Bon, soyons directs. La première question qui va s’imposer, et essentielle pour certains de nos pvristes intransigeants, est la suivante :
Impakt, premier album de Cosmic
Burial, peut-il être considéré comme un album de black metal ? Si vous voulez des éléments de réponse, sachez que ce full length, qui vient après deux démos cassettes sorties en 2019, a été entièrement composé et exécuté par V.V., qui officie également chez Nachtig et Valosta Varjoon, et qu’il est supporté par
Purity Through Fire. Aux dires du musicien, il s'agit simplement de musique ambiante et atmosphérique pour ceux qui rêvent de l'espace et du temps ("ambient/atmospheric music for dreamers about space and time", oui, ça le fait plus en anglais).
Maintenant, à vous d’écouter, d’analyser la musique et de vous faire viotre propre opinion. Ceci dit, si la question rhétorique de la première ligne vous a un peu refroidi, je ne saurais malgré tout que trop vous conseiller de laisser une chance à cet
Impakt qui, indubitablement, n’en manque pas, et de vous laisser emporter par ces mélodies de claviers simples et pures qui chuchotent directement à votre âme et vous emmènent dans l’immensité vide et paisible du cosmos, loin des turpitudes d’une vie de folie et de vanité.
Oui, je sais, la guitare n’apparait qu’au bout de 4,50 minutes de E040, mais franchement ces nappes de clavier ne suffisent–elles pas à vous plonger dans cet état de méditation paisible et salvatrice ? Ici, les grattes, particulièrement audibles et pas excessivement baveuses et saturées comme c’est la norme pour le style, agissent soit pour renforcer les mélodies de synthé, leur conférant cette profondeur abyssale et cette aura indéchiffrable et quasiment mystique formée par le mur électrique (c’est surtout le cas sur le premier titre, EO40 où les claviers dominent, ou sur quelques passages de 101995, titre qui présente peut-être le meilleur équilibre entre parties de guitares et de synthé), soit comme leader harmonique et rythmique, lâchant ces riffs lents, simples et oniriques (le début de VK184, 99942). La section rythmique est quant à elle extrêmement sobre, la basse, très peu audible d’une manière générale, intervient judicieusement à quelques moments (ce passage à partir de 4,05 minutes de 101995, la fin de 99942) et la batterie est la plupart du temps lente, solennelle et minimaliste – ici, pas un blast ! - s’emballant quelque fois en mid tempi plus énergiques (VK184, 99942, sur lequel les percussions se font plus dynamiques). Non, c’est bien la guitare, aux riffs superbes et envoûtants, ainsi que ces couches de clavier magiques qui font l’essentiel de la musique, nimbant l’auditeur dans ce sentiment de paix, de sérénité et de bien-être intemporels, les autres instruments étant relégués au second plan pour accentuer la puissance émotionnelle de la musique.
Mais… n’aurais-je pas oublié de vous parler de quelque chose d’essentiel par hasard ? Ah oui, le chant ! Bon ben c’est simple, il n’y en a pas.
Pas une trace, pas le moindre filet de voix claire, pas un seul petit hurlement black, pas l’ombre d’un chœur, rien. V. V. laisse libre cours à la musique, sans souiller son essence transcendantale par un quelconque élément qui pourrait rappeler la vileté et le grotesque de l’Homme ; d’ailleurs, même les mots sont absents, les titres étant simplement désignés par une ou deux lettres et surtout des chiffres, le langage numérique étant le seul à pouvoir espérer concevoir l’espace dans son infinité. Durant ces quatre longs titres oscillant entre 16,18 et 20,55 minutes, on flotte béatement dans cet immense désert noir propice à l'introspection et empreint de la sagesse accumulée de milliards d’années de vie oubliées, seul avec la symphonie des étoiles, et celle-ci décoche quelques mélodies majestueuses qui nous touchent en plein cœur (les passages qui démarrent à 8,15 min, 12,44 min et 14,44 min de VK184, cette courte partie à 9,22 minutes de 101995 avec ce pattern de batterie simple et puissant qui propulse la mélodie sur orbite, puis le riff somptueux qui jaillit à 12,04 min de ce même morceau... chacun y trouvera nombre de moments forts et saisissants selon sa sensibilité). L’exploit du one-man-band, c’est de parvenir à faire en sorte que ces plages atmosphériques ne sonnent jamais ennuyeuses ou répétitives malgré leur durée considérable, V.V. sachant apporter les variations nécessaires exactement au bon moment pour redonner un second souffle et littéralement faire vivre ses compositions (ici un changement de riff judicieux, là une respiration acoustique, puis une nouvelle nappe de clavier ou un pattern de batterie plus dynamique qui insuffle une nouvelle puissance au titre…).
Alors, pour conclure,
Impakt, album de black metal ou pas ? Honnêtement, je n’en sais rien, mais je m’en fous complètement. Vous l’aurez deviné, la musique de Cosmic
Burial m’a littéralement transporté et possédé, d’où cette note inhabituellement subjective, et ce premier album ne s'écoute pas avec les oreilles mais bien plus avec le cœur et l’âme, et parlera sans doute à tous les amateurs de
Lustre (le break central entièrement au clavier de VK184) et Midnight Odissey, ainsi qu’à tous ceux qui apprécient les longs voyages spatiaux oniriques et tranquilles. Finalement, on ne sait plus très bien si c’est un enterrement ou une élévation que scellent ces 75 minutes hors du temps et du monde humain, et après tout, quoi de plus logique : en effet, quel meilleur endroit que ces étoiles, ces comètes et ces galaxies impassibles et immortelles pour trouver la paix éternelle ?
Tes mots me parlent...après, ce genre de projet, c'est l'un ou l'autre. On rentre dedans et on est transporté ou alors on y est complètement hermétique. J'irais écouter parce que tu as piqué ma curiosité ... on verra bien :)
Pas mal, effectivement on est assez proche de la scène black/atmo spatiale (Midnight Odyssey, Progenie Terrestre Pura, Mare Cognitum, ...), même si ici le côté black est encore moins prononcé que les groupes sus-cités, ça me fait pas mal penser à Nebula Orionis (sans le chant) pour le coup.
Après, il faudrait que je l'écoute encore, j'ai un peu de mal à lui trouver un truc qui le démarque des autres groupes du même genre. Je sais, c'est assez inhérent au style, basé à 300% sur les atmosphères, mais là je sens qu'il manque encore un truc pour devenir plus qu'un (bon) groupe de plus. Après ça n'enlève rien au plaisir d'écoute, le groupe assure quand même et sait poser les atmosphères. Je chipote parce que j'adore tous ces trucs d'ambiances spatiales planantes, et que j'en écoute beaucoup trop !
Bon, c'est clair que pour ce style de musique on est pleinement dans le subjectif, mais ce qui m'impressionne ici, c'est cette simplicité, cette capactié d'aller à l'essentiel et de toucher l'auditeur en plein coeur avec une base musicale très réduite sans pour autant tomber dans le minimalisme. Ici, pas de chant, pas de blast, pas d'artifice, et ça marche quand même.
Je connais les Midnight Odissey, Progenie Terrestre Purae ou Mare Cognitum, mais pas Nebula Orionis! Si tu as d'autres groupes du même style, je suis preneur !
Mesarthim, Alrakis, Kataxu, Lumnos y en a un paquet. A priori, tu tapes space black metal sur youtube, tu vas tomber sur pas mal de playlists.
Après, la plupart ça reste un peu black dans l'esprit (le chant et le son surtout), souvent dans une sorte de version cosmique de Paysage d'Hiver. Par contre, y a un paquet d'"amateurs" qui font des trucs en solo chez eux (qui sortent des fois même pas en albums), juste sur youtube, qui sont bien cools et qui ressemblent plus à Cosmic Burial (mais là j'ai plus de noms en particulier, en général je traîne de videos en videos sur youtube ^^').
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