Modèle de la scène australienne,
In Hearts Wake n’a certes pas la pointure d’un
Parkway Drive ou d’un
Make Them Suffer mais peut se vanter d’une aussi belle longévité et d’une grande discographie. A l’approche de sa vingtaine d’années d’existence et de sept albums, le quintet a su prouver qu’il était capable de s’extraire de l’immense masse de formations de metalcore par-delà des thématiques uniques ainsi que des inspirations musicales diverses et variées.
Le groupe est régulièrement inscrit comme l’initiateur de l’earthcore à savoir un metalcore qui évoque, à l’instar d’un
Gojira, de sujets écologiques. Les intitulés de certains morceaux nous révèlent cette importance à Mère Nature comme
Gaia, Wildflower, Elemental ou encore Winterfell. Les pochettes sont également là pour nous rappeler combien l’environnement est une philosophie importante pour nos Australiens : le cerf de
Divination, la cascade d’
Earthwalker ou les éléments (l’eau, l’air, le feu, la terre) de
Skydancer.
Le collectif nous invite dans un metalcore mélodique plutôt conventionnel, avec un témoignage de screaming par le biais de son frontman Jake Taylor et de chant clair avec son bassiste Kyle Erich. Mais là où le combo possède une longueur d’avance provient de curiosités intrigantes piochées dans le post-rock, l’atmosphérique ou le contemporain. Ces singularités ont pleinement été exposées sur
Earthwalker et
Divination, les deux œuvres qui demeurent les meilleures productions de nos Australiens.
Depuis, les temps ont malheureusement bien changé avec le départ du fameux basiste, un passage dans le « easy listening » de l’alternatif sur le dernier opus
Kaliyuga et une âme qui semble s’être totalement volatilisée. Ce n’était sans compter le huitième ouvrage de nos musiciens nommé
Incarnation. Présenté comme la suite de l’opus
Divination sorti douze ans auparavant, nos artistes nous interpellent par leur approche du jeu de tarot Major
Arcana où le nom des cartes est écrit à l’envers dans le nom de chaque composition.
Avec cette nouvelle parution,
In Hearts Wake semble revenir à ses sonorités d’antan le tout couplé d’une doctrine moderne. Dès le morceau d’ouverture Spitting
Nails (ǝunʇɹoɟ ɟo lǝǝɥʍ), nous sommes immédiatement immergés dans un riffing certes rudimentaire mais effréné et catchy. Le chant crié n’est guère plus surprenant mais il est dans cette même volonté de dynamisme et de véhémence.
Notre troupe amène un peu plus de fantaisie avec des composantes électroniques amenées par touches astucieuses, sans dénaturer l’aspect métallique de la mélodie. On observe également une formation qui ne tombe pas dans le cliché avec une transition qui s'apparente en premier lieu à un breakdown et qui bascule finalement dans une solide frénésie.
Le penchant mélodique est rapidement retrouvé avec
Hollow Bone (plɹoʍ ǝɥʇ) avec un riffing éthéré et terriblement accrocheur. L’ensemble est parfaitement exécuté et diablement efficace, même si la surprise n’est pas franchement de mise avec une structure très prévisible. Le chant clair, initialement fédérateur, n’affiche pas l’effet escompté lors des refrains et on le sent assez forcé, un défaut malheureusement de plus en plus présent. Heureusement, la panne, bien qu’elle ne soit pas spécialement atypique, permet de retrouver la hargne et la robustesse du quintet. Dans ce même breakdown, l’esprit djent du groupe refait quelque peu surface pour une perspective que l’on pensait enterrée.
Le collectif s’engage même dans une lourdeur et une virulence qu’on ne lui connaissait pas auparavant avec un Orphan (lᴉʌǝp ǝɥʇ) avec un caractère chaotique rafraîchissant et surtout avec une expérimentation qui semble parfaitement lui convenir. Ce n’est pas un, ni deux mais bien trois breakdowns qui nous plongent dans une angoisse permanente avec des riffings grinçants et graves ainsi qu’un chant presque growlé qui renforce cette idée de folie.
Néanmoins, cette extravagance n’est que trop rarement mise en exergue et nous avons surtout des compositions qui finissent par suivre un même cheminement. Ainsi,
Tyrant (ɹoɹǝdɯǝ ǝɥʇ) et
Feeding The Dead résultent d’un riffing infaillible mais très similaire et d’une écriture tout aussi semblable. Michigama (uɐᴉɔᴉƃɐɯ ǝɥʇ) souffre de même de cette insuffisance mais dans une moindre mesure grâce à ces nombreux featurings qui lui garantit une sérieuse pluralité vocale.
Le groupe se sauve quelque peu avec le final
Transmission (uns ǝɥʇ) qui nous garantit un résultat mélancolique, nostalgique et atmosphérique, notamment grâce à un jeu de guitare poétique qui détonne du reste de l’album. De plus, la perspective progressive est un atout indéniable avec une sortie du cadre traditionnel couplet/refrain. La petite déception vient d’une palette vocale très limitée qui contraste grandement avec l’instrumental hétérogène.
Incarnation signe un retour aux sources de la part d’
In Hearts Wake et intègre un souffle contemporain qui lui permet de sonder de nouveaux horizons. Bien que le groupe affiche une ambition manifeste à travers des riffs percutants, des breakdowns incisifs et quelques expérimentations électroniques, cette huitième offrande pâtit d’une certaine redondance et d’une impulsion pop, principalement sur l’écriture des compositions, assez générique. L’opus n’est peut-être pas le meilleur des australiens, ni même le plus révolutionnaire mais il témoigne tout de même d’une volonté de rester pertinent dans un scène metalcore toujours en mutation. Et rien que pour cela, la formation mérite une attention particulière …
Très bonne chronique, il sera peut-être dans mon top "core" 2024.
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