“La Grandeur a besoin de mystère. On admire mal ce que l’on connait bien”
Charles de Gaulle
De nombreux artistes l’ont bien compris. Le mystère des musiciens masqués a eu son lot de succès avec Slipknot à la fin des années 90 (ils sont désormais tous bien connus), a bien servi à l’explosion de
Ghost ou à l’immense mystère qui entoure
Sleep Token depuis quelques années. On pourrait même remonter à
Kiss fut une époque même si nous n’avions à faire qu’à de “simples” maquillages ou à la frange scandinave du black metal avec l’irruption des corpses paints sur la scène (bien que le but n’était pas de cacher son visage mais d’afficher une imagerie plus diabolique).
President est un pur produit actuel dans son marketing et son lancement. Un projet qui éclate et fait parler de lui avant sa musique. Qui surfe sur une “vibe” énorme avant même la sortie de son premier ep (ici présent), qui génère une attente énorme autour d’un premier concert (cet été au Download) et qui parvient à susciter une énorme attente alors que l’on ne connaît aucun membre du groupe.
Tout est parfaitement calibré. Une imagerie politique et martiale. Un membre central masqué et des musiciens fantômes (comme dans
Ghost). Des textes très durs sur l’endoctrinement religieux dès son premier morceau (“
In the Name of the Father”) et un mystère épais autour de la nature même du projet.
“
Kings of Terrors” est désormais disponible sur les plateformes de streaming et sa version physique en vinyle déjà épuisée. Six titres. Une vingtaine de minutes et déjà un premier album longue durée en prévision. L’auteur évoque un catharsis évident, qu’il ne pouvait exprimer à visage découvert, dans un univers musical moderne et actuel, entre metalcore, voix très produites, furtives éruptions de violence avec riffs saturés et intronisation d’éléments électroniques pour créer un liant cohérent.
On passe donc d’un “
In the Name of the Father” au refrain iconique et au riff massif (la production est DIY comme dit
President mais excellente pour le genre) avec un final taillé pour le live à un “
Rage” très électronique et autotuné, déployant une mélancolie lancinante avant d’exploser sur un riff et un chant plus hurlé. On pense autant à
Sleep Token (en beaucoup plus radio edit évidemment), à
Architects parfois, à
Annisokay dans l’utilisation des samples et plus généralement toute cette scène ayant émergé ces dix dernières années.
En soi,
President n’invente absolument rien mais sa conviction, la puissance de sa production et son pouvoir d’évocation conceptuel ont fait un énorme travail pour asseoir la musique du groupe. Il y a un "
Fearless" au refrain qui s’élève et qui, avec ses voix d’enfants, pourrait tout à fait être repris par une foule entière. "
Destroy Me" s’articule autour d’un riff plus lourd mais toujours ponctué par des claviers aériens et des lignes vocales allant vers des horizons pop et décharnés, ne devenant plus rugueux et brutaux que sur la fin, avec un final proposant un break typiquement core. "
Dionysus" est sur un schéma assez identique, sur un format court. "Conclave" termine cet ep sur une note différente, revenant à l’électronique, introduction au clavecin pour ensuite rester dans un aspect très rock avec quelques saturations à la fin.
"
Kings of Terrors" reste un pied d’entrée assez fracassant sur la scène, qui va permettre au groupe de fouler de nombreuses scènes tout autant qu’il va servir de fait d’armes avant la sortie du premier opus qui devrait arriver l’année prochaine. Un pur objet promotionnel. Mystérieux, haletant, imparfait mais indéniablement réussi dans le but de répandre sa parole.
Je vais être très dur dans mes mots mais à mon sens, President est juste un produit marketing et un "Sleep Token du pauvre". D'ailleurs, la comparaison des deux groupes n'a rien d'anodin au vu de leur nationalité, de leur label en commun et de leur identité masquée. La formation essaye de surfer sur une tendance mais sans le talent et la conviction, les mélodies sont plates et prévisibles et le "chant" (si on peut encore parler de chant à ce niveau) est bourré d'effets vocaux qui sont bien vites inomables. Quand les musiciens tentent d'être plus "agressifs", ça ne semble jamais sincère et surtout, ça sort souvent de nul part. Le seul titre qui est à peu près potable est In The Name Of The Father (éventuellement Conclave n'est pas trop mauvaise non plus) mais alors on est loin, bien loin de titres mémorables ... Pour une fois, je dirais que les critiques négatives sont méritées, à contrario de ses compatriotes.
Sur ce, je retourne écouter Sleep Token.
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