Loin d'une époque où chaque groupe se cantonnait à son style de prédilection, les années 90 ont permis aux chapelles d'obédiences métalliques de se mélanger, croître et multiplier. Difficile de coller une étiquette et une seule à
Koudeta, avec des influences assumées aussi diverses que
Morbid Angel,
Pantera,
Alice In Chains,
Metallica et j'en passe.
Le groupe a été fondé en 2019 à Bressuire autour du guitariste Rémi Verger, du batteur Thomas Chamereau (
War Inside) et du bassiste Ludovic Chauveau (
Trepalium). Se connaissant depuis plusieurs années, ils ont fini par avoir l'envie de jouer ensemble et de monter un vrai projet. Et lorsqu'il a fallu trouver quelqu'un pour tenir le micro, c'est vers Teona Chitishvili, originaire de Géorgie et par ailleurs femme du batteur de
Trepalium, que le choix s'est vite tourné.
Après une première démo en 2021, le groupe a sauté directement la marche du long format avec l'aide d'un financement participatif réussi sur Ulule. L'enregistrement s'est fait au
Nomad Studio avec Fabien Guilloteau, qui a aussi fait le mixage et le mastering. Les bonnes fées se sont penchées sur son berceau puisque ce n'est rien moins que Klonosphere et Season of
Mist qui ont sorti ce premier album, le 13 octobre 2023.
Avec dans un même titre des riffs et du chant empruntant à des styles disparates, thrash, death, grunge ou groove metal, il y a des choses intéressantes à se mettre dans les esgourdes. Le dénominateur commun est le métal 90's au sens presque exhaustif du terme, avec du power chord massif agrémenté de notes tricotées, des passages fusion ("
Bastard"), de la double pédale, quelques accélérations thrashy, comme celle en d-beat sur "
Kingdom of
Lies". C'est le chant de Teona est ce qui attire le plus l'oreille et fait la différence, et elle arrive à être bluffante de puissance tenue jusqu'à la fin de ses notes, sur certains passages où on se dit, ah quand même, il y en a encore sous la pédale !
C'est sur des morceaux comme "Crashing Footfalls", "The
Maze" et surtout l'excellent et final "Gaïa's
Revenge" que le groupe trouve à mon sens un style qui lui va bien, lorsqu'il maximise le contraste entre méchanceté dans le riff et mélodies et se concentre sur moins d'idées,... mais les meilleures. Je les sens en outre un peu empruntés côté fusion mais très à l'aise sur le versant plus musclé du thrash/death("Fascist
Cowards").
En étant seul à la six cordes, Rémi a des parties de guitare très denses, avec du riff, du riff et du riff, ainsi que quelques soli bien menés. Il aurait même pu alléger sa charge de travail, la musique aurait été plus aérée en laissant un peu plus de place à chaque instrument. Là où il m'a le plus accroché dans son jeu, c'est avec certains accords, ou bouts d'arpèges bizarres presque disonnants (un petit côté
Slayer/
Morbid Angel), surtout quand la basse de Ludo marque encore plus le truc derrière.
La production est propre et directe, sans artifices, suivant un classique guitare/basse/batterie, et c'est du côté du chant que quelques couches d'harmonisations et choeurs enrichissent le son du groupe.
Il faut dire qu'avec une chanteuse aussi versatile que Teona, maîtrisant des registres allant du chant clair au growl et fourmillant d'idées, il aurait été dommage de ne pas en profiter !
Avec son premier album éponyme,
Koudeta présente donc un large éventail de ses capacités dans des styles disparates, et laisse apparaître un potentiel certain avec sa chanteuse mélodique toute en puissance. Le groupe gagnerait à mon avis affirmer son identité en mettant plus d'intention sur ce qu'il fait le mieux, quitte à réduire un peu sa palette. Pour ne rien gâcher, les quelques extraits vidéo que j'ai pu voir les montrent bien en place, ça donne envie de les découvrir en concert. A surveiller, donc !
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