Le Domaine des Hommes

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14/20
Nom du groupe Verlies (FRA)
Nom de l'album Le Domaine des Hommes
Type Album
Date de parution 06 Janvier 2014
Style MusicalBlack Atmosphérique
Membres possèdant cet album7

Tracklist

1. Intro 03:40
2. Nouvelle 10:35
3. Maladie 09:19
4. L'Abîme du Guide 07:06
5. L'Absolution 09:14
6. Marcher Sur le Vide 07:34
7. Luna Liquor 02:33
Total playing time 50:01

Chronique @ Icare

25 Janvier 2014

Un premier jet encore inégal mais présentant déjà un univers singulier et une formation pleine de potentiel.

Verlies. Projet black atmosphérique du chanteur multi instrumentiste N., cette mystérieuse entité émerge en 2010 à Lille et vient nous compter avec sa première autoproduction, Le Domaine des Hommes, ses visions musicales voilées d’une poésie mélancolique. Dès l’intro, on comprend que le one man band s’inscrit dans cette mouvance de black post rock moderne et mélodique, avec cette basse bien présente, ces arpèges typiques du style, et ce contraste intéressant entre envolées célestes de la guitare et lourdeur metal. Au fur et à mesure que le titre avance, ces guitares grésillantes, la double pédale, bien programmée, ainsi que ce blast lourd - mais trop mécanique et synthétique, quel dommage! - nous laissent deviner que la musique de Verlies ne sera pas uniquement atmosphérique, et le hurlement écorché qui vient clore ces presque 4 minutes semble nous conforter dans notre sentiment en dévoilant une facette plus extrême du combo.


Arrive ensuite le premier véritable titre de la galette, Nouvelle, qui nous laisse un sentiment mitigé. Premier point noir, un son trop synthétique (ça sent la production faite maison via logiciel) qui dessert beaucoup la musique. C’est d’autant plus regrettable que les compos sont longues, riches et complexes, foisonnant d’idées (peut-être même un peu trop parfois, c’est le problème dont souffre ce titre!) et auraient eu besoin d’être mises en valeur par une production digne de ce nom. Un arpège mélancolique et une voix sombre et désabusée qui rappelle un peu Aqme entament sobrement la galette, puis le morceau se poursuit sur une instrumentation tordue, parfois dissonante et complexe, plus fouillée qu’elle n’y paraît, peut-être trop pour le style abordé qui se veut normalement très direct et émotionnel : passages mélancoliques à la coloration gothique portés par des arpèges et les plaintes larmoyantes de la basse, enchevêtrements de parties lourdes et plus aériennes ponctués de riffs complexes et émaillés de nombreux soli, profusion de voix déstabilisante, tantôt chantées et sombres, tantôt hurlées, écorchées et au bord de la rupture, les différentes parties manquent parfois un peu de liant et de cohérence, et c’est concrètement le principal reproche qu’on peut faire à ce Domaine des Hommes.
Les changements de riffs et d’humeur sont fréquents, parfois un peu confus, Verlies nous prend par la main et se plait à nous promener dans les contrées dévastées de son intériorité hantée, mais les âmes damnées sont trop nombreuses, les notes mortes se superposent parfois de manière un peu artificielle, et on se perd dans ce labyrinthe opaque…

Quoi qu’il en soit, l’instrumentation est intéressante et N. réussit à faire cohabiter différentes influences sous le spectre brumeux de Verlies : Pensées Nocturnes (dans cet aspect fantomatique et maladif, ces vocaux grinçants et écorchés parfois à la limite du supportable, ainsi que cette ambiance déliquescente et macabre que l’on retrouve bien sur Luna Liquor), Alceste et Amesoeurs dans la trame générale, voire parfois des groupes plus vénéneux tels Gris, Nyktalgia et Totalselfhatred ( le début de l’Abîme du Guide, l’Absolution) et les combos suisses que sont Unholy Matrimony et Mirrorthrone (sur certains passages furieux de Maladie, quand la boîte à rythme blaste méchamment). Certes, le musicien est parfois trop gourmand, ne parvenant pas toujours à canaliser ses idées qui s’enchevêtrent parfois de manière un peu maladroite, et l’art des transitions n’est pas toujours bien maîtrisé (la fin de Nouvelle, certains passages de Maladie), mais si la musique n’est pas toujours extrêmement fluide, le tout sonne juste et sincère et l’on apprécie que Verlies fasse l’effort de créer un univers personnel. Les textes en français, empreints d’une poésie toute romantique et noire, ajoutent à cette identité en construction, et font de Verlies un projet intéressant à plus d’un titre.

L’album avance en se bonifiant, continuant de mêler les ambiances avec plus ou moins de réussite sur de longs morceaux à la dynamique intéressante (entre 7 et 10 minutes si l’on exclut les pistes qui ouvrent et ferment l’album), alternant passages intimistes et tortueux parfois encore un peu maladroits, furie black metal dévastatrice aux blasts démoniaques, parties plus écorchées et maladives typiques du DSBM avec ces vocaux très déchirés et ces arpèges suintant le désespoir, et envolées plus lumineuses aux confins du post rock grâce à des interventions de six cordes parfois certes un peu académiques mais toujours gorgées de feeling.
Certaines parties sont vraiment prenantes, et un morceau comme L’Abîme du Guide est très réussi, avec ses enchaînements d’arpèges mélancoliques et d’explosions metalliques saturées et poignantes. La voix grave trouve ici mieux sa place, bien emmenée par une musique plus sombre et intimiste et les transitions semblent plus naturelles. L’Absolution est quant à lui le point d’orgue de ces 50 minutes, avec ses parties électroacoustiques sobres et touchantes, ses moments forts et émotionnels, ses excellents riffs, sa basse chaude, sa voix hurlée vraiment convaincante, et sa violence mélancolique exacerbée.


Pour conclure, Le Domaine des Hommes est un premier jet certes encore inégal et souffrant encore de nombreuses approximations et d’un certain amateurisme, mais présentant déjà un univers singulier et une formation pleine de potentiel. Même s’il est encore loin de l’excellence de ses illustres aînés, je ne saurais que trop en recommander l’écoute aux fans de Gris, Alcest, Amesoeurs et Lantlos qui devraient y trouver leur compte s’ils sont indulgents et parviennent à s’ouvrir à ces sonorités parfois difficiles d’accès, mais plus qu’intéressantes. Une formation à suivre de près…

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