Ordalie est un trio de black originaire de Grenoble formé en 2011 par deux membres d’
Aldaaron, Ioldar (chant, guitare) et Morkk (batterie) épaulés par Modii à la basse. Leur première démo autoproduite,
Mass of Perdition, sort en 2015, et sera rééditée sous forme d’album par
Paragon Records en 2023, s’inscrivant parfaitement dans cette mouvance de black français très froide, clinique et dissonante, à la fois brutale et atmosphérique.
Pour ce deuxième véritable opus, Ordalie s’est mué en one-man-band puisque Ioldar est désormais seul aux commandes. On reconnaît bien le style du groupe, même si l’esthétique, la thématique et, logiquement, la musique, ont pas mal évolué :
Indifferent Universe représente de l’aveu de l’artiste « son exploration personnelle de l’inconnu cosmique et espère résonner chez tous eux qui cherchent une expérience musicale transcendantale ». Durant 36 minutes donc, ces sept pistes vont nous perdre dans l’infini glacial du cosmos, à la recherche des réponses aux questions existentielles que tout un chacun se pose.
La musique dégage cette aura très froide et mécanique, aussi attirante que repoussante car à des années-lumière de la pulsation vitale qui anime chaque être. A l’écoute de ce nouvel opus, on se sent complètement noyé Dans Ce Néant Glacial, comme submergé par l’appel du vide et notre propre insignifiance. De toutes façons, l’album nous le dit de manière explicite : l’Homme n’est absolument rien, sa volonté d’exister et les cris désespérés de son égo se perdent dans l’immensité noire d’un univers indifférent qui voit des pans entiers de galaxie se faire et se défaire depuis des milliards d’année.
Cette angoisse est bien rendue par le riffing dissonant à la beauté figée, comme inaccessible, ainsi que le martelage froid et impitoyable de la boite à rythmes, parfois totalement inhumain (Pillars of
Creation dont certains passages sont très proches d’un
Darkspace, avec ces attaques supersoniques, ces hurlements extraterrestres et cette violence implacable). L’art sonore du Français est déchiré entre élans de furie destructrice inéluctable et accalmies sereines, avec ces mélodies lointaines et impalpables qui flottent, comme une sorte de lent ballet cosmique, l’ensemble baignant dans ces sonorités ambiant et spatiales qui donnent corps à la musique.
Les riffs peuvent se faire assez complexes et exigeants pour le style (Where Time
And Space Part Ways), mais le tout s’écoule de manière toujours fluide grâce à un travail mélodique admirable, même si
Quasar est plus chaotique, agité de spasmes sporadiques d’une intensité inouïe avec ces guitares tournoyantes et sifflantes à nous donner la nausée, comme l’accouchement de milliards de monstres géants de glace, de poussière et de pierre dans le silence assourdissant du vide intersidéral.
Pourtant, au milieu de cette tourmente, on a tout le temps de réfléchir et, submergé par l’absurdité du Rien, de se plonger paradoxalement dans notre propre abysse (le lent et solennel An
Epitaph for
Reason, presque mystique, qui invite à l’introspection avec ces chants religieux, l’outro
Void Meditation, qui porte bien son nom) et c’est finalement rasséréné et plus fort que l’on sort de l’écoute d’
Indifferent Universe, comme transcendé. Une belle expérience musicale, qui mêle habilement black cosmique et black orthodoxe à la française, à recommander chaleureusement à tous les amateurs de
Darkspace,
Otargos,
Aosoth ou VI.
Dans ce cosmos froid et indifférent, nous errons,
Les étoiles nous observent, les dieux nous dévorent,
Une épitaphe pour la raison,
Dans l'univers vaste, une sombre révélation.
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