Le metal chrétien. Une hérésie et vaste fumisterie pour certains mais aussi une manière d’assumer sans complexe sa foi et ses convictions pour d’autres. Et pourtant, un nombre non-négligeable de formations se revendiquent de ce courant particulier et fourre-tout, constitué de collectifs d’horizons très différents (
Rob Rock, Fires of
Babylon,
Theocracy,
Horde,
Vision Divine, Divine
Fire …). Parmi celles-ci le Metalhead lambda, à l’instar de votre serviteur, pourra citer sans hésitation
Metal Church les apôtres du christ les plus connus et les plus respectés par égard à la qualité intrinsèque de leur œuvre musicale pléthorique et dont le propos évite judicieusement le prosélytisme religieux le plus vulgaire. Contrairement au cultissime
Stryper, formation comparable à un rassemblement de super-héros de la Foi aux costumes chatoyants, dont les paroles volontairement outrancières m’évoquent toujours les télévangelistes américains les plus caricaturaux.
Il est intéressant de noter que les USA ont été le plus fertile des terreaux pour ce genre de groupe tant la religion est ancrée au plus profond de cette nation, même si certains états du Commonwealth ont engendré des groupes chrétiens parmi les plus terrifiants tels les australiens de
Horde qui pratiquent un Black
Metal proche de la scène norvégienne des années 90, le discours
Evil en moins mais l’Amour du Christ en plus, ou les prêcheurs de
Paramaecium qui officient dans un
Doom/death de qualité reprenant eux aussi les thèmes religieux chers à leurs convictions. Et pour finir il serait sacrilège d’omettre de citer
Mortification, formation moribonde mais génitrice des premiers méfaits extrêmes à fortes connotations chrétiennes.
C’est donc aux USA que notre pèlerinage musical nous emmène aujourd’hui à la rencontre de POWER une obscure formation chrétienne du New-Jersey, précisément de Manville bourgade connue pour ses fréquentes inondations (ça peut aider de savoir marcher sur l’eau….) et pour avoir accueilli une importante communauté Slave durant son histoire.
POWER se forme donc en 1992 sous l’impulsion messianique de David L. Dalley (guitares, basse et ….guitare synthé) qui convertira le batteur Mike Watt (System Addict) et le vocaliste Alan Tecchio (
Watchtower,
Seven Witches,
Hades).
Le combo ne proposera qu’un seul album (via le label néerlandais Rock The
Nation) en 1996 sobrement intitulé «
Justice of Fire » et enregistré en
1994 au Trax East Studios (
Demolition Hammer,
Symphony X, Dillinger
Escape Plan,
Aborted,
Skid Row, etc etc) sous l’œil bienveillant de Eric Rachel et Steve Evetts.
Loin du heavy/thrash de
Metal Church, POWER propose un…power metal massif, aux rythmiques écrasantes et aux arrangements discrets, mais toujours cohérent dans sa logique musicale, les neuf titres s’enchaînant sans dissonances particulières quoique dans une relative monotonie par endroits.
David L. Dalley en guitariste et compositeur émérite assène ses rythmiques plombées sans faillir et surtout sans déroger au cahier des charges du
Power Shred US, double-pédale à l’appui et soli de guitares en renforts à l’image de «
Hand Over Time» composition à la structure répétitive mais terriblement obsédante, agrémentée de discrètes touches de synthé conférant une aura mystique à l’ensemble. Il est clair que la rythmique et les soli sont les principaux atouts du disque, véritables manifestes d’un professionnel du riffing à l’écoute de «
Rising Son», et ses multiples cassures que viennent aérer les passages de guitare acoustique, ou du titre « The Vision » au riff principal véritablement entêtant.
Le combo distille ses atmosphères au fur et à mesure de l’écoute, happant l’auditeur dans son univers immersif et n’hésitant pas à proposer une plage instrumentale en milieu de tracklist au risque de casser la logique de la démarche. Force est de constater que cette pièce instrumentale de deux minutes « An
Evil Presence » s’écoute avec intérêt, proposant arpèges, cordes et riffs le tout dans une ambiance mystique à souhait et ce en dépit de l’absence de chant.L'exercice est même répété par le biais du titre clôturant l’album, hybride de power-ballade et instrumental aux forts relents malmsteeniens dans son deuxième segment.
Malgré ces bonnes intentions et l’irréprochable exécution de l’ensemble, on ne peut que constater une certaine redondance dans le propos, les plages s’enchaînant parfois avec trop de facilité ne laissant qu’un vague souvenir après écoute. Ainsi les tracks « Firehand » et «
Justice of Fire » - malgré de bonnes idées, des soli assassins et un vocaliste habité (mais à la palette vocale trop limitée à mon goût) – échouent à laisser une trace prégnante dans l’esprit de l’auditeur du fait de structures trop identiques.
C’est une fois de plus la démonstration flagrante d’un potentiel galvaudé par l’emprise totale d’un maître à penser trop présent, ne laissant que peu de latitude à ses compagnons de route et péchant par orgueil. L’indulgence est malgré tout de mise pour un premier album et ses erreurs de jeunesse.
On retiendra donc les rythmiques en acier plombé, les soli plus que maîtrisés et le cachet indéniable suscité par l’aspect chrétien de la chose - même si le chroniqueur n’a aucun sentiment religieux, se vautrant allègrement dans un confortable athéisme – et on conseillera ce «
Justice of Fire « aux amateurs de Fires of
Babylon et ,dans une moindre mesure, Cage.
Amen.
"bourgade connue pour ses fréquentes inondations (ça peut aider de savoir marcher sur l’eau….)". Top 3 des meilleures vannes postées sur SOM!
Et attention aux fans de Slayer en colère Mike, leurs clous fracassent...
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