Le Dernier Rempart

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17/20
Nom du groupe Herzel
Nom de l'album Le Dernier Rempart
Type Album
Date de parution 19 Mars 2021
Style MusicalHeavy Metal
Membres possèdant cet album31

Tracklist

1.
 Maîtres de l’Océan
 08:35
2.
 La Flamme
 05:16
3.
 Le Dernier Rempart
 01:41
4.
 Berceau de Cendres
 07:19
5.
 L’Epée des Dieux
 05:22
6.
 L’Ultime Combat
 07:48

Durée totale : 36:01

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Herzel


Chronique @ Hibernatus

16 Mars 2021

long was our wait, mais ça valait le coup

Enfin ! Herzel, qui nous fait lanterner depuis 2015 et la sortie de leur remarquée démo « Unis dans la Gloire », se décide à nous offrir leur premier full length ! Aguichant le monde avec de belles prestations scéniques, les promesses d'un album fondateur ne cessaient de se voir reportées. Les « p'têt ben qu'oui » s'avéraient d'année en année des « p'têt ben qu'non » de Normands, un comble pour des Bretons ! Oups, je vais pas me faire des copains, là : non, non, non, je vous jure, je suis complètement neutre sur cette histoire de Couesnon et de Mont Saint Michel. Il faut certes convenir que les péripéties sanitaires que l'on connaît depuis... hum, trop longtemps n'ont pas arrangé les choses. Sans compter que gagner sa croûte, ça prend aussi du temps.

Cessons de ronchonner sur les délais d'attente : long was our wait, mais ça valait le coup. La splendide pochette du « Dernier Rempart » donne le ton : défendant l'épée au poing une brèche dans la muraille, un combattant solitaire est silhouetté devant « l'aurore aux doigts de rose » chère à Homère. La musique de Herzel est guerrière et tragique, elle assume sans faiblesse une filiation avec une certaine veine de Heavy américain (Manilla Road, Virgin Steele, mais aussi Fates Warning) tout en portant haut les couleurs de la puissance mélodique et de la rythmique forte et déliée de la NWOBHM et du Hard français des 80'.

Vient harmonieusement s'en mêler une vive conscience régionale, évidente dans les lyrics mais aussi dans la composition. C'est bien sûr flagrant sur le court et mélancolique instrumental éponyme où s'expriment bombarde et violon, et sur le final de L'Ultime Combat laissant le dernier mot à la bombarde. Passant plus inaperçus mais ne trompant pas l'amateur de musique celtique, certains développements ou inflexions guitaristiques sont pétris de bretonnité (Maîtres de l'Océan, un peu, Berceau de Cendres ou l'Ultime Combat, plus, bah, peu ou prou un peu tous). À cet égard, on peut regretter le chant exclusivement français de Herzel : sans leur demander d'imiter les mousquetaires de Boisson Divine chantant exclusivement en gascon, insérer un titre en brezhoneg serait du meilleur effet, à la façon d'un Manzer en parlanjhe poitevine.

Le quintette breton est d'un pur classicisme dans l'expression d'un Heavy Metal tout emprunté aux Anciens, mais la bénédiction des Muses les transcende. Le souffle conjugué de l'Histoire (armoricaine) et de la Légende (fictive) gonfle les voiles carrées de leur inspiration, étarquant à bloc bras et écoutes pour propulser sur l'onde le vaisseau Herzel. L'histoire anime les deux premiers titres, la fatale défaite navale des Vénètes face aux Romains (bataille du Morbihan, 56 avant JC) et l'héroïne Jeanne la Flamme, incendiaire de la guerre de succession de Bretagne (1341-1364). Les trois derniers titres forment la trilogie Herzel, héros imaginaire et éponyme, incarnation bretonne d'un éternel champion moorcockien.

Et ça marche divinement bien, par l'Ankou et Cernunos ! Au cas où une première écoute superficielle ne vous aurait pas emporté, trompé par la (relative) aisance des mélodies, persistez : « Le Dernier Rempart » est de ce genre d'album noble qui se découvre et se renforce au fil des passages sur la platine.

Le propos ample et subtil est sous-tendu par une section rythmique de serial killers de roman, Ion Philippon à la batterie et Mordiern Le Dissez à la basse. De roman, car c'est plus dans la fiction que dans la réalité que les tueurs en série ajoutent de la finesse et de l'intelligence à leur féroce implacabilité. Les deux gratteux, Kevin Le Vern et Gurvan Lardeux, mettent un art consommé à alterner morsures incisives et constructions envolées sur un même titre, encouragés par une structure au tempo toujours changeant et qui fait place à de longues plages instrumentales. Hargne, aisance, fluidité et puissance : l'essence même du Heavy.

Thomas Guillesser donne une voix presque parfaite à l'expression de Herzel (presque, car il y a un petit quelque chose qui me gêne dans Maîtres de l'Océan, mais là, c'est sans doute moi). Elle s'exerce sur un fort joli registre : ancrée sur le medium, elle tombe dans de fort seyants graves (Berceau de Cendres, l'Épée des Dieux), se fait rugissante et grondante sur La Flamme ; d'une emphase théâtrale sur la trilogie Herzel, elle monte vers des aiguës inspirées (La Flamme, L'Épée des Dieux) et ses cris mixés en arrière-plan sur Maîtres de l'Océan sont du plus bel effet. Louons au passage la clairvoyance d'une production limpide qui perçoit bien qu'un son d'une densité écrasante renforce moins la puissance d'une musique qu'elle n'en atténue la profondeur.

D'une homogénéité sans faille, « Le Dernier Rempart » n'en reste pas moins diversifié. Avec La Flamme, c'est toute la fougue Heavy-Speedo-Thrash d'un Manilla Road seconde moitié des 80' qui nous tombe dessus, avec son attaque très sheltonienne. Maîtres de l'Océan est une fresque puissante à la Maiden, un drame éclaboussant l'auditeur de sang et de sueur, de larmes et d'embruns. L'instrumental folk Le Dernier Rempart ne trouble en rien cette cohérence et introduit élégamment la trilogie consacrée au héros éponyme. Malgré (ou grâce à?) son classicisme, l'Épée des Dieux possède une efficacité redoutable. Non moins souverains niveau pathos, L'Ultime Combat et, plus encore, Berceau de Cendre, nous font traverser des paysages plus contrastés et délicats.

Alors bien sûr, l'album ne surprendra guère ceux qui ont vu Herzel sur scène : les titres ici rassemblés sont pour la plupart déjà anciens et ont souvent été interprétés en concert. Leur qualité rend parfaitement légitime de les immortaliser sur cette première galette, qu'on espère voir suivie de beaucoup d'autres de la même eau. J'avoue toutefois que mon humeur ronchonne revient au galop quand je songe aux 36' du « Dernier Rempart ». Gast ! J'en aurais bien accueilli le double avec le plus grand plaisir ! Bon, positivons, je puis au moins vous assurer que cet album n'est pas encombré du moindre soupçon de filler...

Tant attendu, « Le Dernier Rempart » confirme avec éclat ce que l'on supposait de longue date : Herzel vient s'affirmer comme la plus brillante illustration contemporaine du Heavy Metal épique français (comment ça, pas français, breton ? Oh, ça va les gars, arrêtez d'agiter comme des furieux vos Gwenn ha Du et laissez-moi une petite place pour brandir mon bête Tricolore). Un art bien difficile, au vu des maigres résultats de l'actuel revival, dont le creuset produit essentiellement un gros tas de scories ; mais il s'en écoule parfois un filet incandescent du métal le plus pur. Les Quimpérois sont au cœur de cette précieuse veine. Leur travail acharné de forgeron (pas de Le Goff parmi eux, pourtant) se transmute en art d'une candeur spontanée qui nous replonge dans les meilleurs et les plus sûrs fondamentaux du Heavy.

3 Commentaires

17 J'aime

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klem71666 - 02 Avril 2021:

Je suis bien d'accord qu'au moins une chanson de plus aurait été la bienvenue. Mais n'empêche que cet album est d'une énorme qualité ! Plus les écoutes passaient et plus je prenais du plaisir. 

ZazPanzer - 23 Juin 2021:

J'avais, il y a quelques années, après avoir entendu vos éloges du groupe en live, déjà tenté quelques écoutes qui ne m'avaient pas pleinement convaincu. Bon, il faut dire que je me méfie des nouveaux plus grands groupes Français du Monde qui sont légion mensuelle chez le plus malgache des Bretons, mais bref... J'ai retenté le coup avec cet album: de nouveau, je n'ai pas accroché complètement immédiatement, mais il y a eu un goût de revienzy, puis du "c'est quand même bien foutu", pour finir par "c'est vraiment très bon" !!! J'ai parfois besoin de persévérer pour voir la lumière...

Au final, contrairement à toi, mon cher JL, je trouve ce format court parfait, il permet de ne pas s'ennuyer et de maintenir une attention totale sur l'intégralité du skeud que j'ai donc fini par adorer. Excellente surprise, bretonne une nouvelle fois... Karrig An Ankou !!! Et merci bien sûr pour ce texte de haut niveau ;-)

- Commandé à la distro CURSED RITUAL si ça peut aider quelqu'un :-)

Hibernatus - 23 Juin 2021:

Ton "parcours auditif" ne me surprend pas, Zaz : j'avais constaté que l'album vieillissait fort bien au fil des écoutes, même si je partais d'un a priori plus favorable que toi. Au premier passage sur la platine, je me suis dit "ouais, pas mal quand même, ça mérite un 15" ; au dixième, j'en étais à "p'taing il est vraiment super ce skeud!!!" et j'ai finalement monté ma note à 17. L'équilibre de toutes ses composantes, parfaitement classiques par ailleurs, est tout bonnement splendide.

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