Insomnio

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17/20
Nom du groupe Hamlet
Nom de l'album Insomnio
Type Album
Date de parution 1998
Labels Zero Records
Produit par Colin Richardson
Enregistré à Chapel Studios
Style MusicalNéo Metal
Membres possèdant cet album10

Tracklist

1. Tortura-Visión 03:27
2. Tu Medicina 04:20
3. Dementes Cobardes 03:12
4. Quién Cree Que Raquel se Suicidó 02:34
5. 1998 04:24
6. Antes y Después 05:14
7. Muérdesela 03:36
8. Dónde Duermo Hoy 03:35
9. Mal 03:21
10. Tan Simple Como Decir No 02:48
11. Lacabra 02:48
12. Odio 03:41
Total playing time 41:11

Chronique @ Game_system

17 Janvier 2021

L’Espagne a eu son mot à dire dans la scène néo-metal

Hamlet est un groupe espagnol, formé à Madrid en 1987. Il est composé à son origine de J. Molly au chant, Luis Tárraga à la guitare, Daniel Tendero à la guitare, Javier Rocaberti à la basse ainsi que Javier Gómez à la batterie. Seuls le chanteur J. Molly et le guitariste Luis Tárraga resteront des membres permanents jusqu’à aujourd’hui, le groupe ayant connu moult changements de membres.

Le nom du groupe peut paraître très curieux pour une formation espagnole, faisant directement référence à la célèbre œuvre littéraire de l’écrivain anglais William Shakespeare, et pourtant, la raison du choix d’un nom pareil est très futile. Lors des premières auditions pour trouver un batteur à l’époque de la formation du groupe, alors qu’il n’avait pas encore de nom, une des personnes auditionnées, afin de patienter son tour, a eu la bonne idée de lire l’œuvre de Shakespeare, Hamlet. Ce détail a beaucoup amusé les membres fondateurs, qui ont décidé d’un coup de tête de nommer leur groupe à l'image de celui de l’œuvre anglaise. Certaines formations ont vraiment parfois des inspirations pour leur nom de groupe assez douteuses.

Leurs deux premiers albums sont sortis en 1992 ("Peligroso", soit « dangereux » en français) et en 1994 ("Sanatorio de Muñecos", soit « sanatorium de poupées »), et montrent le groupe d’abord évoluer dans un registre hard rock pour le premier, puis hardcore pour le second. La principale particularité de Hamlet à la lumière de ces albums est que toutes les chansons sont exclusivement chantées en espagnol, abordant chacune divers sujets propres à la société et à la politique espagnole. Mais le basculement majeur de la carrière de Hamlet survient en 1995, avec la sortie de leur troisième album, "Revolución 12.111". Cet album voit la formation évoluer vers un metal plus moderne, plus massif et surtout mieux produit, en incluant des éléments de groove metal, de hardcore mais également de néo-metal, quoique discrets, rencontrant de ce fait un important succès sur le territoire national. Certaines chansons de cet album, comme « J.F. » ou « Egoismo », ont trouvé un certain écho dans la scène, au point de devenir par la suite des classiques de la formation. C’est donc pour donner suite à un premier véritable succès que Hamlet se lance dans la conception d’un quatrième album, dans l’espoir d’accroître sa notoriété dans le pays. "Insomnio" sort en 1998, et le pari sera plutôt réussi.

Pour la production d’"Insomnio", de grands moyens ont été déployés, puisque c’est Colin Richardson en personne qui en a été chargé. Un prestigieux producteur anglais, qui a produit certains des albums qui ont le plus marqué la scène metal dans les années 90, tels que "Burn My Eyes" de Machine Head ou encore "Demanufacture" de Fear Factory. Excusez du peu. Nos cinq Espagnols se sont donc enfermés dans un studio d’enregistrement au fin fond de l’Angleterre, dans les locaux de The Chapel, pour enregistrer leur nouvel album. Au moment d’enregistrer "Insomnio", Hamlet était composé, en plus des incontournables J. Molly et Luis Tárraga, de Pedro Sánchez à la guitare rythmique (à ne pas confondre avec l’homme politique du parti socialiste), Augusto Hernández à la basse ainsi que Paco Sánchez à la batterie (oui, un autre Sánchez c’est marrant ça).

"Insomnio" (« insomnie » en français, mais ça je crois que vous l’aviez déjà deviné) démarre avec un certain « Tortura-Visión ». La chanson débute avec un riff puissant bien mis en avant grâce au travail de production, suivi par un bref solo de basse au groove bien présent. Le chanteur pose son chant de manière d’abord discrète, avant de monter d’un cran et montrer des vocaux plus agressifs. Mais après, il montre un développement inédit dans sa manière d’utiliser sa voix : le chant, bien plus développé qu’auparavant. Tout au long de la chanson, les riffs, souvent saccadés, et les vocaux alternant chant et hurlements se succèdent avec une énergie qui ne baisse jamais. Vous l’aurez peut-être compris, la formation madrilène a entamé avec cet album un nouveau cap vers le néo-metal, genre très en vogue à l’époque. Cette première chanson montre un certain degré d’efficacité, et donne une bonne vision de la nouvelle direction prise.

La particularité de cet album par rapport aux autres productions de néo, en plus du fait que les paroles soient exclusivement chantées en espagnol, est la forte présence d’influences hardcore dans les compositions, héritage de leurs origines musicales. « Quien Cree Que Raquel Se Suicidó ? », par exemple, n’est qu’une succession de riffs directement issus du milieu hardcore, épuré par une qualité de son néo-metal ; ou encore « Lacabra » qui est en réalité une chanson carrément hardcore dans sa totalité, que ce soit dans ses riffs, ses rythmiques ou ses vocaux. L’album joue entre ces deux genres, et il faut dire que la présence des éléments hardcore apporte une touche personnelle à cet album ainsi qu’une dose d’efficacité indéniable. Preuves en sont le terrible et hargneux « Muérdesela » aux riffs et vocaux à nous donner envie de casser tous nos meubles, le puissant « Odio » qui clôture l’album avec une grand dose de colère et d’énergie, ou encore « Dementes Cobardes » avec son refrain très entêtant.

Et c’est en même temps le problème de cet album. Si Hamlet a trouvé une formule efficace et personnelle pour "Insomnio", il faut dire que la même formule a tendance à se répéter tout au long de l’album. La plupart des chansons commencent toujours par un riff d’ouverture joué seul, et qui servira de base pour la construction de la chanson, rapidement suivi par la section rythmique, avant de laisser place aux vocaux de J. Molly qui débutent les couplets afin de suivre une structure de chanson classique couplets/refrains. Tout au long de la chanson seront assénés une succession de riffs néo et/ou hardcore, et un chant oscillant entre l’agressif et le mélodique. Si cette structure permet d’offrir des chansons efficaces comme celles citées un peu plus haut, elle peut avoir tendance à lasser et à enlever toute forme de surprise à terme.

Heureusement, le groupe semble avoir eu conscience de cela et essaye de varier parfois un peu le jeu, en proposant des chansons aux structures différentes. « Antes y Después », par exemple, est beaucoup plus mélodique que le reste et propose des riffs plus aérés et moins agressifs, accompagnés par un chant plus doux venu accompagner le côté atmosphérique des riffs. Cette chanson fait beaucoup penser au merveilleux « Be Quiet and Drive » de Deftones, dont la formation espagnole s’est probablement inspirée, et bon leur en valu, vu le résultat ; « 1998 » va plus loin en offrant des compos plus fouillées qui s’étendent sur une durée de chanson supérieure au reste ; ou bien encore « Mal » qui présente un côté « progressif » avec un efficace pont soudainement calme qui remonte peu à peu en puissance pour repartir sur l’énergie du début. « Tu Medicina » est celle qui se démarque le plus musicalement du reste, elle est la seule à présenter des influences hip-hop, J. Molly balançant un flow derrière une basse aux rythmes prononcés, avant de terminer la chanson en une explosion de violence.

Les sujets abordés dans les paroles tournent autour des problèmes de la société espagnole, particulièrement madrilène, d’où sont originaires les membres du groupe. On y parle d’une jeunesse paumée et perdue (« Dementes Cobardes »), de dépendance à la drogue (« Tu Medicina »), de la violence des quartiers (« Muérdesela », « Odio ») ou encore des inégalités entres classes sociales (« Donde Duermo Hoy »). Le fait que les paroles soient chantées en espagnol donne un cachet particulier au résultat mais aussi une authenticité quant aux sujets abordés, d’autant plus que des termes colloquiaux sont parfois utilisés dans les textes. Inutile de préciser que l’on est complètement plongé dans l’ambiance des quartiers populaires de Madrid. Il arrive que des chansons explorent des sujets différents, comme « Tortura-Visión » qui parle du contenu de la télévision et son influence dans la société, ou « Antes y Después » qui porte semble-t-il sur la confiance en soi.

En résulte donc ce qui sera l’album le plus charnière de la carrière de Hamlet. L’ensemble est très agréable à écouter grâce notamment à la production de qualité menée par Colin Richardson ; tout est clair mais, en même temps, il en ressort une forte puissance dans le son. Les riffs sont à nous faire vibrer les cervicales, la voix du chanteur est destructrice dans ses hurlements et son chant bien exécuté, les thèmes abordés et la langue utilisée pour les paroles tranchent avec le reste de la scène et nous transportent dans une autre culture, un autre univers. Il aurait été peut-être plus judicieux de proposer des compos et des structures plus variées afin de ne pas ressentir une certaine monotonie lors de l’écoute.

"Insomnio" a été un franc succès sur le territoire national, il a eu une importante visibilité grâce au soutien des médias qui voyaient en Hamlet peut-être enfin la réponse espagnole à la vague metal de l’époque qui ne cessait de hisser au rang de succès planétaire moult formations quasi uniquement américaines. La plupart des chansons de cette œuvre sont considérées comme des classiques de la formation, devenant des incontournables lors des tournées et des festivals, et ce, même encore aujourd’hui. Un album qui va faire date dans la scène espagnole, et propulser Hamlet comme le fleuron de celle-ci. Par ailleurs, l’album s’est si bien vendu qu’il est entré à l’époque dans le top 50 des meilleures ventes de disques en Espagne. Il ne lui manquait qu’une reconnaissance à l’international, mais bon, que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir d’un seul coup. L’Espagne a eu son mot à dire dans la scène néo-metal.

Preuve en est du succès de l’album, Hamlet décidera deux ans plus tard de continuer sur cette voie néo-metal en sortant un nouvel album dans la même veine musicale, mais en proposant quelque chose de différent niveau ambiance et textes, et en faisant appel au même producteur. Vamos amigos, hala Madrid !

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