Jerusalem Slim

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Nom du groupe Jerusalem Slim
Nom de l'album Jerusalem Slim
Type Album
Date de parution 1992
Style MusicalHard Rock
Membres possèdant cet album9

Tracklist

1. Rock' N Roll Degeneration
2. Dead Man
3. Attitude Adjustment
4. Hundred Proof Love
5. Criminal Instinct
6. Lethal Underground
7. Teenage Nervous Breakdown
8. Gotta Get a Hold
9. The World Is Watching
Bonustracks
10. Rock' N Roll Degeneration (Demo version)
11. Teenage Nervous Breakdown (Demo version)

Chronique @ TasteofEternity

09 Janvier 2019

Sabotage, duplicité et petites contrariétés

Bienvenue dans les coulisses du starsystem et du music business, vous pensez que la came et les putes vous attendaient, mettez plutôt vos protections, car ça va sérieusement frapper dans les parties.

Des présentations s’imposent avant d’inviter les fauves dans la cage. Michael Monroe (ex-Hanoi Rocks), légendaire chanteur, multi-instrumentiste, finlandais, et Steve Stevens (ex-Billy Idol, Top Gun Soundtrack, Michael Jackson et Robert Palmer featuring…), génial guitar-hero américain, s’allient pour créer un supergroupe dans la veine de Contraband (USA). Polydor souscrit au projet et ouvre la partie avec 300 000 $$$, tout en incorporant le producteur Michael Wagener à la sauce pour donner un peu plus de poids. De son côté Monroe rapatrie son homme de confiance, Sam Yaffa (ex-Hanoi Rocks et Jetboy), et enfin Greg Ellis (ex-Shark Island) à la frappe. Résumons-nous, il y a le talent, l’argent, et l’expérience pour faire sauter la banque. So what ? Comment un projet qui semblait aller de soi a pu se faire la malle dans la cuvette des chiottes à ce point-là ?

Restons en surface si vous le voulez bien. La pochette détonne clairement avec les habitudes du milieu, certes évocatrice mais pas terrible dans son rendu cette représentation biblique en couleur du combat de Jacob et de l’Ange, sous laquelle nous retrouvons sobrement le nom du groupe, sans autre effet de style. Voilà un parti pris qui soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Prenons le livret, faîtes-vous plaisir, de l’édition européenne ou japonaise, vous trouvez des credits ? Des remerciements ? NON ! On a sur la page de droite les musiciens qui ont joué sur l’album, tout juste le line-up, le producteur, et bien sûr le label. Sur la page de gauche, la photo de groupe qui aurait pu faire office de couverture, puis suivent les paroles et basta. Le livret japonais, apparemment, juxtapose à côté de Jerusalem Slim, un nom d’album, Attitude Adjustment, tiens donc. Passons à la tracklist, la version japonaise est annoncée avec 11 titres dont 2 bonus tracks, donc l’album initialement ne devait présenter que 9 titres. Les deux bonus tracks sont des démos de deux titres déjà présents dans les 9 initiaux. Quant à la version européenne, elle compte non pas 11 titres mais 12, une première, jamais une édition européenne dans les 80’s ou 90’s n’est avantagée par rapport à une édition japonaise, ça fait plaiz’. Donc en sus des 11 titres de la version japonaise, apparaît un petit dernier Scum Lives On. Nous voilà bien avancés avec tout ça… Et la version américaine me direz-vous ? Elle n’existe pas, cet album n’a pas été distribué aux States. What The Fuck ?


Gratte un peu le vernis qui s’écaille en surface, et tu verras apparaître le véritable visage de ce projet. Depuis son arrivée sur le sol américain, Michael Monroe essaie de relancer sa carrière mais rien y fait, malgré un deuxième album Not Fakin’It qui tient la route sans être révolutionnaire, il a du mal à sentir le vent venir, et reste sur ses fondamentaux, son héritage punk/rock, il n’en démord et n’en démordra jamais. Steve Stevens n’est pas qu’un mercenaire talentueux, il a composé et accompagné Billy Idol de nombreuses années et a décidé de voler de ses propres ailes. Tout ce qu’il touche ses derniers temps a tendance à se changer en or, mais lui aussi ne connaît qu’un succès d’estime avec Atomic Playboys, et souhaite frapper un grand coup, dans la perspective de s’imposer et s’installer une bonne fois. Il joue du rock, virtuose incontestable de la six cordes, ses racines sont à chercher du côté du blues et du flamenco, pour lui Michael Monroe ne pose pas de problème, ayant travaillé avec Billy Idol, il pense savoir à quoi s’attendre. Et tout se passe à merveille lors des répétitions, et de l’enregistrement des démos. Tout le monde est sur la même longueur d’onde, ce que Sam Yaffa résume ainsi “No frills, back to the basics, simple rock n’ roll album”. Jusque-là le label ne s’est pas immiscé dans l’affaire, jusque-là Michael Monroe tient les rênes du projet, jusque-là Jerusalem Slim (nom trouvé par Sam Yaffa aux détours de quelques lectures “spirituelles”, issu de l’argot d’Harlem des 70’s, signifiant Jésus Christ) est un projet qui va tout écraser.

Pourtant à l’écoute de cet album, le constat s’impose de lui-même, l’alchimie n’a pas lieu. On se retrouve avec un album racoleur, qui fait la part belle au Steve Stevens Circus qui claque du solo à l’excès, plus démonstratif que jamais, les mélodies ne s’accordant plus avec les harmonies vocales de Michael Monroe. Elles se juxtaposent tout au plus créant un décalage perceptible et dérangeant. Chacun sur sa parallèle, se frôlant sans jamais se toucher, les deux stars se font la nique chacun sur son terrain. Décidant de ne pas céder d’un pouce, l’un éclabousse de sa virtuosité technique chaque parcelle qui lui est laissée, alors que l’autre brille par une sobriété sans pareille faisant ressortir son héritage punk à travers son timbre rocailleux. Et même lorsque Michael Monroe empoigne son harmonica, en intro de 100 proof, et son sax sur Attitude Adjustment, on assiste à un passage de témoin maladroit, dépourvu de fluidité et de liant, pour finir par une incrustation sans réel bénéfice. Quel dommage car le blues aurait pu sceller une belle complicité ! Le déséquilibre est flagrant, le résultat cinglant, Steve passe pour un branleur de manche compulsif, et Michael pour un chanteur effacé, à la performance sans âme. Comment se court-circuiter mutuellement en deux leçons ! Pourtant il ne s’agit pas d’une banale rivalité, mais d’un véritable sabotage. La bataille se joue à distance et est orchestrée de façon bien maladroite par un homme de main peu habile en matière de management à la solde d’un label putassier.

Le choix du producteur allemand Michael Wagener a fait grincer des dents côté Michael Monroe qui s’est échiné à proposer et vanter les services de son ami Little Steven (Bruce Springsteen, Peter Gabriel, Demolition 23…). Polydor a tranché en faveur de Michael Wagener, qui a une sérieuse carte de visite, Raven, Alice Cooper et Skid Row ne sont que quelques –uns des groupes qui lui doivent beaucoup. L’homme est connu pour apporter un côté Heavy à ses productions qui contrastent fortement avec les mode FM, AOR, melodic, hair metal qui saturent le marché et finissent par s’essouffler. La consigne est donnée de muscler la production pour faire de Jerusalem Slim une sucrerie légèrement acidulée adaptée au grand public. Wagener est emmerdé, s’il sait s’y prendre pour faire sonner un album, la gestion des rapports humains n’est pas sa spécialité. D’où la mise en place d’une tactique millénaire, diviser pour mieux régner, ou mieux encore diviser pour produire selon les attentes du maître Polydor. C’est ici comme un fait exprès que les versions divergent… La version de Steve Stevens explique que Michael Monroe a assisté à toutes ses sessions d’enregistrement et qu’il n’avait qu’à intervenir et il aurait repris ses parties quelles qu’elles soient. Celle de Michael Monroe est bien différente. Il décide de vouloir terminer ses prises dans le Wisconsin, plutôt qu’à Los AngelesSteve Stevens et Michael Wagener sont partis pour enregistrer les guitares. Ce qui devait se résumer à une voire deux semaines d’enregistrement se solda par près de 3 mois de prises de son et de réécriture des morceaux à Los Angeles. Le résultat qui apparaît au mixage rend fou Michael Monroe qui, ne déviant pas d’un poil de sa parole originelle, demande à tout reprendre à zéro. Il aurait eu le consentement de Steve Stevens et Michael Wagener. Le temps d’annoncer la bonne nouvelle à Polydor, Steve Stevens file à l’anglaise pour poser ses valises chez Vince Neil, alors camé jusqu’à l’os et bourré comme un coing, vautré sur son sofa comme la plus stakhanoviste des loutres, là au moins il ne risquait pas de faire un carnage. Ding dong, qui c'est ? C’est Tonton Stevie qui revient avec tout plein de cadeaux, dont un album tout frais et préparé pour mon petit Vinçounet… Et c’est là que je crie à la haine et au génie.

La haine pour Michael Monroe, évidemment elle ne peut que se comprendre. Il se sent trahi pendant l’enregistrement, puis essaie de rattraper le projet, se retourne et se retrouve sans guitariste, avec une grosse merde sur les bras, et un producteur aux ordres, comme il le dira lui-même. Mais alors découvrir la disparition de Steve Stevens, parti l’album sous le bras (remember no credits dans le livret) se réfugier auprès de Vince Neil (ex-Möstly Crüde), difficile de faire pire. Le passif entre Hanoi Rocks et Vince Neil Wharton de son vrai nom est incommensurable. Pour mémoire, ce dernier est le premier responsable de la descente aux enfers de Michael Monroe, en tuant le 8 décembre 1984, le batteur d’Hanoi Rocks, Razzle as Nicholas Dingley dans un accident de voiture conduite par Vince Neil en état d’ébriété, avec deux autres blessés grave à la clef. La sentence a été unilatérale, les membres dévastés d’Hanoi Rocks splittèrent, et Vince Neil, grâce au starsystem et surtout son manager Doc McGhee, ne passa qu’une dizaine de nuits en prison sur les 30 prévues, libéré par anticipation pour bonne conduite. Le reste du jugement, c’est 2,6 millions d’amende répartis entre les 3 victimes, 200 heures de travaux d’intérêt général et 5 ans de mise à l’épreuve. L’accord initial ne prévoyait même pas de peine de prison. Je suis injuste Theater of Pain est dédicacé à la mémoire Razzle, ouf l’honneur est sauf.

Pour Michael Monroe, à partir de ce moment-là, l’objectif est clair : empêcher la sortie de l’album de Jerusalem Slim par tous les moyens. Et quand Polydor fait main basse sur ce qu’il pense être le Master, il se retrouve avec un puzzle loin des attentes et surtout des moyens investis. Mais Michael Monroe est Jerusalem Slim, et reste sous contrat avec le label, qui va organiser fin 1992 une tournée promotionnelle au Japon. Il remonte un groupe pour l’occasion en faisant appel à un vieux frère de galère Nasty Suicide (ex-Hanoi Rocks) et Phil Grande (ex-Joe Cocker, Blue Öyster Cult, Scandal…) pour les guitares, et Thommy Price (Joan Jett, Billy Idol…) derrière les fûts. Bien évidemment il ne fallut pas longtemps pour que cette tournée soit rebaptisée Anti-promotionnal Tour, aucun des titres de l’album de Jerusalem Slim ne fut joué sur scène et tout le long du marathon d’interviews et de rencontres avec les fans, Michael Monroe se fit un plaisir de descendre l’album en flammes en recommandant expressément que ces derniers n’investissent pas dans cette bouse.

J’en finirai avec le génie de Steeee… perdu… de Zazpanzer. Le génie ne s’arrête pas au fait de donner ses propres règles à l’art comme nous l’explique Kant, mais bien de rester brillant dans sa propre ignorance comme nous l’enseigne Zaz : “Et concernant cet album pourtant génial, j'étais sur les fesses d'apprendre dans "The Dirt" qu'il a été enregistré sans aucune conviction et dans un je-m'en-foutisme total, parce qu'il fallait bien faire quelque chose entre deux cuites pour ne pas tomber dans l'oubli... Quand on voit le résultat, ça paraît surréaliste.” (12 novembre 2011, extrait de commentaire posté sur la chronique de l’album Exposed de Vince Neil) La magie n’existe pas, et le talent ne suffit pas à lui seul à tout justifier les yeux remplis d’étoiles, seul le travail explique le résultat final sur Exposed, le travail, le business, et un esprit d’équipe interchangeable. Maintenant quand vous écouterez Exposed, prenez le temps de reprendre Jerusalem Slim, dès la première note jouée, en passant par les soli aux sonorités de pistolet pour enfant, une étrange impression se dessinera dans votre esprit de déjà entendu.

Michael Monroe, quant à lui, secondé par Sam Yaffa, montera Demolition 23, et sortira l’album souhaité à l’origine du projet Jerusalem Slim, produit cette fois par Little Steven, que demande le peuple ?!

A travers cette expérience, c’est un choc des cultures qui se dessine : aux états-unis, tu as des “partners” et des “deals”, les partners sont remplaçables et les deals évoluent. Alors que Michael Monroe se fait un point d’honneur à respecter sa parole, Steve Stevens s’attache à celle de celui qui investit, et se fie également à son propre travail. Deux points de vue, deux visions du monde, un clash des titans. Finalement Jerusalem Slim se révèle être un projet foiré, ayant coûté la bagatelle de 700 000 $$$ (album+promo+tournée) à Polydor qui déboucha sur 2 excellents albums.

That’s all folks !

3 Commentaires

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adrien86fr - 09 Janvier 2019:

Récit passionnant ! Le business à l'américaine.. Les coulisses des agrégats de rock stars sont rarement synonymes de belles aventures humaines. Il semblerait qu'à l'aube des 90's, les deux stratégies des magnats du genre pour sauver le hard US étaient les supergroupes et la défiscalisation via la production de ces nombreux one shot éponymes notamment sur Atlantic Records, l'une contribuant à financer les autres.. Tu possèdes les versions européennes et japonaises de l'album, ça je l'ai bien compris, mais en combien d'exemplaires chacune ? ;)

samolice - 09 Janvier 2019:

Super intéressant Arth', merci!

Une demande de précisions si tu me le permets : que veux tu dire exactement quand tu évoques le fait que Stevens s'est tiré avec l'album sous le bras? Je pige pas. On est bien d'accord que les compos de ce disque n'ont rien à voir avec celles du "Exposed" de Neil non? 

Et puisque tu cites le com' de Zaz, je me permets de m'auto-citer car j'ai trouvé énorme que tu écrives : "On se retrouve avec un album racoleur, qui fait la part belle au Steve Stevens Circus qui claque du solo à l’excès, plus démonstratif que jamais, les mélodies ne s’accordant plus avec les harmonies vocales de Michael Monroe. Elles se juxtaposent tout au plus créant un décalage perceptible et dérangeant. Chacun sur sa parallèle, se frôlant sans jamais se toucher, les deux stars se font la nique chacun sur son terrain. "

C'est exactement ce que je ressens à l'écoute du skeud de Neil! Voici mon com' de 2013 sous la chro. Tout pareil que toi pour celui-ci, en moins bien écrit de ma part!

21 novembre 2013. 

"J'ai attendu très longtemps pour le prendre, presque 20 ans en fait, et j'ai eu tort. Très sympa. Mais également très surprenant! J'ai un peu l'impression à l'écoute d'un disque atteint d'un dédoublement de la personnalité, celles de Vince Neil ET de Steve Stevens. Comme si Vince avait enregistré ses lignes de chant, s'était ensuite barré du studio, et que l'on avait dit à Stevens : " ok maintenant tu fais ce que tu veux, on te laisse, appelle nous quand tu as fini". Et il ne s'est pas privé!"

Sinon, sur le disque lui même, je te trouve un peu sévère car perso je ne le trouve pas si raté que ça, loin de là. Maintenant, je dois aussi dire que je le connais relativement mal car je ne l'ai pas en format physique, juste quelques écoutes via mp3.

TasteofEternity - 13 Janvier 2019:

Merci d'avoir pris le temps de lire, et de commenter les gars.

Alors combien d'exemplaires de chaque édition ? Malheureusement qu'un seul, là je me sens mal, tu mets le doigt sur une limite criante Adrien ;) Toutefois, je vais recevoir un bootleg comprenant les démos, après l'avoir écouté je reviendrai poster mes impressions ici.

Mon cher Sam', la question que tu poses est des plus pertinente, car il est vrai qu'on peut avoir l'impression que je flirte avec l'idée de plagiat entre Jerusalem Slim et Exposed, ce qui n'est pas le cas exactement. Non c'est bien plus vicieux que cela en fait, j'accuse Steve Stevens d'avoir découvert ou adopté une méthode de construction des morceaux et de l'avoir transféré avec un gars qui lui poserait aucun problème, en choisissant Vince Neil, alors en mode épave, il ne prend aucun risque quant à la contestation de ses envies. Exposed déborde encore plus que Jerusalem Slim de ses attaques, soli, et intro, toutes influences confondues, mais le fait que Vince pousse sa voix pour faire face à l'hystérie de Steve Stevens passe beaucoup mieux qu'avec Michael Monroe qui a préféré ne pas se lancer dans un concours d'ego. Mais j'arrive à la même conclusion que toi en définitive, aucune osmose de groupe dans l'un comme dans l'autre projet mais des talents qui se superposent.

Le pire c'est que ce que dit Vince Neil dans The Dirt est je pense la stricte vérité dans la manière dont il conçoit Exposed, il l'a enregistré entre deux cuites pendant que Steve Stevens se déchaînait en studio persuadé d'avoir enfin la formule gagnante.

Enfin Sam', le fait de s'auto-citer est tout simplement terrible, la preuve que la personne prend le temps de se relire, et garde une constance dans ses impressions, pour moi c'est la marque des grands, pas comme Zaz qui découvrira cette chronique après ma mort, on en se refait pas, Tocard Forever !!!! 

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