La Cocaïne des Seigneurs

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16/20
Nom du groupe Rein
Nom de l'album La Cocaïne des Seigneurs
Type Album
Date de parution 10 Juin 2013
Style MusicalBlack Metal
Membres possèdant cet album10

Tracklist

1.
 Frenatae
 00:59
2.
 La Cocaïne des Seigneurs
 06:21
3.
 Des Races et des Dieux
 04:34
4.
 Le Sang des Miens
 07:12
5.
 Hrun
 10:43
6.
 Le Front des Damnés
 06:01
7.
 Au Chevet de l'Europe
 05:38
8.
 Procession
 03:13

Durée totale : 44:41

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Rein


Chronique @ enthwane

15 Juin 2013

D'une idée, d'un concept... Naît le glaive.

Une devise, un crédo qui conceptualise bien le premier achèvement que je m’apprête à chroniquer.

Pur. C’est la signification de Rein, entité arverne existant depuis quelques années, et dont je suis la progression depuis ses touts débuts, ses prémices. De l’idée de porter en étendard la fierté de ses racines et des temps anciens est né ce qui ne devait être qu’un one-man band, puis un duo, pour au final se muer en un groupe à part entière.

Un groupe soudé autour d’une même envie, celle de chanter les louanges des valeurs anciennes, du paganisme européen qui sombre dans l’oubli au profit de nos valeurs occidentales auxquelles nous ne nous identifions pas. L'espoir de revoir flamber les feux de joie, et les voir briller comme autrefois. Rein se dresse, tel un monolithe de haine et de fierté, face à ce monde dans lequel nous sommes contraints de vivre. Où plutôt, de survivre, de faire survivre une tradition qui se délite.

« La Cocaïne des Seigneurs », premier méfait du quintet, vient tout juste de sortir chez Hass Weg, un sacré achèvement quand on connaît la réputation de l’écurie française, responsable notamment des dernières sorties d’Orthanc ou de Dux. Avant de parler de la musique, concentrons nous d’abord sur l’objet en lui-même.

La sobriété qui était déjà mise en avant sur la première démo éponyme, sortie chez Atavism Records et limitée à 150 copies, se retrouve encore une fois sur l’emballage de la galette. Une typographie tout droit empruntée aux vétérans ukrainiens d’Hate Forest, runes nordiques à l’appui, Kolovrat slave, aucun crédit, si ce n’est « l’hommage » rendu à Geoffroy Dury, responsable de l’enregistrement et du mixage de l’opus (et soyez certains qu'il ne l'a pas volé), ainsi qu’à Elise C., auteure des superbes photographies de paysages hivernaux qui ornent le booklet. Certains, comme moi, regretteront que l’intégralité des textes ne figure pas dans ce dernier. Seulement les fragments les plus forts et les plus évocateurs. Assez dommageable, d’autant que le coffre de Geisterber, vocaliste impressionnant, n’est pas toujours intelligible.

Et, musicalement, que de chemin parcouru depuis la première démo ! Cette dernière brillait par une furie, une rage assez exceptionnelle, que l’on retrouvait dans les prestations scéniques de Rein. L’influence d’Hate Forest était extrêmement présente, parfois même un peu trop, mais le combo à su s’affranchir de cette étiquette, celle de n’être qu’un simple ersatz du groupe de Roman Saenko. Pour une première sortie, la cassette jouissait déjà d’un son massif, de qualité, chose suffisamment rare pour être soulignée. J’avais beaucoup apprécié cette démo, d’une part parce que je l’attendais de pied ferme, de l’autre parce que j’avais eu l’insigne honneur d’y composer l’outroduction, « Pyrrhus ». Rangeons cette fierté mal placée pour modérer mes propos : je ne supportais pas le son trop synthétique de la boîte à rythme qui y était utilisée, et tapait rapidement sur les nerfs. Surtout pour un batteur. Le son "générique" des samples d'EZ Drummer est bien trop utilisé dans le Black Metal à l'heure actuelle pour permettre de faire sortir ses compositions du lot.

N’y allons pas par quatre chemins, « La Cocaïne des Seigneurs » est un album excellent. Le son a été léché au millimètre, et le mixage a joui de la même qualité de travail, de la même minutie. Chaque instrument est à sa place, et surtout, on y retrouve une batterie acoustique, enfin ! Je tiens à saluer le travail sur cette dernière, très bien mixée à l'ensemble - la plupart du temps, c'est en effet "tout ou rien" : où l'on n'entend qu'elle, où elle se retrouve étouffée par le reste. Il n'en est rien sur "La Cocaïne des Seigneurs". Le jeu d’Anorgar, derrière les fûts, est également à saluer : les tempos inhumains de la boîte à rythme de la démo ont été considérablement ralentis, certes. Mais cela ne fait que donner plus de force et de majesté aux compositions de Rein. Remplacer la vélocité au profit de rythmes plus lents, mais plus percutants, a été salutaire. Anorgar remplit sa mission avec brio, celle de rythmer des titres monolithiques, alternant passages plombés et blast-beats avec une facilité déconcertante.

La vrombissante basse, s’autorisant des envolées atmosphériques du plus bel effet (comme sur le titre « Hrun », sur lequel nous aurons l’occasion de revenir plus précisément plus loin), avec le jeu net et précis de Teufelsblut, reprenant le flambeau d’Arsonist, multi-instrumentiste chez Ars Moriendi, mais aussi celui d'Arvernian, ayant joué pour le premier concert du combo, avec brio (et dieu sait que la barre était placée haute, au vu du niveau technique de ces derniers).

Les guitares forment un mur compact et acéré, dispensant des riffs tantôt poignants (« Des Races et des Dieux » et son passage mid-tempo, par exemple), tantôt écrasants : « Le Sang des Miens », déjà présent sur la démo, trouve sa puissance renforcée par la production de « La Cocaïne des Seigneurs ». Elles se permettent même des envolées du plus bel effet, comme celles de la fin du titre « Hrun », tout en oubliant pas le tremolo-picking si cher au genre Black Metal, comme en témoigne l’ouverture de « Des Races et des Dieux », un titre qui rappellera furieusement les belles heures de Drudkh aux aficionados des offrandes ukrainiennes.

L’introduction pourra en surprendre plus d’un, moi le premier. Chants féminins du plus bel effet sur des notes cristallines et plaintives. Issue du film « The Wicker Man », aussi courte qu’intense, elle marque l’entrée dans l’univers du groupe. Petit rappel des chants slaves utilisés par Saenko sur l’excellent « Battlefields », peut-être ? Nous ne le saurons pas. Quoiqu’il en soit, cette introduction ne dépareille pas avec l’ensemble du disque.

Pour le reste, c’est la baffe pure et simple. Les titres sont d’une puissance de feu et d’une efficacité à toute épreuve, taillés à même la roche des volcans arvernes. Graver les runes germaniques à même la pouzzolane. Tous sont bien construits, malgré quelques longueurs qui pourraient gêner – chose étonnante, le titre le plus long de l’album, « Hrun », ne souffre pas de la répétition. Il est même le point culminant du disque, tant textuellement que musicalement, faisant germer dans la tête de l’auditeur le spectre d’Enslaved au détour de certains riffs et tournures atmosphériques, collant particulièrement à la photographie qui lui est dédiée dans le livret. Les nuances apportées par le jeu sur les cymbales et la discrète - mais présente - double pédale apportent toute l'aura atmosphérique dont je parlais plus tôt. La basse qui prend des libertés d'avec le schéma rythmique imposé sur la fin du morceau, mais aussi ce solo de guitare du plus bel effet, viennent parachever le climax du meilleur titre de l'opus.

Le tempo se ralentit également sur le démarrage "Le Front des Damnés", ou le duo de guitares est d'une efficacité à toute épreuve, des débuts lents jusqu'à l'accélération qui porte le refrain à bout de bras : "Je suis le bras armé du front des damnés !". Un démarrage d'une lourdeur jupitérienne, une composition fort bien amenée, qui ne souffre pas de trop de longueurs. Non, celles-ci sont un peu plus perceptibles sur un titre comme "Au Chevet de l'Europe", qui tourne un peu rapidement en rond - ce qui n'enlève rien de son efficacité. C'est le côté "Hate Forest" qui s'exprime : faire tourner un riff hypnotique en boucle pour mieux écraser l'auditeur. Généralement, ça passe ou ça casse. Chez moi, ça casse un petit peu. Baste.

L’ajout des chœurs, absents sur la première démo et assurés par Placenta et Teufelsblut, renforce également l’aura des compositions. Scandant les textes des refrains avec rage, ils résonnent comme les cris de guerre d’une horde en lutte, et sont taillés pour la scène - il me tarde de les revoir, défendre leurs nouveaux titres sur scène, et revivre la transe de leur reprise de "732" des français d'Orthanc.

« Procession », l’outroduction, mérite un paragraphe à elle seule. Sur une instrumentation dépouillée et poignante, composée par Geisterber et jouée par Arsonist, le vocaliste et maître d'oeuvre de Rein y parle, y déclame ses textes, écrits d’une plume sincère et acérée, un Grand Corps Malade patriote (j'ose espérer qu'il m'excusera pour cette quenelle), le résumé d’une vie de combat face à la décadence du monde moderne, l’osmose d’une meute en lutte. D’une mélancolie surprenante, je me suis surpris à frissonner, à verser une larme sur cette pièce qui conclut avec majesté un disque d’une qualité indéniable. Je ne partage aucunement les idéaux véhiculés par le groupe, et pourtant. N’importe qui, à l’écoute de ce brûlot, sentira germer et grandir en lui une fierté, une fierté que chacun se doit de cultiver : celle d’appartenir à une culture et de revendiquer ses racines, de les porter en étendard. Dans un monde où le conformisme est roi, chacun, quelque soit son bord, se doit de cultiver ses idées, ses principes, son honneur et d’être fier de l’héritage de ses ancêtres.

« La Cocaïne des Seigneurs » est un album d’une qualité rare, fruit d’un travail acharné et de la cohésion d’une entité. Malgré quelques longueurs parfois dispensables, et quelques passages en chant clair que je n’ai, à titre personnel, pas vraiment apprécié (« Au Chevet de l’Europe », pas assez bien intégrés à l'ensemble, et "Hrun", pas assez mis en avant), Rein réussit la prouesse de faire la balance entre agressivité primale et mélancolie poignante avec maestria. Ce n'est pas tous les jours qu'on reçoit dans sa boîte aux lettres un premier album aussi abouti. "La flamme qui inonde [leurs] corps à l'heure du sacrifice" se retrouve réellement transcendée du début à la fin de ce manifeste.

Ayant résisté aux écoutes successives depuis que je l'ai en ma possession, je ne peux qu'affirmer que, pour moi, il rejoint le haut du panier des sorties Black Metal de cette année. Car la sincérité, la passion et l'émotion qui en émanent tranchent radicalement avec la masse de sorties génériques et chiantes comme la pluie que nous avons pu voir fleurir cette année.

A se procurer d'urgence pour tous ceux qui voudront ressentir l'élan guerrier s'emparer de leur âme. Bravo. Tout simplement.


2 Commentaires

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svad - 15 Juin 2013: Merci pour ton excellente chronique.
Cet album m'intéresse à plus d'un titre, je vais essayer de me le procurer.
Constantine - 16 Juin 2013: Et bien, en voilà une chronique inspirée qui donne envie de decouvrir ce groupe !
Merci bcp, je vais me pencher sur l'opus...
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