Parler de Strange Here, c'est d'abord parler de Alexander Scardavian. Car ce "II" est son deuxième album solo, après un sorti sous son nom propre en 2002 et intitulé "Strange Here ?".
Mais qui est donc cet Alexander Scardavian ? Rien de moins que l'un des nombreux vocalistes à avoir travaillé avec Il
Maestro dei Italian
Doom,
Paul Chain en personne. Car le frère d'Alexander n'est autre que Gilas, le chanteur qui accompagnait
Paul Chain à ses débuts en solitaire (et dont le chant si particulier est l'un des atouts du classique "Detaching From
Satan" en 1984). Alexander a donc fréquenté Il
Maestro très tôt, et il était logique de les voir finir par collaborer ensemble, notamment sur les classiques "Whited Sepulchres" (1991) et "Park Of
Reason" (1997). Travailler avec
Paul Chain n'a pas empêché Alexander de travailler avec un autre ex-
Death SS, le mythique chanteur Steve Sylvester sur deux de ses albums solos en 1993 et 1998. Et finalement, de se lancer à son tour dans l'aventure musicale en composant et jouant quasiment seul la totalité de "
Stranger Here ?". Malheureusement, de graves problèmes personnels l'empêchèrent de défendre sur scène cet album, et Alexander se retira de la scène musicale jusqu'à sa rencontre avec Domenico Lotiot (guitariste du groupe de Heavy/
Doom Hand Of God) en 2006. La situation d'Alexander s'améliorant, les deux compères finirent par se concentrer sur la composition et finalement entrer en studio en 2013.
Dès le riff d'ouverture de "Still Alone", on comprend que la musique de
Stranger Here est enracinée dans la même tourbe qui a donné naissance à
Black Sabbath et
Death SS. C'est lourd, sombre, poisseux mais pas exempt d'un groove venimeux prompt à vous faire bouger la chevelure sans efforts. L'influence des premiers
Paul Chain se fait sentir sur les 8 minutes de "
Born To Lose", mélange de solos psychédéliques d'une sympathique noirceur (genre mauvais trip à l'acide) et du meilleur du
Sabbat Noir période 70's (cette basse !!). Le chant d'Alexander passe sans effort d'un arrachage de cordes vocales à la Lemmy à un registre plus mélodique évoquant des groupes comme
Blue Cheer ou
Spirit, tandis que les riffs oscillent en permanence entre
Hard Blues à la "
Led Zeppelin I", rock psychédélique purement californien (le très beau "Black,
Grey And White" aux accents presque flamenco sur la fin) et marche funèbre typiquement
Doom. Il faut ici féliciter le travail exemplaire de Lotito aux guitares, car l'écrin qu'il a sculpté pour les paroles et le chant de Scardavian est franchement exemplaire. Un morceau comme "
Acid Rain", à la fois agressif et menaçant, est une leçon de
Doom traditionnel mâtiné d'ambiances gothiques qui met à l'amende direct pas mal de groupes sur-évalués comme
Pilgrim.
Quasiment, car ce qui fait la force de "II", cette capacité à passer sans effort d'un genre à un autre sans se départir de sa personnalité propre, est aussi son principal défaut. En clair : "II" donne parfois l'impression d'être plus un panorama de ce que ses deux musiciens aiment musicalement (et savent jouer) qu'un album avec une vision clairement définie. On trouve vraiment un peu de tout dedans, même un poil de
Drone/Ambient, et c'est très bien interprété. Mais si l'amateur de
Doom italien, habitué aux différentes expérimentations dont cette scène est capable, va prendre un panard d'enfer, il est à craindre que le novice soit, par contre, un poil perdu.
Et ce serait fort dommage, car "II" est une parfaite représentation de ce qui fait la spécificité de la scène
Doom italienne. J'irais même jusqu'à dire que c'est un point d'entrée idéal pour toute personne qui souhaiterait s'initier à ce curieux sous-genre (car oui, le
Doom italien mérite bien son étiquette de sous-genre à part entière tant il a développé au fil des décennies une personnalité semblable à aucune autre). Agréable à l'écoute, jamais chiant une seule seconde, "II" est une excellent premier album laissant encore toutefois assez de marge au groupe pour proposer encore mieux par la suite.
Que je suis d'ores et déja impatient d'écouter.
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