile? Celui là n’est pourtant pas facile à mener à la bergerie. Il serait plutôt comme le loup, guidé par l’esprit sauvage de la nature.
14/20
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