Un corps. Un corps nu, décharné, comme abandonné ici dans cette ruelle mal éclairée et crasseuse, ce genre de ruelles qu’on évite d’habitude et qui, là, bizarrement nous attire, nous happe. Et ce n’est qu’un début…
Humanity Needs No
Funeral est le premier album d’
Aere Aeternus, distribué par le label Kaosthetik Konspiration. On sait peu de choses sur le groupe, si ce n’est que Cÿr, qui s’occupe des claviers serait le même que Sombre Cÿr de
Dark Sanctuary.
Maintenant ouvrez le digipack, et lisez ces quelques lignes d’où suinte une profonde misanthropie. Non, ne vous arrêtez pas sur cette photo à l’intérieur, l’image de cette femme étendue sur le sol, son cadavre laissé en pâtures aux rats après avoir subi les pires atrocités... Toujours enclins à continuer ? Parfait : bienvenue en enfer. Bienvenue dans le monde des Hommes.
Elle vous semblera longue cette descente. Oh oui, elle sera atrocement, douloureusement longue et pénible ! Les entendez-vous, ces nappes sombres et industrielles qui résonnent contre les murs décharnés de cette ruelle mal éclairée ? Les entendez-vous ces voix, ces bribes de mots qui répètent toujours la même phrase, comme une incantation maléfique vous incitant à ne pas vous arrêter ? Les entendez-vous, ces rires et ces pleurs de décharnés mentaux qui se sont perdus dans les ténèbres depuis déjà bien longtemps ? Et enfin les entendez-vous : ces souffles, ces râles, ces gémissements ? Ils sont nombreux, tous proches, à l’angle de la rue dont vous effleurez le mur avec vos doigts pour ne pas vous perdre dans l’obscurité poisseuse. Ça y est vous y êtes : bienvenue en enfer.
Vous saviez ca que vous trouveriez ici- bas. Pourtant vous êtes descendus. Pour enfin voir. Voir les pires affres de la déchéance humaine. Voir ces relents de haine et de désirs sexuels refoulés au plus profond de nous-mêmes exposés ici dans la lumière blafarde des réverbères. Et vous avancez, au milieu de ces corps qui se meuvent, s’agitent, dansent, mais qui pourtant sont déjà morts, partis depuis longtemps sous l’effet de la drogue et de la violence. Et cette voix qui danse dans l’air, qui n’en finit pas d’éructer des propos incompréhensibles et chargés de mort ! Cette voix qui vous oblige à continuer, à traverser en chancelant, les yeux hagards et l’esprit embrouillé cette marée de corps visqueux et chauds. Qu’y a-t-il au bout de cette ruelle ? Rien d’autre que la mort… Bienvenue en enfer.
Aere Aeternus s’amuse, joue avec nos nerfs, broie nôtre cerveau.
Pas d’expérimentations non, ni de sonorités électroniques partant dans tous les sens. Juste ces nappes sinistres qui soufflent leur noirceur suffocante, comme sur Overture ou
Hatred To My Last Breath, qui monte en intensité au point d'en devenir écrasant. Les quelques notes claires prendront la forme d'une guitare sèche dans Epilogue-Not Exactly Reinventing the
Wheel, court répit afin de reprendre son souffle, de remonter doucement à la surface. Là où le groupe aurait pu se contenter de ces sonorités synthétiques, il y ajoute cette dose de folie et de décadence macabre propre à chacun d’entre nous (
Conjuration Employed Towards Invocation of
Lust and
Destruction est à ce titre le plus évocateur), et érige pierre par pierre un édifice de noirceur et de nihilisme étouffant. L’imagination fait le reste, et il n’appartient qu’à vous, pauvres auditeurs piégés dans ce marasme ambiant, chaotique et boueux, de suivre vôtre chemin et d’en trouver la sortie. Si vous y parvenez un jour... Une œuvre dérangeante au possible, que je ne vous conseille pas d’écouter souvent, sous peine de ne plus jamais en sortir.
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