La scène française compte des groupes vraiment à part, et celui dont je m'apprête à parler fait véritablement figure d'OVNI. Mhönos évolue plus sous la forme d'un collectif que d'un groupe à proprement parler. Mieux, une confrérie religieuse. Entre les différentes basses et les percussions, les quelques nappes de claviers déjà bien présentes sur le premier essai, Mhönos dispense la bonne parole au travers d'un
Drone aux relents Black et
Doom bien sentis. "Humiliati", vous vous en doutez bien, n'est pas une oeuvre facile.
Sortie initialement chez Le Crépuscule du Soir, la galette a bénéficié d'une seconde édition, chez
Dead Seed Records. Un pressage dont on ne peut que saluer la qualité : un double LP du plus bel effet, contenant un feuillet où les versets sont manuscrits dans une typologie qui n'aurait pas dépareillé sur quelques grimoires médiévaux. L'artwork pose le ton, squelette joignant les mains dans une prière muette et entrelacs de crucifix, bande dorée courant tout le long de l'objet...
Plus qu'un simple vinyle, c'est un véritable grimoire que nous offre Mhönos. Et, comme tout bouquin ancien, il demande du temps et de nombreuses relectures pour pouvoir être convenablement déchiffré. Et ce, même si le son est excellent - enregistré aux
Echoes Studios et dans une chapelle, la production est d'une profondeur rarement atteinte dans le genre.
Trois titres, pour plus d'une heure de messe, le ton est donné. Les pièces, interminables, brillent par le minimalisme et par leur puissance. "Alveus Terra", trente-quatre minutes au compteur, nous dévoile une cérémonie lente, malsaine, rythmée par les tambours qui résonnent dans une obscurité cryptique. Les enceintes dégueulent des chœurs en latin franchement possédés, psalmodie vénéneuse qui s’infiltre dans les oreilles de l'auditeur. Répétitif jusqu'à la folie, la courte pause que constitue la pièce presque Ambiante "Ex
Nihilo... Ad
Nihilum" ne fait que déboucher sur "Mortificare", qui reprend encore et toujours cette lente marche vers le caveau, en y ajoutant de la douleur par ces cris de souffrances qui s'extirpent péniblement de la masse sombre des riffs lourds et des rythmes plombés. De ces lignes de basse dissonantes et très étirées sur la longueur (tout droit empruntées au
Drone), de ces roulements de Tom basse entêtants et de ces voix tantôt dangereusement proches, tantôt perdues dans le maelstrom sonore, il en ressort une ambiance, un relent de cimetière, que je n'ai jusqu'à présent que rarement perçu dans un disque du genre.
D'aucuns prétendront que c'est vide et sans aucun intérêt. Tout juste se seront-ils arrêté à la première couche de vernis, d'apparence austère. Mais sous ce minimalisme à outrance se cache bien plus que trois pauvres notes étirées sur une demie-heure. On l'a dit, et redit, "Humiliati" n'est pas facile d'accès, ce n'est pas du Black
Metal générique qui repompe à droite et à gauche des riffs en tremolo-picking. C'est une oeuvre propice à l'introspection de l'auditeur, à la catharsis, une transe découpée en trois actes distincts, comme les différentes étapes d'une élévation de l'âme... Ou tout son contraire. Car ici, c'est n'est pas Dieu qui est loué, mais bel et bien le vide. Une heure physique, éreintante, car demandant toute la concentration de l'auditeur.
Une durée monolithique, donc, qui s'avérera franchement agaçante si ce dernier ne parvient pas à percer le suaire qui enveloppe "Humiliati". Car c'est là toute la force (et peut-être la faiblesse) de cette oeuvre : elle est subjective. Impossible de dresser un portrait complètement objectif de ce qui s'adresse clairement soit à des connaisseurs, soit aux curieux qui recherchent quelque chose de plus profond, de plus "habité" qu'une simple galette de musique obscure. "Humiliati" aura néanmoins le mérite de ne laisser personne indifférent.
Au travers de ces trois titres, le groupe confirme son statut "d'outsider" en proposant une galette intense, prenante, qui, comme nous l'avons vu, nécessite plusieurs écoutes pour être percée à jour.
Plus qu'un simple disque, c'est une expérience, qui en happera certains, et laissera les autres sur le carreau. N'ayant pas eu la chance de pouvoir assister à une de leur représentation, mais en ayant eu les meilleurs échos possibles, je ne peux que vous encourager à les guetter, pour que cette messe noire, cette transe, prenne tout son relief en face de vous.
Le maître à penser de la formation rouennaise est aussi responsable de Caruos. Il développe aussi son penchant pour le black chiant et dépressif (hé hé) via un projet uniquement destiné au live et voué à ne jamais paraître sur quelque support que ce soit tant physique que numérique.
Merci encore pour ta sympathique rédaction.
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