Même les meilleurs poètes ne peuvent décrire la beauté et la nature exotique de la Laponie puisque le mystère de l’esprit lapon ne peut être résolu par de simples mots ; et pourtant, on peut plonger dans un sentiment de Laponie en découvrant la nature étonnante de sa musique magique lorsqu’elle est jouée par le Shamaani Duo.
Pour ceux ne le connaissent pas, ce groupe était à l’origine un duo de musique purement Folk composé de
Jonne Järvela et de Maaren Aikio, qui peut être considéré comme étant la formation originale de
Korpiklaani, bien que ces deux membres se produisirent d’abord sous ce nom différent. Il faut savoir qu’à l’époque, les deux tourtereaux formaient un couple (ils eurent un fils ensemble) et que le père de Maaren Aikio, le musicien et acteur Niiles-Jouni Aikio, a appris à Järvelä à chanter. Par ailleurs, la belle étudiait également la musique à Rovaniemi (une ville du nord de la Finlande) où elle donnait généralement de petits concerts de luth. Peu de temps après leur rencontre, elle demanda à Järvelä de jouer de la guitare pour ses spectacles, et c’est lors de l’une de leurs représentations dans un petit restaurant de Laponie qu’ils furent repérés par l'agent de voyages lapon Päivikki Palosaari qui les invita à venir dans son hôtel, le "Hullu Poro" de Levi (la plus grande station de sports d'hiver en Finlande), afin de jouer leur musique pour les touristes de passage presque tous les soirs pendant la haute saison touristique.
A l’évidence, au fur et à mesure des représentations, le duo était devenu très populaire mais ils avaient une incertitude quant à leur capacité de réussir à percer ; cependant, ils trouvèrent du courage grâce aux retours directs des gens, selon les dires de Järvelä. Par conséquent, trois ans plus tard, ils sortirent en langue sami leur premier et unique album, intitulé «
Hunka Lunka », qui se composait d’une musique s'appuyant sur des chants traditionnels et ethniques, en utilisant une technique vocale spécifique appelée "joik" (une manière traditionnelle de chanter du peuple sami en Laponie), où seuls les instruments acoustiques dotés de certaines cordes de clavier furent utilisés.
Ce faisant, grâce à cette reconnaissance uniquement campée au sein de la Finlande, ce disque sortit du lot en étant officiellement présenté à Bill Clinton et à
Boris Eltsine en commémoration du sommet d'Helsinki de 1997. Pour la petite histoire, il est souvent considéré au sein du pays nordique que cet opus fut la seule œuvre d'art finlandaise qui fit plaisir à la fois à la Maison Blanche et au Kremlin, puisque les deux présidents avaient par la suite envoyé une lettre de remerciements assez flatteuse qui est devenue pour ce pays une source de fierté.
Concernant le disque en lui-même, la réadaptation du titre "
Lady in Black" de
Uriah Heep ("Nisson Čahppes Biktasiinnes" en langue sami) fut le succès incontesté de l'album, bien que les véritables joyaux de cet opus étaient surtout les chansons que Maaren et
Jonne avaient créées, à l’instar de "Šamanát" et de "Okto Ijas" qui sont toutes deux des réadaptations de musiques et de chansons issues du folklore finnois. Pour faire simple, il n’y a pas vraiment de titres qui se démarquent sur «
Hunka Lunka » puisqu’ils suivent tous le même fil conducteur avec un ensemble entièrement composé de joiks sans paroles réelles, chantés par un chanteur et une chanteuse à la guitare acoustique et au tambour chaman, où sur chacun d’eux vous entendrez surtout des « Hei yo lei lo loi lei la… » !
Indubitablement, seul le rythme entre les pistes diffère, rangeant ainsi "Riehču" , "Moai Letne Duoddaris", et la chanson titre dans un registre de pistes jouées plus rapidement que le reste ; tandis que les titres au rythme plus lent se composent de "Gula Gula", de "Meahcis", et de la magnifique ballade "Geahčan Dan Máilmmi", qui se trouve être la seule à se démarquer au sein de ce disque grâce à ses flûtes et à la voix plus puissante de Maaren ; à l’instar de l’envoûtante "Idja Dál Lea" se trouvant être encore meilleure si l’on y ajoute une écoute au casque allongé sur un canapé. Enfin, "Mánážan" restera à jamais l’unique piste totalement instrumentale de la carrière de Shamaani Duo.
En définitive, bien que «
Hunka Lunka » ne soit absolument pas un album de
Metal, il serait triste qu’il ne trouve pas sa place dans la discographie des aficionados de
Korpiklaani puisque c’est tout de même lui qui est à l’origine de la naissance de ce combo de Folk
Metal que tout metalleux digne de ce nom connait aujourd’hui ! A ce sujet, il faut savoir qu’après la séparation à la fin des années 90 de Maaren et de
Jonne, celui-ci déménagea dans le sud de la Finlande afin de continuer à faire de la musique sous le nom de
Shaman avec plusieurs invités de groupes comme
Finntroll et
Barathrum.
Ce faisant, sa musique est alors devenue un mélange de Heavy
Metal, de Folk et de Humppa (genre musical mêlant Jazz et Foxtrot), tout en continuant d’utiliser les instruments traditionnels tel que le tambour chamanique associé au joik.
Par la suite, juste après la sortie des albums « Idja » en 1999 et de « Shàmaniac » en 2002, Järvelä signa un contrat d'enregistrement mondial avec une grande maison de disque et le nom du groupe fut alors changé en
Korpiklaani du fait du passage de la langue en anglais et en finnois en lieu et place du sami, et par le fait qu'il y avait également un autre groupe brésilien appelé
Shaman.
Bref, bien que les origines de
Korpiklaani ne soient pas connues de beaucoup de monde et que «
Hunka Lunka » soit mort et enterré depuis longtemps, nul doute qu’à son écoute on y passe un moment agréable (encore plus si l’on est allongé au coin du feu avec un casque sur les oreilles), et voilà pourquoi votre modeste serviteur se devait de de l’exhumer de sa torpeur, ne fut-ce que pour le faire (re)découvrir à l’ensemble de la communauté des fans de
Korpiklaani et de
Jonne.
Indubitablement, j’encourage les lecteurs à jeter une oreille attentive à la vidéo postée sous cette chronique afin de se rendre compte du chemin parcouru par le combo finnois depuis sa naissance ; et aussi pour rendre un ultime hommage à la tendre Maaren Aikio qui a malheureusement succombé à une crise cardiaque le 2 juin 2018 à l’âge de quarante ans.
merci pour ce brin d'histoire fort intéressant!
Avec plaisir!
Il est vrai que ça ne casse pas trois pattes à un canard mais ça fait passer le temps et c'est assez entraînant!
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