Fruit parmi les meilleurs de la nouvelle scène norvégienne de Black
Metal, le duo DODSENGEL a très vite évolué vers un style de Black Orthodoxe. Car cette nouvelle scène norvégienne, constituée de noms comme MARE ou DARK SONORITY, se consacre au Black Orthodoxe avant tout. DODSENGEL sortira, quant à lui, d'abord un album plus traditionnel en 2009 pour ensuite se consacrer lui aussi au Black Orthodoxe à partir de son deuxième album,
Mirium Occultum, sorti en 2010. Et à la suite de l'opus
Imperator, long de deux heures et demi et paru en
2012, le groupe se lancera dans une série de splits dont un avec NIGHTBRINGER puis un autre avec HETROERTZEN, deux autres très grands noms du Black Orthodoxe occulte. Ces deux splits permettront à DODSENGEL de mieux se faire remarquer des foules. Mais en plus de s'exposer à un public légèrement plus large, DODSENGEL optera, pour l'occasion, pour un son plus propre. Le groupe est désormais fin prêt pour nous sortir son quatrième full length en cette année 2017. Il se nomme
Interequinox et paraît via le label Debemur Morti.
A partir de "Pangenetor", on aura droit à un son similaire aux splits. Il sonne ainsi plus propre que sur les albums précédents. Et c'est également sur ce premier titre qu'on retrouvera la palette vocale tellement étendue et polyvalente du vocaliste Kark qui fait tant le charme du groupe. Dès les premières intonations, on sait qu'on aura affaire à quelque chose d'incantatoire. Nous sommes plus proches d'un instrument de musique que de chants normaux. Pour la guitare, maniée par le même Kark, cette dernière se vêtira d'effets divers et variés. Ces effets donneront parfois une touche carrément romantique à la musique du groupe, particulière à ce dernier depuis les splits précédents. Mais ce sera surtout à partir de "Prince of
Ashes" que les guitares montreront de quoi elles sont capables. En duo avec la voix de schizophrène utilisée à toutes les sauces, ça donne un rendu proche du côté théâtral de leurs compatriotes d'ARCTURUS. Malach Adonal, le batteur, bat la mesure avec un groove intéressant et varié. Son jeu n'est pas aussi varié que le chant, mais tout de même. La basse est particulièrement audible ce qui mérite d'être souligné pour du Black
Metal. Mieux encore, elle sait toujours se faire présente.
Pour ce qui est de l'atmosphère, nous avons droit à quelque chose d'assez unique. Nous sommes ici dirigés vers le ciel et non pas vers notre planète terre. Nous allons vers les traditions occultes, ésotériques même, de l'astrologie des temps anciens. Rien que la contemplation de cette pochette d'album peut nous perdre avec ses innombrables détails. À l'intérieur de la pochette, pas de livret mais toujours ces symboles indéfinissables et ses branches d'arbres, de poumons ou autres, qui se perdent à travers le visuel. Nous sommes ailleurs, et pas seulement au niveau du visuel. Nous sommes également ailleurs au niveau de la musique jouée.
Malgré les nouveautés, on reste dans du Black Orthodoxe pur. Mais comment ça se fait me demandera-t-on ? La thématique autour des sciences occultes reste propre à ce style. On ne retrouve pas, musicalement, la même brutalité intense de FUNERAL MIST, ANTAEUS ou BESTIA ARCANA. On n'y retrouve pas non plus la dissonance violente psychologiquement de DEATHSPELL OMEGA, AOSOTH ou NIGHTBRINGER. Et je ne parle même pas de titres, uniquement en chant clair, comme "
Emerald Earth" et "Rubedo". Cependant, ce sont les deux seuls titres ainsi et il n'y en a pas d'autre. Pour le reste, nous avons du DODSENGEL sous son meilleur jour. C'est un bon Black Orthodoxe romantique et théâtral, désormais plus facile d'accès, c'est certain, mais ça reste dans le style.
"Opaque" est un morceau qui commencera en trombe. Un peu comme "Vaerens Korsvei". Mais je le préfère davantage parce qu'il possède, sur sa première partie, un riff que j'apprécie particulièrement. Il nous remplit la tête d'images célestes flirtant avec la science fiction et l'occulte. En faisant suite à "
Emerald Earth", un des deux titres « calmes » de l'album, il détonne encore plus ainsi. Mais "Opaque", c'est aussi une deuxième partie qui monte en puissance, notamment grâce à ces vocaux de fou à lier. Et enfin vient la troisième partie, illuminée par des chœurs et les incantations narrées de Kark. On repart ensuite vers une nouvelle montée en puissance, se terminant par l'ajout d'une deuxième guitare en lead, histoire de rendre le titre encore plus intense.
En réalité, le moins bon de l'album, c'est son début. Les quatre premiers titres, s'ils sont loin d'être mauvais, sont en-dessous de tout ce qui suit. Et dans le rayon des défauts, pour ceux qui préféraient DODSENGEL pour
Mirium Occultum ou même
Imperator, le son peut sembler trop propre, voire trop calme, pour du DODSENGEL. Mais ce serait, pour moi, de la mauvaise foi de juger l'évolution du groupe seulement de ce point de vue là. Car c'est l'évolution logique du groupe, s'affranchissant du Black
Metal trop cloisonné. Ainsi, on entendra défiler le tragique "Illusions", se terminant par des pleurs, le solennel "Palindrome" et "Ved Alltings
Ende" avec toujours autant de plaisir et d'impression que le titre suivant cherche à surpasser le précédent. "Opaque" reste un sommet parmi la tracklist, mais on aura tout de même cette impression sur le milieu de l'album.
Dans les chansons uniquement conçues en chants clairs, "Rubedo" me parle davantage qu'"
Emerald Earth". Son début est magnifique. Mais d'abord, "Rubedo" vous offrira un chant clair proche du Heavy
Metal d'un MERCYFUL FATE ou du Black Avantgardiste d'un ARCTURUS, encore une fois. Vous baignerez, durant ces sept minutes de bonheur, au sein d'un cosmos planant, aux limites du psychédélique. Et comme dans le style psychédélique, "Rubedo" se fondra vers un final des plus planants, cosmiques et donc aériens. Ces riffs de guitares, quant à eux, se montreront d'une mélancolie palpable. Écoutez ce titre au moins une fois dans de bonnes conditions et vous ne le regretterez pas, faites-moi confiance.
Pas grand chose à reprocher à
Interequinox au final. Il s'agit d'un très bon retour d'un groupe que les connaisseurs attendaient au tournant. Car DODSENGEL a évolué. DODSENGEL a changé. Mais ils ont désormais trouvé leur style, un style bien à eux. Ainsi, entre romantisme noir, théâtralité, ésotérisme, occultisme et astrologie, leur univers vient de se manifester à nous en cette année 2017. Vous écoutez du
Metal Extrême seulement pour la brutalité et la violence absolue ? Passez votre chemin. Par contre, à tous les amateurs de Black Orthodoxe, de Black Avantgardiste et de curiosité musicale en générale, je conseille chaudement cet
Interequinox. Et je le conseillerai même à ceux qui n'ont pas l'habitude du
Metal Extrême ! Un régal au point d'en pleurer.
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